On n'en sait guère plus

Pierre Jury
Le Droit

L actualité québécoise a été monopolisée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, et la guigne associée au vendredi 13 aura fait en sorte que les contribuables ne s'en sortent pas avec une bien plus claire compréhension du passé à la Caisse, ni avec un grand élan d'optimisme quant à son avenir.

La ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, n'a pas permis d'en savoir bien plus sur ce qui s'était passé au cours des dernières années à la Caisse, pourquoi elle avait accumulé tant d'actifs (le papier commercial adossé à des actifs, ou PCAA) qui se sont avérés douteux, ou la connaissance du portrait financier de la Caisse pendant la campagne électorale de l'automne dernier.

Au même moment, le conseil d'administration de la Caisse participait à une réunion extraordinaire où elle confirmait la nomination de Michael Sabia à titre de nouveau président et directeur général. De toute évidence, toute l'affaire était comme dans un ballet bien rodé. Cela a permis autant à économiser les reproches à la ministre Jérôme-Forget qu'à permettre à M. Sabia de s'installer dans le premier siège de la Caisse sans trop de bruit.

Dans tout ça, c'est l'ex-premier ministre Bernard Landry qui a le plus mal paru en attaquant les origines non-québécoises de M. Sabia. Pas assez « pure laine » au goût de M. Landry, il faut croire. Pourtant, M. Sabia réside au Québec depuis longtemps, et s'exprime dans un français tout à fait correct. S'il devait être attaqué, ce n'est pas pour des raisons culturelles mais pour ses capacités de gestion d'une institution financière de la taille et du genre de la Caisse de dépôt et placement du Québec, avec toute la subtilité du mandat qui oscille entre la recherche d'un rendement optimal et le développement économique de la Belle Province.

La ministre Jérôme-Forget a habilement fait face à ce qui aurait pu être un barrage de questions pointues et difficiles de la part des forces de l'opposition. À ce chapitre, François Legault, le critique des Finances pour le Parti québécois ne semblait pas disposer de beaucoup de munitions. La ministre a vite paré au plus dommageable, ce qu'elle savait des finances de la Caisse au cours de l'année 2008, et quand elle le savait. L'idée était de savoir si elle avait volontairement caché des choses aux Québécois à qui le premier ministre Jean Charest demandait un nouveau mandat, l'automne dernier. Au mieux, M. Legault a pu accuser sa vis-à-vis de « manquer de leadership » pour ne pas s'être informée davantage de l'état du « bas de laine » des Québécois. Mme Jérôme-Forget a habilement fait dévier les questions de l'Opposition vers le conseil d'administration de la Caisse, qui comparaîtra le mois prochain, après le dépôt du rapport annuel de la Caisse. C'est le critique de l'Action démocratique du Québec, François Bonnardel ? pourquoi son ancien chef Mario Dumont le cachait-il ? ? qui a posé la meilleure question, la plus simple et la plus directe, sur des excuses que la ministre devrait faire aux Québécois. Cette interrogation n'était pas des « enfantillages », comme l'a qualifié la ministre, qui n'avait pas nécessairement à s'excuser puisque la décision d'investir dans le PCAA ne lui revenait pas à elle, et qu'elle n'a fait que constater l'ampleur que quelques jours avant l'élection du 8 décembre 2008.

Visiblement rompue à la joute politique, Mme Jérôme-Forget n'a jamais été désarçonnée au cours de cette première séance de la commission parlementaire spéciale sur la Caisse de dépôt, même si ses réponses n'ont pas été les meilleures. Il faut quand même se demander pourquoi son gouvernement libéral a tant hésité avant d'accepter le principe de la commission parlementaire. Depuis deux semaines que le catastrophique rendement de la Caisse est connu, les libéraux ont fait de l'obstruction ce qui leur donnait un air coupable. La performance de la ministre des Finances aura au moins permis d'évacuer une bonne partie de cette culpabilité par défaut... mais le mal est fait.

Finalement, les Québécois en auront appris bien davantage lors de la conférence de l'ancien patron de la Caisse, Henri-Paul Rousseau, lundi dernier. La suite en avril, donc, en espérant qu'un autre vendredi 13 ne soit prévu au calendrier !

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