Une désolante vente à perte

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Lazar a été le choix de première ronde des Sénateurs, en 2013.

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CHRONIQUE / Je m'en souviens comme si c'était hier. En septembre 2014, Bryan Murray avait pris une grosse décision. Il allait donner à Curtis Lazar la chance d'entreprendre, à 19 ans, une saison dans la Ligue nationale de hockey.

Au Sensplex de Kanata, alors qu'on suivait une des dernières séances d'entraînement du camp, il cherchait à me convaincre qu'il s'agissait d'une bonne décision.

«Quand un joueur degrand talent est prêt, il faut lui donner sa chance. Il faut le traiter correctement. Sinon, il pourrait partir avec l'impression qu'il est victime d'une injustice. Et il pourrait nous le faire payer très cher quand il aura 26 ou 27 ans...»

En septembre 2014, Lazar faisait donc partie des plans à très long terme des Sénateurs. La direction avait déjà peur de le perdre, sur le marché des joueurs autonomes sans compensation.

Finalement, il s'est produit quelque chose d'encore bien pire.

Dans le monde des finances ou dans celui de l'immobilier, on parlerait d'une vente à perte.

Lazar a été le choix de première ronde des Sénateurs, en 2013.

Quatre ans plus tard, pour faire son acquisition, les Flames n'ont eu qu'à céder un choix de deuxième tour et un défenseur numéro six ou sept, Jyrki Jokipakka.

Il serait peut-être utile de préciser que la cuvée de 2017 s'annonce particulièrement faible.

Même si Jokipakka possède une certaine expérience de la LNH, force est de reconnaître que sa valeur n'est pas à son plus haut, non plus. Il a été soumis au ballottage en début de semaine. Personne ne l'a réclamé.

On croit Pierre Dorion sur parole quand il dit qu'il a complété cette transaction à contrecoeur.

Après avoir passé de longs mois à y penser, le directeur général est arrivé à la conclusion qu'il devait offrir à Lazar cette opportunité de relancer sa carrière au sein d'une autre organisation. S'il était resté, il n'aurait peut-être pas joué beaucoup d'ici la fin de la saison.

Le problème me semble assez évident. Pas vous ?

Donner à un jeune de 19 ans un emploi dans la LNH, c'est bien.

Idéalement, c'est la première étape dans un plan qui est clair, défini. Le jeune joueur de hockey a besoin qu'on lui trouve un rôle. Il doit comprendre ce rôle. Il doit l'accepter. On doit lui donner des objectifs qu'il doit atteindre, à court, moyen et long terme. Je ne suis pas certain qu'à Ottawa, Lazar a toujours su à quoi s'en tenir.

Le kid a possiblement été victime des circonstances. Quand il a disputé son premier match dans l'uniforme des Sénateurs, Paul MacLean était l'entraîneur-chef. Deux mois plus tard, il s'est retrouvé au chômage. Son adjoint Dave Cameron a été promu. Une saison et des poussières plus tard, Guy Boucher lui a succédé, emmenant avec lui ses nouvelles idées, son nouveau système.

Le calcul est simple. À ses trois premières années dans la LNH, Lazar a été dirigé par trois hommes différents. Ça fait beaucoup.

Dorion reconnaît que Lazar a joué son meilleur hockey durant l'irrésistible poussée vers les séries du printemps 2015. À l'époque, il jouait dans un troisième trio très efficace, avec Jean-Gabriel Pageau et Erik Condra.

Il comprenait son rôle. Il acceptait son rôle.

Par la suite, il s'est baladé d'un trio à l'autre et d'une position à l'autre. La seule constante, au boulot, c'était le changement.

Il a une bonne idée du joueur qu'il veut devenir. Il nous l'a dit encore une fois mercredi matin, au terme de sa dernière séance d'entraînement à Kanata. «Vous allez bien voir où je serai dans cinq ans.»

À Ottawa, j'avais comme l'impression qu'il ne savait simplement plus quel chemin emprunter pour atteindre sa destination. Ça m'a donné le goût de lui poser une dernière question avant son départ, en fin de journée.

Tu sais ce que tu veux devenir... Mais sais-tu quel type de joueur se pointera à Calgary demain ? «Un joueur heureux», m'a-t-il répondu.

Ça voulait tout dire.




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