Victime de son époque

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Andrew Shaw s'est excusé et a promis d'apprendre de son erreur.

Associated Press

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CHRONIQUE/ Andrew Shaw était en colère. Son équipe tirait de l'arrière dans un match éliminatoire serré. Il venait d'écoper d'une pénalité en fin de troisième période.

Il se sentait lésé. Depuis quand décerne-t-on des pénalités en fin de troisième dans les séries de la coupe Stanley?

Quand il est arrivé au banc des pénalités, Shaw a pris deux secondes pour lui dire sa façon de penser à l'arbitre qui venait de le chasser. Pour l'interpeller, il a utilisé un mot que des milliers d'internautes ont jugé offensant. Un mot de nature homophobe.

Inutile de répéter ce mot dans cet espace. C'est un mot qui ne devrait jamais être utilisé. Nulle part.

Une douzaine d'heures plus tard, l'attaquant des Blackhawks de Chicago s'est excusé publiquement. Il a reconnu qu'il a commis une grave erreur de jugement.

Et c'est très bien ainsi.

Après avoir étudié l'incident, la LNH a choisi de lui imposer une amende de 5000 $ et de le suspendre pour une partie.

L'amende? On peut comprendre. C'est une sanction exemplaire. Surtout que le joueur s'en est pris à un arbitre. Un arbitre ne doit pas être considéré comme un ennemi.

La suspension me surprend un brin, par contre.

Je ne connais pas Shaw. Je ne lui ai jamais même parlé. Possible qu'il soit vraiment un individu homophobe avec des idées venues d'un autre temps.

Possible aussi qu'il n'en soit rien. 

Il a peut-être simplement balancé à l'arbitre la première ineptie qui lui a traversé l'esprit sans prendre le temps de réfléchir. Parce qu'il s'en dit, des conneries, sur une patinoire de hockey.

Le noeud du problème est là. Ça fait plus d'un siècle que la LNH tolère ces excès de langage.

«Ce que Shaw a dit? Ce n'est rien d'inhabituel. C'est le genre de commentaires qu'on entend chaque soir dans les arénas de la LNH. Parfois, on peut même l'entendre plusieurs fois dans le cadre d'une seule partie», m'a expliqué un jeune retraité du hockey avec qui j'ai discuté au téléphone, mercredi après-midi.

Au hockey, dans le feu de l'action, il n'y a pas que les commentaires blessants et les sous-entendus en lien avec l'orientation sexuelle. Il y a des attaques de nature sexiste, aussi. Celles dans lesquelles un joueur s'en prend à la virilité de son entraîneur.

Il y a bien entendu des salves racistes. Des jeunes joueurs qui ridiculisent les vétérans qui ralentissent en fin de carrière. Il y a des attaques légères. Celles durant lesquelles il est question de l'apparence physique ou des capacités intellectuelles de l'autre.

Parfois, bien fâché, un joueur peut même lancer des menaces de mort.

«I'll f****ng kill you. J'ai souvent entendu ça», m'a dit mon interlocuteur.

Évidemment, les joueurs qui profèrent ces menaces ne les mettent jamais à exécution.

On retiendra une chose de toute cette histoire. Le monde évolue. Vite. Shaw est devenu, en partie, victime de l'époque dans laquelle il vit.

Les gens qui ont évolué dans la LNH avant lui ont longtemps été capables de se dire tout ce qui leur passait par la tête. C'était avant que les caméras à haute définition ne fassent leur entrée dans les amphithéâtres sportifs modernes.

Aujourd'hui, les images rendues sont si claires, si précises qu'on peut facilement lire sur les lèvres d'un joueur.

«Bien des gens en sont conscients. Tu remarqueras que les soigneurs qui parlent aux entraîneurs prennent maintenant bien soin de se couvrir la bouche avec une main», souligne avec justesse l'ancien joueur à qui j'ai parlé.

Dans sa rage, mardi, Shaw n'a certainement pas pensé à cela.

Dans sa tentative de se défendre, Shaw n'a pas non plus pensé qu'il vit à l'époque des réseaux sociaux. Les fans, impitoyables, l'ont lapidé sur Facebook et Twitter dans les heures qui ont suivi sa bourde.

Il n'a tellement pas réfléchi qu'il a d'abord tenté de s'en tirer avec un mensonge. Il a d'abord prétendu qu'il ne se souvenait plus du terme exact qu'il avait utilisé.

La vidéo, véritable pièce à conviction, était déjà disponible sur Youtube. Il était cuit.

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