Hommage à Melody

Bobby Ryan est devenu l'homme qu'il est aujourd'hui parce... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Bobby Ryan est devenu l'homme qu'il est aujourd'hui parce qu'il a été soutenu par une femme d'exception. Cette femme, sa mère Melody, est décédée cet été des suites d'une courte, mais foudroyante maladie.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Pendant trois bonnes années, je me suis posé des questions au sujet de Bobby Ryan.

Je n'étais pas tout seul. Quelques collègues, qui ont la chance de le côtoyer sur une base quotidienne, avaient les mêmes interrogations que moi.

On connaissait les grandes lignes de son histoire. On savait qu'il avait passé son enfance à se cacher, à cause d'un père qui cherchait à échapper à la loi. On savait qu'il avait par la suite vécu dans la pauvreté, à l'adolescence, durant les années où son père a finalement été attrapé, puis incarcéré.

Dans ce contexte, le joueur vedette aurait facilement pu mal tourner.

Il aurait facilement pu vivre recroquevillé et se méfier de tous les gens qui l'entourent. Il aurait facilement pu se laisser gagner par la colère, par la révolte.

Tout le contraire s'est produit. Ryan est aujourd'hui un des joueurs les plus accessibles, les plus généreux de toute la Ligue nationale de hockey.

Depuis deux mois, maintenant, on comprend mieux pourquoi.

Il est devenu l'homme qu'il est aujourd'hui parce qu'il a été soutenu par une femme d'exception.

Cette femme, sa mère Melody, est décédée cet été des suites d'une courte, mais foudroyante maladie.

Au plus fort de son deuil, son fils unique a choisi de lui rendre hommage en écrivant un texte coup-de-poing sur le site The Players' Tribune.

Dans ce texte, en quelques centaines de mots, Ryan rend hommage à la dame qui a choisi de tout sacrifier pour son enfant.

La dame occupait deux emplois à temps plein, mais pas n'importe lesquels. Durant les heures normales de bureau, elle était la directrice générale adjointe d'un complexe de hockey mineur, ce qui lui permettait de s'entraîner gratuitement. En soirée, elle travaillait comme commis au service à la clientèle d'une compagnie aérienne. Elle pouvait alors obtenir des rabais sur des billets d'avion qu'il utilisait pour accompagner ses coéquipiers fortunés dans leurs tournois à l'extérieur de la Californie.

Comme si ce n'était pas suffisant, elle lui faisait aussi l'école à la maison. Elle le conseillait à travers ses premières expériences amoureuses. Elle le réprimandait quand il se laissait guider par la colère qui grondait en lui.

Ryan a toujours été un fan de Players' Tribune, un site qui permet aux athlètes professionnels - tous sports confondus - de prendre la plume pour raconter leurs histoires à la première personne. Il a donc lui-même choisi de contacter les responsables de la rédaction, en juillet, dans les jours qui ont suivi le décès de Melody.

«Pour moi, c'était presque thérapeutique. J'ai eu beaucoup de mal à raconter cette histoire, mais ça m'a fait beaucoup de bien», m'a-t-il confié, jeudi matin.

On le sent encore un peu ébranlé. Deux mois, c'est une bien courte période pour faire un deuil si important.

La rédaction du billet l'a quand même aidé. «Le jour de la publication, mon téléphone s'est mis à sonner aux environs de six heures du matin. La première chose que j'ai faite, c'est relire mon texte. J'ai essayé de ne pas pleurer. Il y avait eu suffisamment de larmes durant mes deux journées de rédaction.»

Dans les heures qui ont suivi, la réaction des internautes l'a soufflé.

«Ce fut un véritable tsunami. Des joueurs de partout à travers la ligue m'ont contacté. Ça m'a fait chaud au coeur. J'ai été encore plus touché par les gens de ma famille, par mes amis. Des gens qui ont bien connu ma mère m'ont dit que j'avais su la décrire parfaitement. Ça m'a fait un bonheur immense.»

De purs inconnus, aussi, ont réussi à l'émouvoir. «Des gens qui avaient récemment perdu un parent m'ont écrit pour me dire que mon texte les a touchés droit au coeur.»

Il y a juste un truc, dans le touchant témoignage de Ryan, qui m'a fait tiquer un brin. C'est le bout où il dit que les sacrifices de sa mère lui ont permis de réaliser «tous» ses rêves, du premier jusqu'au dernier.

N'en reste-t-il pas un? La conquête de la coupe Stanley, peut-être?

Ryan hoche la tête. Il aurait pu l'ajouter.

«Dans le texte, je parlais de ma vie en général. Le hockey, c'est une toute petite partie de ma vie, tu sais. Je voulais que ma mère sache que dans tout le reste de ma vie, mes rêves se sont réalisés.»

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