Pas de regrets

Chris Kelly, au début de sa carrière, était... (Archives, La Presse canadienne)

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Chris Kelly, au début de sa carrière, était un joueur parfaitement moyen. Il avait été un choix de troisième ronde.

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CHRONIQUE / Je ne pourrai jamais vous dire tout le respect que j'ai pour Chris Kelly. Ça remonte à loin.

Kelly, au début de sa carrière, était un joueur parfaitement moyen. Il avait été un choix de troisième ronde. Dans un repêchage, existe-t-il une ronde plus quelconque que la troisième ?

Il s'est présenté à Binghamton deux ans plus tard dans l'indifférence quasi totale.

Coup de patin approximatif. Un lancer qui n'effrayait aucun gardien. Des mains pas trop habiles. Il atteignait tout juste le seuil psychologique de six pieds. Il ne pesait pas 200 livres. Il ne possédait pas les outils nécessaires pour frapper ni intimider l'adversaire.

Il n'avait rien pour accrocher l'oeil.

La vie lui avait fait un seul cadeau. Elle lui avait donné une intelligence supérieure à la moyenne. Cette intelligence lui permettait de bien lire, de bien anticiper le jeu.

Cette intelligence, jumelée à son humilité, lui a permis de comprendre assez rapidement où étaient situées ses limites. En les respectant, et en s'efforçant d'offrir jour après jour le même effort, il a réussi à connaître une belle carrière. Il a disputé, jeudi soir à Pittsburgh, son 925e match dans la Ligue nationale de hockey.

Kelly possède une autre qualité qui lui a toujours permis de se démarquer.

Dans un monde où presque tout le monde se prend un peu trop au sérieux, son sens de l'autodérision peut être décapant.

Anecdote. J'étais à Boston, à la fin de l'hiver 2013, le jour où les Bruins ont fait l'acquisition de Jaromir Jagr à l'approche de la date limite des transactions. Je m'étais rendu à la conférence de presse. J'avais écouté le coach, Claude Julien, parler de la profondeur que cette acquisition donnait à son attaque.

Jagr, avait-il annoncé, jouerait ses premiers matches à l'aile droite dans le troisième trio. Avec Kelly.

J'avais quitté la pièce et je m'étais dirigé vers l'ascenseur pour retrouver mon siège dans la galerie de la presse, en prévision du match en soirée contre les Sénateurs. Blessé, Kelly s'apprêtait à passer la soirée dans les hauteurs du TD Garden, parmi nous. Je m'étais fait un plaisir de lui rapporter la bonne nouvelle. À ma grande surprise, il avait soupiré. Il s'était frotté le front.

« Pourquoi ? Pourquoi imposerait-on un joueur comme moi à Jagr ? Voulez-vous bien me dire pourquoi on traiterait aussi mal une légende ? »

Je pourrais vous en raconter plein d'autres, comme celle-là.

Cet aspect de sa personnalité faisait en sorte qu'il demeurait un interlocuteur recherché, dans le vestiaire, cette saison. Il y avait bien deux ou trois reportera agglutinés devant son casier, jeudi matin, dans le vestiaire des visiteurs du PPG Paints Arena.

J'étais là, un peu en retrait. J'écoutais d'une oreille. J'ai bien vu son expression changer quand il s'est mis à parler de l'importance de tout donner dans le match numéro sept.

« L'important, quand on arrive à la fin d'une saison, c'est de ne pas avoir de regrets. Les gaffes, on peut vivre avec. Ce sont des choses qui arrivent. On ne veut pas arriver au bout en se disant qu'on aurait pu et qu'on aurait dû faire les choses différemment », a-t-il déclaré.

Il a essayé de faire comme si de rien n'était, mais on pouvait comprendre qu'il ne parlait pas uniquement de la fin d'une saison. Sa déclaration pouvait bien être celle d'un gars qui fait le bilan de sa carrière, aussi.

Un collègue a saisi la balle au bond. On lui a demandé, directement, s'il pensait au fait qu'il s'apprêtait à disputer son dernier match.

Il a répondu quelque chose de plus ou moins cohérent. À la toute fin, il a remercié l'organisation des Sénateurs de lui avoir donné la chance de jouer cette saison.

Toute une chronique sur Chris Kelly, alors qu'on devrait commencer à dresser le bilan de la saison 2017-18 ?

Tout à fait.

Quelque part, l'avenir du vieux plombier est lié au dossier prioritaire de l'été 2017 : la reconstruction des trios défensifs.

Kelly, Chris Neil, Tommy Wingels, Tom Pyatt et Viktor Stalberg seront joueurs autonomes sans compensation. Jean-Gabriel Pageau aura également besoin d'un nouveau contrat.

Ce sera un beau chantier pour Pierre Dorion.




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