Le temps qui passe

L'escrimeur Michel Dessureault en impose toujours autant. Il... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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L'escrimeur Michel Dessureault en impose toujours autant. Il demeure un personnage impressionnant. Même s'il est au bout du fil. Même s'il se trouve à près de 500 kilomètres, dans la région de Toronto.

Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / «Es-tu en train d'insinuer que je suis vieux?»

Avec sa grosse voix, Michel Dessureault en impose toujours autant. Il demeure un personnage impressionnant. Même s'il est au bout du fil. Même s'il se trouve à près de 500 kilomètres, dans la région de Toronto.

En fait, Michel... Comment dirais-je? On a tous le même problème. Pour certains, il est plus criant que d'autres. Le temps n'arrête pas de filer.

Dans ton cas, Michel, on va faire le calcul. Tu étais dans l'enceinte du Stade olympique, à Montréal, le 17 juillet 1976. Tu avais 19 ans. Tu t'apprêtais à vivre tes premiers Jeux olympiques. Ça va faire 40 ans, jour pour jour, dimanche. Je n'oserais pas te dire t'es vieux, mais...

«De toutes façons, je n'ai pas peur de vieillir. J'ai peur de grandir», me coupe-t-il.

«Tsé, je suis un garçon de 59 ans qui s'amuse avec des épées...»

***

Dessureault impressionne, pas juste avec sa grosse voix. Quand il raconte la cérémonie d'ouverture des Jeux de Montréal, on a l'impression que l'ancien épéiste gatinois se trouve toujours au stade. «Il y a des événements qui restent gravés dans ta mémoire. L'entrée au stade, par exemple. La levée de la foule quand nous sommes arrivés. Ça, je n'oublierai jamais.»

La cérémonie d'ouverture des Jeux de Rio, dans quelques semaines, devrait ressembler aux cérémonies des Jeux précédents. Les athlètes de toutes les nations vont entrer dans le stade avec leurs iPhones installés dans le creux de leurs mains. Ils vont défiler autour du stade en prenant des photos, des vidéos, des égoportraits...

Les iPhones n'existaient pas en 1976. «J'vais te dire bien franchement, il n'y a pas une caméra au monde qui pourrait me donner des souvenirs aussi précis que ceux qui sont gravés dans mon cerveau, me répond-t-il. Je te jure, tout est gravé dans ma mémoire. Je pourrais retrouver l'endroit précis où je me tenais debout à l'intérieur du stade. J'étais tout près de l'estrade. Les trois ou quatre premières personnes qui étaient assises devant moi. Si je les croisais dans la rue, encore aujourd'hui, je les reconnaîtrais.»

En tant qu'athlète, Dessureault est retourné deux fois aux Jeux, par la suite. Il était à Los Angeles en 1984 ainsi qu'à Séoul en 1988. Le boycott canadien l'a privé d'un voyage à Moscou, en Union soviétique, en 1980.

Quand il fait le bilan, toutes ces années plus tard, il arrive à une simple conclusion. Les Jeux de Montréal n'ont pas été ses meilleurs sur le plan sportif. Ils ont été, en revanche, ses plus enrichissants d'un point de vue humain.

«C'était spécial. Nous étions Canadiens. Nous étions Québécois. Quand nous portions notre survêtement sportif dans la ville de Montréal, tout le monde venait nous voir. Pendant deux semaines et demie, tout le monde voulait nous parler.»

C'était une autre époque. «Les athlètes des pays communistes voulaient acheter des jeans. J'avais réussi à en aider quelques-uns. J'avais des connections, je travaillais dans la mode à l'époque.»

***

Dessureault ne peut pas ignorer le temps qui file. Dans quelques semaines, il verra son poulain Maxime Brinck-Croteau prendre à son tour le chemin des Jeux.

«Max» n'était qu'un enfant, en 1996, quand il a franchi les portes du club le Masque de Fer pour s'initier au sport.

Le vieux coach n'a pas perdu le goût d'administrer des conseils. «Max, je lui dirais de bien prier le matin de sa compétition. Ensuite, je lui dirais de tirer à son maximum. L'escrime, de nos jours aux Jeux, c'est un coup de dés. J'ai vu des champions du monde sauter au premier tour.  J'ai aussi vu des inconnus grimper sur le podium. Aujourd'hui, les Jeux, ce n'est pas trop difficile. Ce qui est difficile, c'est d'accéder aux Jeux.»

Lorsque Brinck-Croteau vivra les plus grands moments de sa carrière d'athlète, à Rio, son ancien entraîneur devrait se trouver en Chine.

La technologie offre de beaux avantages. À l'autre bout du monde, il devrait être capable de trouver un endroit, sur la vaste toile, où il pourra suivre la compétition en direct. «C'est certain que je voudrai le suivre. Je veux voir comment il va faire. Je vais lui crier après.»

Avec sa grosse voix, malgré le temps qui passe, Michel Dessureault continuera d'en imposer.

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