Mariée au hockey

Isabel Whatier... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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Isabel Whatier

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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CHRONIQUE / Il y a environ 18 mois, Francis Wathier a décidé d'accrocher ses patins. Il a mis un point final à une carrière qui a duré 10 ans, qui lui a permis de jouer 10 matches dans la LNH et près de 600 autres dans la Ligue américaine.

Sauf que l'athlète de Saint-Isidore n'a pas nécessairement une définition classique du terme « retraite ». 

Il continue à jouer de façon à moitié récréative, chaque fin de semaine, avec les Prédateurs de Laval de la Ligue nord-américaine. Il donne aussi des leçons de power skating à l'Académie canadienne internationale de hockey, ce pensionnat exclusif situé en bordure de la route 17, à Rockland.

Quand il peut, il donne un coup de pouce à titre d'entraîneur-adjoint chez les Sénateurs d'Ottawa Junior A. Il doit aussi préparer ses camps de hockey estivaux. Cette année, il travaillera avec des jeunes d'ici et du Texas.

Se garder occupé, c'est sa façon de combattre le sentiment de forte déprime qui guette tous les jeunes retraités du sport.

On pourrait aussi dire qu'il continue de mener une vie active pour donner un bon exemple à ses trois enfants, mais... ce ne serait pas nécessaire.

Pour ça, ils ont leur maman.

« Derrière chaque grand homme se cache une grande femme », m'a lancé Wathier dans une conversation, plus tôt cet hiver.

Il a commencé à me parler de l'emploi du temps de sa conjointe. Il était clairement impressionné. Moi, à l'imaginer, j'étais essoufflé.

En rentrant à la maison après l'exode familial d'une décennie aux États-Unis, Isabel Wathier s'est aussi déniché un poste à l'Académie canadienne internationale. Un boulot assez unique. « En gros, je suis une maman », résume-t-elle.

Ce que ça signifie ? Les Wathier vivent dans un appartement qui est situé en plein coeur du campus. Son boulot consiste à encadrer les athlètes-étudiants, qui sont aussi pensionnaires.

« Dans une soirée, je peux repasser une cinquantaine de chemises tout en écoutant des ados me parler de leurs problèmes avec leurs blondes, avec leurs coachs, avec leurs roommates... »

« C'est un peu comme si j'avais 80 enfants », précise-t-elle.

Pour bien des gens, cette perspective serait bien effrayante.

Pas pour elle. Ce défi s'inscrit un peu dans la suite normale des choses. Dans ses dernières années dans la Ligue américaine, Francis était le capitaine, un peu le grand frère de ses jeunes coéquipiers. « Les gars de l'équipe étaient tout le temps rendus chez nous », dit-elle.

Isabel n'a pas l'air à bout de souffle. Vraiment pas. Il lui reste même assez d'énergie pour mener un deuxième projet de front. Le jour, tandis que ses ados sont retenus en classe, elle se rend sur le campus de l'Université d'Ottawa. Elle a choisi d'entreprendre un deuxième baccalauréat. Elle étudie la psychologie.

« J'aimerais ça devenir clinicienne. J'en ai pour cinq ans d'études à temps plein. C'est crazy, je le sais... Les gens ne comprennent pas pourquoi je fais ça. J'ai été maman au foyer, tellement occupée avec la carrière de Francis... Mes enfants vont grandir et je ne veux pas me retrouver toute seule. Je veux continuer, je veux m'impliquer, je veux aider les gens. Si je peux aider des familles, des enfants... Travailler dans des hôpitaux. La vie m'emmènera là où elle doit m'emmener. »

Rien que ça.

Entre deux cours, mardi matin, Isabel Wathier me parlait de tous ses autres projets. Parce qu'il y en a d'autres. Certains, assez imposants.

J'ai eu brièvement l'impression de comprendre. À 18 ans, elle avait brièvement baigné dans le monde des affaires. Elle avait dirigé son propre bed and breakfast. Dans la jeune vingtaine, elle avait une carrière qui débutait dans le monde des communications. Elle venait d'entreprendre des études en Droit. Elle songeait à devenir avocate.

Elle a tout lâché d'un coup « pour suivre ce que me disait mon coeur ».

Une douzaine d'années plus tard, elle doit forcément avoir envie de reprendre le temps perdu.

« Ce n'était pas du temps perdu, a-t-elle précisé, rapidement. Je dis tout le temps que la vie t'emmène où tu dois être. Ce n'était vraiment pas du temps perdu. Je n'ai aucun regret. Oh, mon Dieu. Non. »

Je ne comprenais pas, finalement.




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