Le désir selon Grobbelaar

L'entraîneur des gardiens du Fury d'Ottawa, Bruce Grobbelaar,... (Etienne Ranger, LeDroit)

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L'entraîneur des gardiens du Fury d'Ottawa, Bruce Grobbelaar, lors de la séance d'entraînement de mardi à la Place TD

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / Oubliez le talent, l'argent et tout le reste. La différence entre les joueurs de la NASL et ceux de la MLS est toute petite. Une affaire de 5% à peine.

Ce n'est pas moi qui le dit. C'est Bruce Grobbelaar.

«Vous pouvez essayer de me faire croire que les joueurs de la MLS sont de meilleurs athlètes. Moi, je vous dirai que la différence entre les joueurs des deux ligues, c'est un 5% de volonté supplémentaire. Les joueurs qui évoluent dans notre ligue ne croient pas vraiment qu'ils peuvent atteindre les plus hauts sommets. C'est bien dommage», m'a-t-il confié mardi.

Je me dis qu'il sait probablement de quoi il parle. Il est de loin l'homme de soccer qui a le plus de vécu à Ottawa.

L'ancien entraîneur-chef du Fury, Marc Dos Santos, était un fin pédagogue. Il avait le chic d'expliquer les choses pour que je comprenne.

Il avait vite saisi que j'étais un simple journaliste de hockey qui débarquait à l'occasion au stade pour dépanner. Chaque fois, il m'attendait avec une analogie glacée.

Pour m'expliquer l'embauche de Grobbelaar, au beau milieu de la saison 2014, Dos Santos m'avait parlé de Patrick Roy. «Imagine un peu que Roy s'installe en Suisse à la fin de sa carrière. Un bon jour, il décide de s'entendre avec un club de hockey de deuxième division là-bas pour entraîner leurs gardiens. Ce serait étonnant, non? Eh bien, c'est un peu ce qui se produit ici avec Bruce.»

En 14 saisons devant le filet du mythique Liverpool FC, entre 1981 et 1994, il a remporté le titre de la Premier League à six reprises. Il a remporté les prestigieuses FA Cup et Football League Cup à trois reprises chacune.

Le pire, c'est qu'il n'a pas appris à triompher dans l'adversité durant toutes ces années passées sous les projecteurs.

La vérité, c'est que Grobbelaar était déjà un guerrier quand il est débarqué à Liverpool.

Il m'a parlé hier de son premier contrat de joueur semi-professionnel, signé quand il avait 14 ans. «Mon salaire annuel de base était de 10$. Je ne pouvais pas cracher sur cette somme, qui équivalait au salaire mensuel de ma mère.»

«Sinon, on recevait deux dollars supplémentaires après chaque victoire et un dollar pour un match nul. Après une défaite, on ne nous donnait rien», s'empresse-t-il d'ajouter.

Il m'a ensuite brièvement parlé de son service militaire. Durant ses deux années passées dans l'armée rhodésienne, il a mis sa carrière d'athlète en veilleuse.

«J'ai passé deux années à me dire que je pouvais me faire tuer n'importe quand.»

En quittant l'armée, incapable de se procurer un visa de travail au Royaume-Uni, c'est au Canada qu'il a rebondi. Il a renoué avec le soccer à Vancouver, chez les anciens Whitecaps, dans la première incarnation de la NASL.

J'ai de la suite dans les idées. C'est à cause de son bref passage à Vancouver, en 1979 et 1980, que je voulais lui parler mardi.

Son passage sur la côte ouest fut bref, mais couronné de succès. En 1979, son équipe a remporté un championnat qu'elle ne devait pas gagner.

«Dans ce temps-là, la NASL, c'était la ligue des Rowdies de Tampa Bay et des Diplomats de Washington. Il y avait le Cosmos de New York aussi, bien sûr. Personne ne parlait de nous.»

Près de 40 ans plus tard, tout n'a pas changé.

«En ce moment, tous nos joueurs sont habités par le doute. C'est normal, puisque nous sommes les négligés. Ils doivent simplement trouver le petit déclic, l'élément qui leur permettra de penser qu'ils peuvent gagner. Ceux qui seront incapables de se défaire du doute sont à leur place dans notre ligue», dit Grobbelaar.

Ceux qui réussiront à surmonter le doute et à batailler d'égal à égal avec les Whitecaps ont peut-être une chance de s'en sortir.

***

Qu'est-ce qui ne va pas, Ottawa?

On me souffle à l'oreille que la prévente de billets pour ce match du Championnat canadien Amway n'a pas été terrible.

On me dit qu'il n'est pas facile de faire sortir les gens au beau milieu de la semaine.

C'est de la foutaise. Pour un gros match comme celui-là, les amateurs de soccer devraient être heureux de se déplacer en masse. Même si c'est mercredi.

Le problème est forcément ailleurs, mais où?

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