Des petites foules

Le match de mardi contre les Coyotes a... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le match de mardi contre les Coyotes a attiré seulement 11 000 partisans.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / J'avais passé la soirée au grand complet à gazouiller sur un match de hockey. Je recevais très peu de rétroaction. Par moments, j'avais l'impression de monologuer. Je me sentais un peu seul sur la galerie de presse du Centre Canadian Tire.

J'étais en train de me rendre à l'évidence. Par un beau mardi soir d'automne, dans les foyers francophones, on s'intéresse davantage aux tribulations de Marie Lamontagne qu'à la progression de Thomas Chabot.

Puis, vers la fin de la troisième période du match entre les Sénateurs et les Coyotes, j'ai lâché un dernier micro-message. Quelque chose de simple, pour parler de la très petite foule. Seulement 11 000 personnes au Temple.

Il était passé 21 h. L'épisode d'Unité 9 était terminé. Le grand building vide avait frappé l'imaginaire. Les fans avaient le goût d'en parler.

La première réaction était tristement prévisible. Une équipe incapable de remplir son aréna ? On a enfin trouvé la franchise qui déménagera à Québec !

Les quatre ou cinq prochains paragraphes de cette chronique vont décevoir les rêveurs nostalgiques. Ils vont possiblement ramener sur terre les autres qui souhaitent - mais pourquoi, au juste ? - voir les Sénateurs disparaître.

Leurs chances de quitter la capitale fédérale, à court ou moyen terme, sont pratiquement nulles.

J'invoque ici le généreux contrat de télédiffusion liant les Sénateurs à Bell Média depuis le printemps 2014. Pour avoir le droit de télédiffuser une cinquantaine de parties sur TSN et RDS, le géant des communications verserait environ 35 millions $ par année au propriétaire Eugene Melnyk. 

Ce contrat est en vigueur pour encore 10 ans.

Pendant la même période, les droits de diffusion nationaux des matches de la LNH ont été vendus au rival Rogers pour une somme dépassant les cinq milliards $. Les Sénateurs obtiennent une bonne part de cet énorme gâteau.

Tout ça représente beaucoup d'argent. Dans le monde d'aujourd'hui, les droits de télédiffusion sont autant, sinon même plus importants que les recettes aux guichets.

Avant même d'avoir vendu un seul billet ou d'avoir loué une première loge, M. Melnyk reçoit chaque année de généreux chèques qui l'aident à s'occuper des plus pressantes factures.

•••

Tout cela ne veut pas dire que la situation actuelle des Sénateurs n'est pas inquiétante.

Ce n'est pas le premier automne difficile, aux guichets, pour les Sénateurs. D'ailleurs, les discussions dans les réseaux sociaux me laissent croire que les problèmes propres à Ottawa sont bien connus.

Sauf que, dans le passé, les périodes creuses se traduisaient par des foules de 14 000 à 16 000 spectateurs.

Une foule de 11 000, c'est très bas. Ça nous laisse croire que la base fragile d'abonnés annuels a diminué dans les derniers mois. Les fans d'Ottawa ont ceci en commun avec ceux des autres villes. Ils veulent encourager une formation gagnante. Une décennie entière à vivoter - les Sénateurs ont remporté seulement une ronde éliminatoire depuis 2008 - a peut-être eu raison de la patience de certains.

Un fan qui décide de partir pour dépenser son argent ailleurs n'est pas nécessairement un fan facile à reconquérir.

L'argument du « champ-de-patates-dans-l'ouest-de-la-ville » commence à peser lourd, aussi.

En planchant sur la construction d'un building tout neuf sur les plaines LeBreton, les Sénateurs reconnaissent que Kanata n'est pas le secteur idéal où brasser des affaires. Ça peut être une lame à double tranchant.

Je me souviens des actionnaires d'un club de baseball des ligues majeures, au milieu des années 1990, qui cherchait à se faire construire un stade neuf au centre-ville. À force de répéter de répéter à leurs fans que le Stade olympique était trop gros, trop éloigné, trop ennuyeux, ceux-ci ont fini par les croire.

On connaît la suite de l'histoire.

Il est loin de la désuétude, le CCT. Et Kanata, c'est loin, mais ce n'est pas si loin que ça. En attendant la première pelletée de terre sur les plaines, M. Melnyk ferait bien de le rappeler à ses partisans...

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