Un parti comme un autre

Pierre Bergeron
Le Droit

Tant que les libéraux ont été coincés par leurs propres impératifs ou leurs propres enjeux, les néo-démocrates ont eu la partie belle pour leur faire porter tout l'odieux de leur inaction et de se permettre toutes les outrances verbales. Or, maintenant que le chef libéral Michael Ignatieff a plus ou moins signé l'arrêt de mort du gouvernement Harper, en affirmant que son temps était écoulé, le chef du Nouveau parti démocratique, Jack Layton, adopte une attitude beaucoup plus conciliante. Faut-il s'en étonner ? Pas du tout.

Le NPD est un parti comme les autres, qui n'a ni le monopole de la vertu, ni le monopole de l'intérêt des Canadiens. C'est un parti comme un autre qui doit composer avec l'opinion publique et que la perspective d'une quatrième élection générale en cinq ans n'enthousiasme guère. En fait, si une élection générale est loin de faire l'unanimité et semble peu souhaitable dans la conjoncture présente, cela ne signifie pas qu'elle soit dénuée de signification.

Hier, Jack Layton a été tout aussi fuyant et tout aussi politique en prenant une position aussi vague et vaseuse que celle qu'il reprochait à ses collègues de l'opposition officielle. Comme il ne peut plus taper sur les libéraux, il doit lui aussi proposer des « idées efficaces et abordables », pour reprendre les termes du premier ministre Stephen Harper. Il a beau en laisser l'initiative au premier ministre, c'est maintenant Jack Layton qui devra décider.

Pour sa part, Stephen Harper a tenté de ressusciter le cadavre froid de la coalition pour décrire la position néo-démocrate. Comme l'affirmait le chef du NPD, il doit travailler avec l'Opposition, lire « les néo-démocrates », pour rester au pouvoir. Tant que les libéraux étaient en position d'extrême vulnérabilité et de grande faiblesse, il était facile de les pointer du doigt, plus de 70 fois, pour avoir gardé les conservateurs au pouvoir en votant avec le gouvernement. Maintenant qu'ils ont décidé de jouer le rôle de l'opposition officielle, qui est de s'opposer, il revient aux néo-démocrates de jouer le joker parlementaire.

Le premier ministre tend donc la main aux partis d'opposition en souhaitant ne pas avoir à saisir la main tendue du Bloc québécois, une véritable bouée de béton dans le reste du Canada.

Ce chassé-croisé à la veille de la rentrée parlementaire ne garantit pas qu'il y aura des élections. Il les rend plus probables, bien que non souhaitables. Au moins, les rôles sont beaucoup plus clairs.

D'autre part, Stephen Harper veut faire croire que la perspective d'élections générales risque d'accroître l'incertitude et ralentir la reprise économique. L'indice phare de la Bourse de Toronto a réagi à cette prise de position du premier ministre... en faisant des gains de 220 points ou une augmentation de deux pour cent de sa valeur.

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