Un t-shirt noir qui vaut de l'or

Le Gatinois Francis Thériault a parcouru les 226... (Courtoisie)

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Le Gatinois Francis Thériault a parcouru les 226 kilomètres de cette épreuve d'endurance reconnue comme étant la plus ardue sur le globe en un chrono de 14 heures, 53 minutes et 26 secondes.

Courtoisie

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CHRONIQUE / Depuis une dizaine de jours, maintenant, on est bombardés d'images d'athlètes radieux qui se battent pour la même chose. On sait fort bien ce que ça vaut, une médaille des Jeux olympiques. Qu'elle soit faite d'or, d'argent ou de bronze.

Fallait voir le sourire triomphant de Francis Thériault, dans le courriel qui m'a été transmis la semaine dernière. Les bras en l'air, pareil comme tous ceux qui sont couronnés à Rio. Il venait de gagner sa médaille. Sauf que sa médaille, ce n'était pas vraiment une médaille. C'était plutôt un t-shirt.

Un t-shirt noir.

•••

J'ai écrit sur Francis au début du mois de juin. Physiothérapeute gatinois, 32 ans. Maniaque de sports, toujours à la recherche d'un nouveau défi sportif. Il venait d'en trouver un à la hauteur de ses plus grandes aspirations. Il avait réussi à se qualifier pour le Norseman Xtreme Triathlon, qui est généralement reconnu comme l'épreuve d'endurance la plus difficile sur la planète.

À l'écouter me parler de ses motivations, de sa hâte d'affronter l'eau glacée des fjords et les pics montagneux de la Norvège sur 225 kilomètres, j'étais arrivé à la même conclusion que tous ses amis.

Pour s'imposer autant de souffrance, il faut être un peu fou.

Il n'a jamais cherché à me contredire.

« Je ne te dirais pas que le Norseman a comblé mes attentes. Je dirais qu'il est allé plus loin que ça, encore. Les vidéos qui sont produites chaque année dans le but de faire la promotion de l'événement ne correspondent pas à ce que j'ai vécu. Le paysage est encore plus grandiose sur place. La course est aussi bien plus difficile que ce à quoi je m'attendais », m'a-t-il confié, alors qu'il s'accordait quelques jours de vacances en Norvège avec sa copine, Caroline.

Il a complété son Norseman le 6 août dernier. Il a parcouru les 226 kilomètres en 14 heures, 53 minutes et 26 secondes.

Il a été le 103e homme à franchir le fil d'arrivée, au terme d'une ascension totale de plus de 5000 mètres.

Il a mis une bonne quinzaine de minutes à me résumer son aventure.

Elle commence à cinq heures du matin, avec un plongeon de quatre mètres dans le fjord glacé. Suivent ensuite quatre kilomètres de natation, en silence, dans la pénombre, avec le rivage comme seul point de repère.

Francis me parle ensuite de la zone de transition où Caroline l'attendait. En tant que partenaire de course, c'est elle qui l'a essuyé et qui s'est chargée de le préparer pour le vélo. Il était trop frigorifié pour le faire lui-même.

Les choses n'allaient pas s'améliorer par la suite. Avec la pluie qui s'abattait sur le parcours, la température allait se stabiliser aux environs de quatre degrés Celsius. C'est à ce moment-là que, victimes d'hypothermie, plusieurs de ses rivaux ont été obligés d'abandonner.

« Pour moi, ça s'est bien passé. Je n'ai jamais eu froid au corps, me jure Francis. Il y a juste mes doigts... Une semaine après la course, j'ai encore cinq doigts engourdis. C'est correct. Ça va revenir. Ce n'est pas la première fois qu'une telle chose m'arrive. »

Francis ne pensait cependant pas à ses phalanges congelées, dans la deuxième zone de transition, quand Caroline le préparait pour ses 42 kilomètres de course à pied. Une seule pensée l'obsédait quand il a croisé une officielle mineure en bordure du parcours.

«Le t-shirt qui m'attend au fil d'arrivée... Il sera noir ou blanc ?

- Noir, c'est évident», lui a répondu la dame.

Au Norseman, les gaminets noirs ne sont remis qu'aux meilleurs. Cette année, seulement 142 des 250 hommes inscrits en ont reçu un.

•••

Une semaine plus tard, une  question s'imposait. Comment traite-t-on un t-shirt d'une si grande valeur ? 

On ne peut certainement pas le foutre dans la sécheuse à haute intensité une fois par semaine...

« Je ne le porterai pas souvent », convient Francis.

« Je l'aurai probablement sur le dos quand je rentrerai au pays, pour les gens qui viendront m'accueillir à l'aéroport. Je l'apporterai au bureau une fois. J'ai suffisamment cassé les oreilles de mes collègues avec mes histoires dans la dernière année... Après, je vais sans doute l'exposer dans un cadre, dans notre gymnase à la maison. Il va me motiver dans mes entraînements pour mes courses à venir. »

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