Sébastien Savage regarde toujours en avant

Sébastien Savage voit la lumière au bout du tunnel. (Etienne Ranger, LeDroit)

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Etienne Ranger, LeDroit

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Sébastien Savage voit la lumière au bout du tunnel.

À 35 ans, il ne lui reste que deux cours à compléter au cours de la prochaine session pour obtenir deux baccalauréats de l'Université d'Ottawa, une spécialisation en psychologie et une concentration en criminologie.

Si vous trouvez que 35 ans, c'est vieux pour finir un bac, vous ne savez pas - ou avez oublié - que le destin a lancé une grosse balle courbe à cet ancien des 67's d'Ottawa originaire de St-Albert, dans l'est ontarien, il y a un peu plus de 10 ans.

Le 22 octobre 2005, lors d'un match de ses Aigles Bleus de l'Université de Moncton contre les Axemen d'Acadia à l'aréna J.-Louis Lévesque, le défenseur qu'il pourchassait en échec avant, Kane Ludwar, a chuté près de la bande et en tombant par-dessus lui, Savage est entré tête première dans la rampe. Paralysé sur le coup, le verdict est ensuite tombé: fracture de la cinquième vertèbre cervicale, ce qui le laissait quadriplégique, soit paralysé des deux jambes et des deux bras, quoiqu'il a plus tard récupéré du mouvement dans ses deux bras.

L'entrevue qu'il m'avait accordée à son retour à Ottawa, alors qu'il amorçait le processus de réhabilitation deux mois plus tard à l'hôpital Civique, avait été un moment très émotif pour moi. À part en photo à l'occasion sur Facebook, je ne l'avais pas revu depuis. Mais je pensais souvent à lui, que ce soit en passant sur la 417 à Casselman, où il habite maintenant, ou en voyant mon bracelet «Stay Strong Sébastien» qui est encore dans ma table de chevet. Et, évidemment, chaque fois qu'un hockeyeur subi un grave accident sur une patinoire, comme c'est arrivé à Denna Laing, du Pride de Boston, lors de la dernière Classique hivernale.

J'étais donc bien heureux de le retrouver, souriant et de bonne humeur, après un de ses cours jeudi sur le campus de mon alma mater.

Une décennie plus tard, il préfère toujours regarder vers l'avant et il ne garde aucune rancune ni envers le joueur qui a causé son accident, ni envers le sport qui lui a coûté une vie «normale».

«C'était une bad luck, il (Ludwar) est tombé de son bord, je suis tombé du mien... Je demeure un amateur de hockey, un gros 'fan' du Canadien de Montréal, même si je ne le dis pas trop fort de ce temps-ci», blague-t-il.

C'est avec ce même sens de l'humour qu'il m'avait accueilli dans sa chambre d'hôpital lors de notre dernière rencontre. Sébastien n'a pas eu besoin de longues rencontres avec des psychologues pour accepter rapidement sa nouvelle réalité.

«C'était obligatoire, mais c'était plutôt inutile. Je passais la majorité de mon temps avec eux à me plaindre que je ne pouvais pas faire autant de réhabilitation que j'aurais souhaité. J'étais limité à une heure et demie ou deux heures par jour et j'aurais toujours voulu en faire plus», raconte-t-il, confiant qu'il ne pratique pas des sports comme le hockey-luge et le rugby en chaise roulante parce qu'il ne serait pas assez fort à son goût.

Comme quoi on ne peut pas sortir le «compétiteur» d'un ancien champion de la LHOntario (avec les 67's en 2001).

Maintenant, il peut faire autant d'exercices qu'il le veut pour maintenir la forme du haut de son corps dans le gymnase qu'il a aménagé dans sa résidence, construite il y a deux ans pour répondre à ses besoins spécifiques. Il a aussi gagné encore plus d'indépendance auprès de ses proches qui l'aident en apprenant à conduire une automobile adaptée l'an dernier. Ajoutez à ça une nouvelle copine depuis l'été dernier et son bonheur est presque complet. «Il me reste à passer mes deux cours», lance-t-il encore en riant.

Après? Il ne sait pas trop ce qu'il va faire, peut-être travailler dans son domaine s'il trouve un emploi à son goût, ou encore poursuivre ses études au niveau de la maîtrise.

Il a essayé d'être dépisteur au hockey pendant une saison, pour les Aigles Bleus.

«Moi, j'avais été convaincu d'aller à l'université pour jouer au hockey et avoir un diplôme comme plan B, mais je n'étais pas très convaincant», dit-il.

Sébastien Savage, en passant, n'a pas l'intention d'entrer en contact avec la jeune Laing pour partager son expérience avec elle: «C'est tellement énorme, overwhelming, quand ça t'arrive. Il y a tellement de gens qui veulent t'aider. On est dans le même bateau, mais j'aime autant leur laisser de la place... Moi, j'ai trouvé que c'est une fois sorti de l'hôpital que ça te frappe vraiment, que tu vois où tu peux avoir des obstacles en terme de mobilité. C'est sûr que c'est un ajustement, mais au cours des dernières années, je me suis habitué», estime-t-il.

Il est bien content de voir la communauté du hockey se mobiliser pour lui venir en aide financièrement, comme ça a été le cas pour lui avec la Fondation Sébastien Savage il y a 10 ans.

Une bonne couverture en assurances lui a aussi permis de ne pas avoir de soucis de ce côté.

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