Après l'angoisse, la jubilation

Farah Jacques sera une des quatre représentantes de... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Farah Jacques sera une des quatre représentantes de la Belle Province à se produire dans les épreuves d'athlétisme au Brésil.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Imaginez. Depuis des années, tous vos efforts vont dans la même direction, dans la poursuite d'un seul rêve.

Imaginez à présent que vous arrivez au point de non-retour. Ça ne dépend plus de vous. Quelqu'un d'autre décidera, à votre place, si vous réaliserez ou non votre unique rêve.

La sprinteuse gatinoise Farah Jacques est arrivée à ce carrefour dimanche soir. Les dirigeants d'Athlétisme Canada s'étaient réunis, derrière des portes closes, pour choisir les coureurs, les sauteurs et les lanceurs qui représenteraient le pays aux Jeux olympiques de Rio.

Comme si le stress n'était pas assez difficile à gérer, le mot a commencé à circuler. Les chanceux, ceux qui seraient retenus, seraient avisés par courriel... au beau milieu de la nuit.

Farah faisait donc comme tous les autres. Elle cherchait à se changer les idées, tant bien que mal, dans un bar. Elle se doutait bien que ses chances d'aller au Brésil n'étaient pas grandes. Elle n'avait pas réussi à courir comme elle aurait voulu dans sa discipline fétiche, le 200 mètres. Il ne lui restait plus qu'à s'accrocher à l'espoir qu'on lui fasse une place dans l'équipe du relais 4 X 100 mètres.

Très mince espoir. Elle ne voulait même pas trop se donner le droit d'y croire, de peur de vivre une deuxième déception en quelques heures. Un peu après 1 h, le stress est tombé pour une première chanceuse. Une fille qui s'y attendait a reçu, avant les autres, son courriel.

Assez facile de s'imaginer la suite. Sans le vouloir, la chanceuse gâche rapidement la soirée de tous les autres.

« Tout le monde s'est mis à regarder ses courriels », me racontait Farah, mercredi, dans l'agora quasi désert de l'UQO, son école, où elle m'avait donné rendez-vous.

« Je regarde mes courriels. Je ne vois rien. Je sais que les autres sont aussi scotchés à leurs téléphones, je ne veux pas qu'ils me voient ainsi. Je me réfugie donc dans la salle de bains. Là, je fais refresh, refresh et encore refresh. J'ai fini par me rendre à l'évidence. Ça y est. Je n'irai pas à Rio. J'ai fait tout ça, tous ces sacrifices, pendant toutes ces années, pis finalement, ça ne fonctionnera pas. À ce moment-là, j'étais encore plus déçue. Même s'il ne me reste plus beaucoup d'attentes, j'ai la preuve que c'est bel et bien fini. »

Farah ne peut se terrer aux toilettes pour le reste de la soirée. De retour au bar, une amie tente de la convaincre de jeter un dernier regard à son téléphone. Elle n'en a plus envie. Parce que l'autre ne lâche pas le morceau, elle consent à lui montrer que sa boîte de réception est vide.

« Et là, je fais refresh pour une dernière fois. C'est à ce moment-là que le courriel apparaît. Je vous jure que je ne peux pas exprimer toute la joie que j'ai reçue à ce moment-là. »

Farah Jacques n'est pas encore très connue sur la scène sportive québécoise et canadienne. Sur presque toutes les photos d'elle qui circulent sur la toile, elle apparaît sérieuse, déterminée. Parfois, elle semble si intense, on jurerait qu'elle est en colère.

Absolument rien à voir avec la jeune femme avec qui j'ai passé l'heure du lunch, mercredi.

Le sourire permanent qui illumine son visage doit commencer à lui faire mal aux joues. Elle rayonne. Ce n'est pas mêlant. Passer une demi-heure avec elle, en ce moment, doit avoir l'effet d'une bonne séance de luminothérapie.

« Rien ne pourrait gâcher ma bonne humeur en ce moment », m'a-t-elle d'ailleurs lancé en guise de salutation.

« Je suis une olympienne. Je réalise mon rêve. »

•••

Farah Jacques devrait être, officiellement, la dernière athlète du coin à obtenir son ticket pour le Brésil. L'Outaouais québécois sera drôlement bien représenté à Rio. Maxime Brinck-Croteau, Karol-Ann Canuel, Karine Thomas, Natasha Watcham-Roy, Michael Woods, sans compter sur tous les membres de l'équipe masculine de volley-ball.

La sprinteuse a beau jubiler, elle garde les pieds sur terre. Six filles ont été retenues au sein de l'équipe du relais. Seulement quatre pourront courir.

« Je ne peux pas me croiser les jambes. Je suis dans l'équipe. Maintenant, je veux m'assurer de me trouver sur la piste », complète-t-elle.

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