L'art de couvrir un problème

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Le propriétaire Eugene Melnyk a réuni une quinzaine de reporters à l'intérieur de l'amphithéâtre, jeudi matin.

La Presse Canadienne

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CHRONIQUE / Classique stratégie. T'as une délicate nouvelle à communiquer à tes proches. Tu trouves un prétexte pour les réunir. Tu leur annonces deux ou trois banalités d'entrée de jeu. Tu glisses ensuite la « grosse » annonce de façon détachée, dans la conversation, en espérant qu'elle passe un peu mieux.

C'est un peu l'impression que j'avais, jeudi matin, en quittant le Centre Canadian Tire au terme de la visite « informelle » organisée par la direction des Sénateurs d'Ottawa.

Le propriétaire Eugene Melnyk a réuni une quinzaine de reporters à l'intérieur de l'amphithéâtre. Son bras droit, le nouveau président Tom Anselmi, a pris la parole pour parler des modifications qui ont été apportées durant la saison morte.

« Regardez, là-haut. Nous avons modifié les bannières qui sont suspendues au plafond. Vous remarquerez aussi une différence sur la glace. Nous avons décidé de peindre le "O", notre logo secondaire, au centre de la patinoire. Nous savons tous à quel point nos partisans affectionnent le "O"... »

« Ah, et un dernier truc. Nous avons réduit d'environ 1500 sièges la capacité du building. Il fallait agir, a conclu M. Anselmi. Nous évoluons dans un aréna trop grand pour la taille de notre marché. »

On balaye alors les gradins du regard. Bien oui, toi. Les dernières rangées de sièges dans plusieurs sections au niveau 300 ont été recouvertes de toiles.

Désormais, on considérera qu'un match sera présenté à guichets fermés quand 17 000 personnes franchiront les tourniquets du CCT.

J'ai fait vite. J'ai sorti mon téléphone intelligent, j'ai pris une photo, j'ai partagé dans les réseaux sociaux. La réaction que j'appréhendais fut instantanée. « Des toiles dans les gradins ? Pas exactement le genre de décisions que prennent des clubs sportifs qui ont le vent dans les voiles », a réagi un blogueur torontois.

« C'est le genre de truc qu'on voit en Caroline ou au New Jersey. Pas à Ottawa », a renchéri un partisan, un peu plus tard.

Voilà le problème que pose, en surface, ces foutues toiles. Elles envoient un bien drôle de message.

Cette nouvelle façon de faire les choses place désormais les Sénateurs dans une catégorie assez restreintes. Les Panthers de la Floride et, je crois, les Coyotes de l'Arizona sont les deux seules autres organisations de la LNH qui recouvrent certaines sections de leurs amphithéâtres quand ils ne sont pas capables de les remplir.

Ça dit ce que ça dit.

J'aimerais savoir quand, et surtout comment, on a déterminé que le marché d'Ottawa n'était plus assez grand pour un amphithéâtre contenant 18 500 sièges.

Le réseau américain ESPN conserve, sur son site web, les statistiques quant à la fréquentation de tous les stades et arénas de l'Amérique du nord. Ces chiffres révèlent que les Sénateurs ont attiré, en moyenne, 16 744 spectateurs lors de leurs matches.

C'était la première fois en 13 ans que l'équipe n'atteignait pas le seuil psychologique des 17 000 fans par partie.

En fait, elle s'était maintenu au-delà des 18 000 sans problème, chaque année, depuis le retour du lock-out de 2005.

On a bien entendu chercher à comprendre. On a posé des questions à MM. Melnyk et Anselmi. Les deux hommes ont fini par avouer que le nombre d'abonnements annuels a piqué du nez depuis quelques années. Ça met une pression énorme sur les employés des ventes, qui sont aux prises avec des milliers de billets supplémentaires à vendre, à l'unité, 41 fois par année.

J'ai demandé, directement, ce qui avait tant changé dans la dernière décennie dans le marché d'Ottawa.

M. Melnyk a répondu en maugréant contre les règlements qui limitent désormais l'achat de billets et la location de loges corporatives par les ministères et organismes publics fédéraux.

« Faudrait que ces lois changent », peste-t-il.

La meilleure question de la matinée a toutefois été posée par le collègue Brent Wallace, de TSN. 

- Avant de recouvrir les sièges vides par des toiles, avez-vous pensé à les vendre à rabais à un public nouveau ? Les étudiants des collèges et des universités, par exemple ?

Les dirigeants ont baratiné une réponse pas convaincante.

Donc, je n'ai pas été convaincu.

La base du problème réside peut-être ici, justement. Durant les mois d'été, les Sénateurs avaient la chance de s'attaquer à un problème pour éventuellement le régler. Ils se sont contentés, pour l'heure, de le recouvrir.




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