Les taloches de Bryan

Bryan Murray « maniait le sarcasme comme une... (Archives La Presse canadienne, Justin Tang)

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Bryan Murray « maniait le sarcasme comme une arme. Il réussissait à faire passer presque tous ses messages grâce à l'humour », affirme Sylvain St-Laurent.

Archives La Presse canadienne, Justin Tang

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CHRONIQUE / Une anecdote me revient automatiquement à l'esprit quand je pense à Bryan Murray.

Durant la deuxième ronde des séries éliminatoires, au printemps 2006, les Sénateurs étaient dans le pétrin. On commençait à croire qu'ils allaient se faire éliminer par les Sabres de Buffalo.

Un beau matin, durant une conférence de presse, un journaliste américain à la fibre un peu trop partisane a osé une question. «Bryan, croyez-vous qu'il est possible de freiner les ardeurs de Maxim Afinogenov ?»

Dans la minuscule salle réservée à la presse, à la Place Banque Scotia, nous avons été nombreux à sourciller. Afinogenov ? Il n'était pas vilain, mais il était loin d'être un adversaire intimidant.

Bryan, lui, n'a pas hésité une seconde.

«Ralentir Afinogenov ? Rien de plus facile. Il suffit de le faire jouer sur la route», a-t-il répondu.

Ayoye. C'était une déclaration d'une rare brutalité. Elle visait à la fois le collègue -- qui avait posé une question un peu bête -- et Afinogenov. Ce dernier n'avait pourtant rien demandé.

Je me souviens très bien du silence inconfortable qui s'est répandu dans la pièce à ce moment-là. Le pauvre reporter s'est assis. Il venait de perdre d'un coup l'envie d'interagir avec l'entraîneur-chef d'Ottawa.

Debout derrière son podium, Bryan était parfaitement impassible.

J'ai eu la chance d'apprendre à le connaître juste assez, durant la décennie qui a suivi, pour savoir qu'il devait célébrer sa réplique à l'intérieur.

Voilà, sans l'ombre d'un doute, le trait de caractère que j'ai le plus admiré chez Bryan. Je ne rencontrerai probablement jamais quelqu'un au sens de la répartie plus aiguisé. Il maniait le sarcasme comme une arme. Il réussissait à faire passer presque tous ses messages grâce à l'humour.

Personne ne pouvait y échapper. Les joueurs de son équipe. Les joueurs des autres équipes. Les entraîneurs. Les arbitres. Souvent, les arbitres. Les dirigeants des 29 autres formations de la LNH. Les membres de sa famille. Les journalistes sportifs, aussi.

Ses commentaires touchaient presque toujours la cible. Ils avaient chaque fois l'effet d'une bonne «taloche» reçue derrière la tête.

J'y ai goûté pour la dernière fois l'hiver dernier.

La séance d'entraînement des Sénateurs venait de débuter à Kanata. En se rendant à son siège, Bryan s'est arrêté un instant devant la section qu'occupent les scribes.

«Sly! Quelle belle surprise ! Tu as décidé de te rendre en personne dans un aréna pour faire changement. Ça fait chaud au coeur de te voir.»

Il n'a rien dit d'autre. Il a poursuivi son chemin, sourire en coin. Les collègues le trouvaient bien drôle.

J'ai choisi de voir, dans cette salve, une invitation à discuter. Une quarantaine de minutes plus tard, alors que les joueurs quittaient la patinoire, j'étais assis à ses côtés.

J'ai commencé par lui jurer que je n'étais pas devenu paresseux. Je ne demandais qu'à me déplacer plus souvent. Guy Boucher ne faisait rien pour me faciliter la tâche, en accordant systématiquement des congés à tout le monde entre les matches.

Il a secoué la tête. «Dans mon temps, les joueurs étaient différents. Ils n'avaient pas besoin d'autant de repos...»

La conversation a duré une dizaine de minutes. Ce jour-là, il a choisi de me confier que le cancer gagnait du terrain. Son corps ne répondait plus vraiment aux traitements de chimiothérapie qui lui étaient prescrits.

Il se savait condamné. Il était serein.

Au moment de lui livrer son diagnostic, à l'été 2014, les médecins lui donnaient quelques mois à vivre. Il a réussi à faire durer le combat durant trois ans.

J'ai toujours admiré les talents de communicateur de Bryan.

Sa ténacité et son courage face à la maladie ont aussi touché tous ceux qui l'ont côtoyé.

Dans les prochains jours, on prendra le temps de dresser un bilan complet de la carrière de Bryan Murray. On soulignera ses bons coups... et ceux qui ont moins bien fonctionné.

Il faudra en profiter pour clarifier un truc. Il a passé les neuf dernières années de sa carrière à travailler chez lui, pour un club de petit marché. Avec tous les défis que cela comporte.

Les fans des Sénateurs ne réalisent pas à quel point il a multiplié les petits miracles pour que l'équipe demeure un tant soit peu compétitive durant cette période.




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