Brave comme Léa

Chez les Enström, personne ne s'intéressait vraiment au... (Martin Roy, LeDroit)

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Chez les Enström, personne ne s'intéressait vraiment au hockey avant que la jeune Léa rencontre Kyle Turris.

Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / Le jour où Kyle Turris décidera d'effectuer un retour au jeu, je connais une jeune fille qui sera ravie. Et qui sera complètement dévorée par le trac en même temps.

Il paraît que Léa Enström a du mal à contenir sa nervosité quand elle regarde son joueur préféré à la télévision. Surtout en troisième période, quand le match est serré.

En ce sens, la jeune Gatinoise n'est pas bien différente des autres amateurs de hockey.

Léa, contrairement aux autres fans des Sénateurs, connaît personnellement Turris. On pourrait même dire qu'ils sont amis.

Ils se sont connus alors que Léa n'en menait pas large, l'été dernier, au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario.

***

La mauvaise nouvelle est arrivée au mois de mai, l'an dernier. La petite bosse qui était apparue dans son cou trahissait la présence dans son système d'un lymphome hodgkinien. À l'âge où le passage du primaire au secondaire aurait dû constituer sa principale source de tracas, elle s'est résignée à passer ses vacances à combattre le cancer.

Pas de camp de jour, pas de vacances au programme pour cette jeune Aylmeroise. Les spécialistes du CHEO lui avaient organisé son été: quatre vagues de traitements de chimiothérapie d'une durée de trois jours chacun. Puis, 14 séances de radiothérapie.

Combattre un mal aussi sournois n'est jamais simple. Les choses se déroulent rarement comme prévu. Au terme de la deuxième vague de chimio, les médecins ne parvenaient pas à s'entendre. Par prudence, ils ont conseillé à leur patiente de subir deux traitements supplémentaires. Plus violents.

«C'est là que nous avons pogné un down. Nous avions complété deux traitements. Nous étions arrivés à mi-chemin. Ces deux traitements ne faisaient que repousser la fin du traitement à plus tard», me confiait la mère de Léa, Carole Villeneuve, la fin de semaine dernière.

C'est à ce moment-là que le gentleman hockeyeur entre en scène.

***

Parce qu'il cherchait une façon de donner au suivant, parce qu'il est foncièrement une bonne personne, et parce qu'il voulait aussi faire passer l'été plus rapidement, Turris avait décidé de rendre visite aux enfants malades de la région. Un après-midi à l'hôpital pour se pousser de la canicule.

Je vois mal comment cette rencontre a pu être marquante. Léa ne parle pas très bien anglais. Turris connaît quelques formules d'usage en français, c'est tout. Léa vit avec sa mère et sa soeur. Personne, chez elle, ne s'intéressait au hockey.

J'imagine qu'il y a eu quelques sourires. Une poignée de main. Des photos. Quelques minutes et il était parti.

«C'est déjà beaucoup», m'assure la jeune fille en me fixant de ses yeux perçants.

Léa venait de recevoir le masque de fibre de verre qu'elle devait porter durant ses traitements en radio. Des bénévoles habiles avec les pinceaux lui suggéraient d'y ajouter de la couleur. Elle leur a demandé de peindre le logo des Sénateurs. Elle voulait aussi que le numéro 7 - de son nouveau joueur préféré - soit bien en évidence.

Quand Turris a vu une photo de Léa portant son masque, il a craqué. Il est retourné au CHEO avec un chandail de hockey, une figurine bobblehead et des billets pour toute la famille.

Avant de partir, il a pris le temps de signer un autographe avec ce petit mot: «To Lea... I hope to be as brave as you

Turris s'est blessé à la jambe droite dans le match du 5 décembre. Pendant six semaines, il s'est entêté à jouer malgré la douleur, avant de comprendre qu'il devait éteindre la machine pour mieux guérir.

Il me l'a dit la semaine dernière. Il pensait à la petite Léa si courageuse, chaque soir, quand il attachait ses patins.

***

Tout est rentré dans l'ordre à Aylmer. Léa portait son chandail rouge des Sénateurs, en novembre, lorsqu'elle a sonné la cloche des vainqueurs au CHEO.

En rémission, elle reprend tranquillement des forces.

Sa mère pensait que cette difficile expérience la pousserait à revoir ses plans de carrière. Elle se trompait. Léa a entrepris ses études secondaires en concentration internationale. Elle veut devenir oncologue et travailler en pédiatrie.

Elle recommence à s'inquiéter de choses moins importantes. Elle attendait par exemple le journaliste avec une question bien précise, il y a quelques jours.

Kyle... Il a un contrat? Il est en vigueur pour combien de temps?

Jusqu'en juillet 2018, Léa. Ton ami ne partira pas de sitôt.

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