Pour «Reeder»

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C'était en septembre dernier, quelques jours avant le début du camp d'entraînement.

À l'ouverture du bar de Chris Neil, Mark Reeds m'avait longuement jasé en sirotant une bière et en enfilant quelques huitres.

C'est la plus longue conversation que nous avions eue parce que sous Paul MacLean, celui-ci ne voulait pas que ses adjoints parlent aux membres des médias. Pas pour publication, en tout cas.

En bon adjoint, Reeds obéissait aux ordres du patron. Mais ce soir-là, il m'a fait une confidence concernant la bataille qu'il avait menée cet été-là, lui dont la maladie avait été dévoilée à la fin de la saison précédente.

«C'est un cancer de l'oesophage, j'ai perdu une quarantaine de livres, m'avait-il confié. Mais je me sens mieux maintenant, ça va aller, je crois. J'ai pu recommencer à jouer au tennis et j'ai retrouvé un bon niveau d'énergie.»

L'homme de 55 ans n'avait pas 40 livres à perdre, lui qui devait avoir gardé à peu près le même poids du temps qu'il jouait pour les Blues de St. Louis (178 livres pour 5' 10"). Mais il pensait gagner son combat contre cet adversaire qui s'est avéré implacable lorsqu'il est revenu, au milieu du voyage en Californie qui, ironiquement, a relancé la saison des Sénateurs.

Reeds était alors rentré chez lui, à St. Louis, où son épouse Mary demeurait à longueur d'année pour être au chevet de sa mère, aussi atteinte d'un cancer. C'est là qu'il est décédé mardi, plongeant les Sénateurs dans le deuil .

Le choc n'en était pas moindre parce qu'ils se doutaient que ça s'en venait, Dave Cameron l'ayant clairement laissé entendre après la victoire de samedi à Philadelphie qui confirmait la qualification des siens pour les séries. «Il manque quelqu'un de ce groupe - Mark Reeds - qui a eu un gros, gros rôle dans nos succès. Il n'est pas ici avec nous, il livre une bataille présentement. Mais ce club de hockey ne serait pas ici sans lui. Il nous manque et nous pensons à lui», avait-il après le match.

Le dg Bryan Murray a parlé de la «force tranquille» de Reeds au cours d'un point de presse où il était émotif, ce qui était parfaitement compréhensible considérant qu'il livre la même bataille, lui aussi, et de façon encore plus publique. «C'est la journée de Mark. C'est difficile. Il a eu son diagnostic avant moi, mais sa situation était telle qu'il ne semblait pas être dans une situation où la mort viendrait si vite. Il était très positif, il pensait qu'il y avait une solution à son problème, mais ça ne s'est produit. Ça fait réaliser que chaque jour est précieux pour chacun de nous et on devrait l'apprécier à sa juste valeur», m'a-t-il répondu à ce sujet.

Il n'y a jamais de bon moment pour recevoir la nouvelle du décès d'un proche, mais Cameron avait l'air de penser que ses joueurs pourraient «trouver refuge sur la glace, qui est notre sanctuaire quand on s'y retrouve, que ce soit pour une pratique de 45 minutes ou un match de deux heures».

Certainement qu'en venant faire un tour dans le vestiaire il y a une dizaine de jours et en lançant son «Let's Win It All», tel que rapporté par Murray mardi, Mark Reeds risque d'être une source d'inspiration pour les Sénateurs dans leur série contre Montréal, qui débute mercredi.

«Tu es fragile un peu quand tu entends des nouvelles comme ça, ce n'est pas facile, racontait Marc Méthot. Mais ça peut être un point de ralliement pour l'équipe, ça donne de la motivation à travailler fort et à réaliser que si tu as mal quelque part, ce n'est pas une grosse affaire comparativement à un gars comme lui qui se battait contre le cancer.»

«On va essayer de gagner, c'est ce qu'il aurait voulu: nous voir tout donner pour continuer à gagner. On va tenter de faire ça pour Reeder», a renchéri le Kyle Turris.

Après «Do It for Daron», slogan adopté après le suicide de la fille de Luke Richardson, «Do It for Reeder» sera donc le thème de ces séries. Une autre épreuve chargée d'émotions sur le chemin des Sénateurs, qui sont déjà passés par là avec feu Roger Neilson, l'adjoint de Jacques Martin quand ils se sont inclinés en finale de l'Est contre les Devils du New Jersey de Pat Burns en 2003.

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