Un homme et son bouclier

Au moment où l'avenir des Sénateurs se joue,... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Au moment où l'avenir des Sénateurs se joue, on sent une grande vulnérabilité chez leur propriétaire Eugene Melnyck.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / «J'ai déjà eu des discussions relativement au budget. J'ai toujours donné des directives claires à mes employés. Dites-moi ce dont vous avez besoin pour connaître du succès et je ferai tout ce qui est nécessaire pour vous aider.»

Rapidement, comme ça, pouvez-vous identifier l'auteur de cette citation? Je vais vous épargner la recherche. C'est Eugene Melnyk. C'est une déclaration tirée de sa première conférence de presse à titre de propriétaire des Sénateurs, le 11 mai 2003.

À l'époque, en pleine lune de miel avec les partisans, l'homme d'affaires était perçu comme un sauveur. Il était celui qui disposait de ressources quasi-inépuisables, celui qui devait emmener de la stabilité partout où ses prédécesseurs avaient échoué.

Incroyable comme les choses ont changé depuis.

J'ai écouté tout ce qui s'est dit et tout ce qui s'est écrit dans la dernière semaine au sujet de l'ambitieux projet de développement des plaines LeBreton.

J'arrive encore et toujours à la même conclusion. M. Melnyk a clairement perdu l'aura d'invincibilité qui l'enveloppait quand il nous a été présenté.

Au moment où l'avenir des Sénateurs se joue, on le sent, au contraire, d'une grande vulnérabilité.

Depuis qu'on a retiré le bâillon aux deux groupes qui se disputent le contrat, la semaine dernière, Devcore Canderel DLS (DCDLS) en mène large. Très large.

Tandis qu'il mise sur la diversité, en essayant d'épater la galerie avec son parc linéaire, son abri d'orchestre et sa poignée de musées, le groupe piloté par M. Melnyk répète le même message clé. Nous avons les Sénateurs. Nous les gardons. Nous voulons qu'ils déménagent au centre-ville.

Les dirigeants de DCDLS se montrent habiles et ouverts.

À mots couverts, une «source anonyme» aurait confié au Ottawa Citizen qu'ils voudraient acheter l'équipe pour ensuite mieux pouvoir la déménager sur leurs terres. Pas de surprise.

Publiquement, sur d'autres tribunes, leurs porte-parole ont affirmé qu'ils seraient prêts à négocier un partenariat. Céder une partie du terrain qu'ils auraient acquis de la Commission de la capitale nationale à M. Melnyk pour lui permettre de construire son amphithéâtre.

«Dans un contexte favorable, tout est possible», a-t-on affirmé.

Pendant ce temps, le propriétaire actuel du club s'entête. Toujours, le même message. Les Sénateurs m'appartiennent et ne sont pas à vendre. C'est à se demander combien de temps il parviendra à tenir son bouclier à bout de bras sans plier les genoux.

On ne savait pas exactement combien valait l'homme d'affaires torontois en 2003. On ne peut pas savoir avec précision combien il vaut aujourd'hui.

On sait qu'il a considérablement ralenti ses activités au cours des dernières années. Il s'est par exemple défait d'une large partie de son écurie de chevaux de course.

Pendant ce temps, on nous laisse croire que son aventure dans la LNH lui a fait perdre des sommes considérables.

Quand il se risque à parler publiquement de la gestion de son club de hockey, il ne manque pas de rappeler qu'Ottawa n'est pas outillé pour rivaliser avec les grands marchés comme Montréal, Toronto, New York et Détroit. 

Dépenser sans compter ne sert à rien, martèle-t-il. Des dizaines de clubs le font sans jamais remporter de championnats.

Pourtant, dépenser beaucoup tout en dépensant intelligemment, ça se peut.

Les deux ne sont pas nécessairement incompatibles.

Ce qui me pousse à réfléchir... Un partenariat plus complexe entre Eugene Melnyk et DCDLS, dans lequel les deux groupes se partageraient la propriété des Sénateurs et de leur amphithéâtre... Est-ce possible?

André Desmarais, Guy Laliberté et leurs associés pourraient injecter des fonds qui ouvriraient des portes aux dirigeants des Sénateurs.

M. Melnyk, toujours propriétaire, pourrait conserver son passe-temps favori. On graverait aussi son nom sur la coupe Stanley, le jour où il y aurait un grand défilé sur la rue Bank.

Le propriétaire unique des Sénateurs n'a pas complètement changé en 13 ans. Il demeure tout aussi fier, tout aussi orgueilleux qu'avant.

Dans le bon contexte, tout est possible, qu'ils disaient.

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