Comme une grande déprime

Autant le Canadien que les Sénateurs n'ont pas... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Autant le Canadien que les Sénateurs n'ont pas obtenu leur billet pour la grande danse printanière cette année dans la LNH, au grand désespoir de leurs partisans. Tout le contraire qu'à pareille date en 2015, alors que Montréal et Ottawa s'affrontaient en quarts de finale de l'Association Est.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Trente ans plus tard, nous en sommes rendus là.

Si le printemps 2016 est dur pour les amateurs de hockey du Canada en général, il semble particulièrement dévastateur pour les fans du Canadien.

J'ai récemment pris la pleine mesure de la «grande déprime» qui sévit au Québec. 

C'était un mardi soir, il y a quelques semaines. Le collègue Louis-Denis Ébacher, le gars des faits divers au journal, avait réuni quelques-uns de ses amis dans son salon des Hautes-Plaines pour regarder les séries de la Coupe Stanley à la télévision.

Louis-Denis a depuis longtemps fait son deuil d'assister à un grand défilé pour acclamer des champions. Il a grandi quelque part entre Trois-Rivières et Québec. Il a vécu un véritable deuil quand ses Nordiques ont quitté pour le Colorado en 1995. Il fait partie des irréductibles qui ont toujours refusé de changer d'allégeance et d'embarquer dans grosse la caravane tricolore. 

Parlez-moi d'un gars qui a des principes. Pas question de coucher avec ses anciens ennemis.

Nos trois autres copains - Bélanger, Blouin et Carrière - sont frappés de plein fouet par la grande déprime. Ils essaient de passer à travers comme ils peuvent. Ils m'ont l'air de plus ou moins réussir.

En ce fameux mardi, par exemple, ils avaient décidé de soutenir les Islanders de New York dans leur match de deuxième ronde contre le Lightning de Tampa Bay. Ils célébraient ensemble - faiblement, mais quand même - chaque but marqué par John Tavares et sa bande.

«On sait finalement comment Louis-Denis se sent année après année», a conclu Blouin après un certain temps.

«Ouais... Nous autres aussi, maintenant, on encourage une équipe sans vraiment l'aimer», a enchaîné Bélanger.

«Pis c'est plate en maudit», a tranché Carrière.

***

C'est dangereux, la déprime. Quand elle commence à nous gagner, on se met parfois à tout voir en noir. Tout devient négatif. Dans le cas d'une grosse peine d'amour, absolument tout ce qu'on voit, tout ce qu'on vit nous ramène à notre douleur intérieure.

«Le problème, ces temps-ci, c'est Facebook», a lâché un Bélanger débiné alors que le Lightning réduisait l'écart qui le séparait de «ses» Islanders.

Facebook? Vraiment?

«Tout à fait. Facebook s'amuse à ramener nos souvenirs à l'avant-plan, sans avertissement. Ça fait mal.»

Pas certain de comprendre...

«Ces temps-ci, mon Facebook me renvoie des photos des printemps derniers. Plein de photos où nous étions réunis ensemble à encourager le CH. Tiens. Pas plus tard qu'hier, j'ai revu celle qui a été prise l'an dernier dans le salon chez Blouin. On avait tous notre gilet sur le dos.»

Ce soir-là, quand le Lightning a égalé la marque dans la dernière minute de la troisième période avant de battre les Islanders en prolongation, personne ne portait de chandail.

***

Le sport offre quand même ceci de beau aux gens qui l'aime. Le partisan peut toujours croire que la saison prochaine sera meilleure.

Mes amis fans du CH m'attendaient avec une grosse question, en ce beau mardi. Joueur autonome sans compensation, Steven Stamkos pourrait-il venir jouer à Montréal?

Je n'ai même pas eu la chance de commencer à répondre. Devant ma moue, Bélanger m'a pratiquement arraché la tête. 

Il voulait que je lui donne mon opinion... À condition que l'opinion fasse son affaire.

«Subban, c'est son meilleur ami! Il va vouloir jouer avec son meilleur ami», a-t-il plaidé.

J'ai essayé de lui faire voir l'autre côté du miroir. Mettons qu'un joueur originaire de Boucherville gagne son autonomie complète. Il peut rejoindre son meilleur ami d'enfance qui joue à Toronto. Il peut aussi rentrer à Montréal et se joindre à l'équipe favorite de son enfance. De quel côté risque-t-il de pencher?

Il ne voulait rien entendre.

Carrière lui a prêté main-forte, me rappelant que Marc Bergevin a des atouts de taille dans son jeu. Il peut offrir à Stamkos la possibilité de jouer dans le même club qu'Alex Galchenyuk et Max Pacioretty.

Je veux bien... Sauf que Lou Lamoriello peut contre-attaquer avec Auston Matthews et James van Riemsdyk.

J'ai vite lâché prise. Je leur ai dit qu'au fond, un Stamkos autonome pourrait facilement choisir Montréal.

Le printemps est déjà assez dur comme ça pour mes amis. Je peux au moins leur laisser croire que l'été sera meilleur.

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