Tout commence avec un mouchoir

Il faudrait retrouver ce mouchoir orangé qu'on voit... (Patrick Woodbury, archives LeDroit)

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Il faudrait retrouver ce mouchoir orangé qu'on voit sur cette photo. Il a été utilisé dans le premier match du Rouge et Noir à la Place TD. Sa place est au Temple de la renommée du football canadien.

Patrick Woodbury, archives LeDroit

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CHRONIQUE/ C'est un drôle de mot, mouchoir.

C'est encore plus drôle lorsqu'on le prononce avec un accent anglais.

Moo-shoo-wahrrr.

Ce qui me fait particulièrement rire, c'est qu'à Ottawa, ce mot est en voie de devenir un véritable symbole de tolérance.

Mike Sutherland rigole quand il pense au phénomène qu'il a lancé, sans nécessairement le vouloir, il y a deux ans.

L'ancien joueur de ligne à l'attaque chez les défunts Renegades se préparait à jouer son nouveau rôle d'annonceur-maison lors des matches de football disputés dans une Place TD fraîchement rénovée, en 2014. L'Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG) l'avait embauché pour son passé d'athlète et pour sa grosse voix caverneuse. On voulait aussi un candidat qui soit parfaitement bilingue. Au stade, toutes les annonces devaient être faites dans les deux langues officielles.

Sutherland, un vrai pro, faisait ses devoirs. Il passait en revue toutes les phrases qu'il devrait prononcer au micro. Quelque chose le chatouillait. Il n'aimait pas la façon d'annoncer les infractions dans la langue de Molière.

«En anglais, l'annonceur dit souvent qu'il y a un 'flag on the play'. Au Québec, on a plutôt tendance à utiliser l'expression 'infraction sur le jeu'. Or, ce n'est pas exact. Quand un arbitre lance son mouchoir sur le terrain, il pense qu'une infraction a été commise. Ce n'est pas tout le temps le cas», m'expliquait-il, cette semaine.

Après avoir obtenu la bénédiction de la Ligue canadienne de football, Sutherland a tenté l'expérience. Lors des premières parties du Rouge et Noir, il s'est mis à parler de «mouchoir» après chaque hors-jeu, chaque fois qu'un joueur de ligne à l'attaque agrippait le chandail d'un rival et chaque fois qu'un demi défensif nuisait au travail d'un flanqueur.

Au début, il a reçu des courriels de clients mécontents. Il s'agissait de clients francophones qui n'appréciaient pas la nouveauté.

Les anglos, eux ? « Rapidement, ils se sont mis à crier "moo-shoo-wharrr" joyeusement chaque fois que l'occasion se présentait », raconte Sutherland, amusé.

Ça ne s'est pas arrêté là.

Rapidement, on a vu un premier maillot officiel personnalisé dans les gradins. À l'endroit où il aurait dû payer pour faire inscrire le nom de son joueur préféré, le partisan a fait inscrire les lettres M-O-U-C-H-O-I-R.

L'idée a depuis été reprise.

Lors d'un match présenté le soir de l'Halloween 2014, on avait invité les partisans à se présenter au stade costumés. Un groupe de joyeux fêtards a saisi la balle au bond, se présentant vêtus de gros draps orangés.

«Dernièrement, il y a un jeune père de famille qui a pris l'habitude d'emmener son petit bébé aux matches. C'est vraiment un tout petit bébé. Le bébé porte son costume de mouchoir chaque soir. Son père le soulève au bout de ses bras après chaque jeu où il y a possibilité d'infraction.»

Vous pensez que c'est une gigantesque anecdote?

Ce n'est pas juste une anecdote.

Tout ça me laisse plutôt croire que la majorité anglophone est plus tolérante, plus accueillante qu'on pensait.

•••

Quinze ans, maintenant, que je suis journaliste sportif dans la vaste région d'Ottawa-Gatineau. Quinze ans à voir des clubs professionnels ontariens éprouver les mêmes ennuis quand venaient le temps de courtiser la clientèle gatinoise.

Les Sénateurs. Les Lynx. Les Renegades. Les autres, ceux qui évoluaient dans des circuits de moins grande envergure. Ils ont chacun leur tour réussi à se planter au même endroit.

Leurs dirigeants se montraient bien conciliants et sympathiques, mais jusqu'à un certain point, avec la clientèle francophone. Il fallait que tout se fasse discrètement. Il fallait, idéalement, que ça se fasse sans bousculer la majorité anglophone.

Arrive dans le portrait un groupe d'investisseurs locaux désireux de brasser des affaires en tenant compte de la dualité linguistique du marché. Ces hommes compétents traitent depuis maintenant deux ans les francophones comme des égaux.

Le Rouge et Noir jouera encore une fois cette année dans un stade rempli à capacité. Ça ne devrait surprendre personne.

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