La leçon russe

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Selon la légende Igor Larinov, les entraîneurs d'aujourd'hui tuent la créativité des joueurs en simplifiant à outrance leur système de jeu.

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«Croyez-vous aux miracles? Oui!» C'est il y a 35 ans cette semaine que le commentateur Al Michaels a lancé cette phrase célèbre, point d'exclamation au Miracle on Ice des Jeux olympiques d'hiver de Lake Placid, en 1980, alors que l'équipe des États-Unis, composée d'une bande de collégiens, avait remporté une médaille d'or improbable, défaisant la puissante formation de l'Union soviétique lors de son avant-dernier match de la compétition (puis la Finlande à son dernier, peu de gens s'en souviennent).

Au fin fond du Saguenay, l'adolescent maniaque de hockey que j'étais avait été marqué par cette histoire de David défaisant Goliath, au point où je me souviens d'avoir utilisé ce sujet pour un travail de français en secondaire 5 - ou était-ce une présentation orale, je ne me souviens plus exactement.

Menés par leur entraîneur Herb Brooks et leur gardien Jim Craig, les Américains avaient réussi à prendre la mesure de ces mêmes Russes qui, huit ans plus tôt, avaient donné toutes les misères du monde aux meilleurs Canadiens de la LNH lors de la Série du Siècle. Avec leur jeu axé sur la possession de la rondelle et leur gardien Vladislav Tretiak, ils avaient révolutionné ce sport où l'intimidation avait pris une trop grande place au début de la décennie, lorsque les Flyers et leurs Broad Street Bullies avaient remporté deux coupes Stanley.

Domination

Pendant les années 1980, l'URSS a repris sa domination, remportant quatre championnats mondiaux et deux médailles d'or olympiques, ainsi qu'une Coupe Canada ancêtre de la Coupe du Monde qui reviendra l'an prochain en 1981.

Ça fait remonter dans le temps que de voir les images de Lake Placid en 1980 cependant, alors que plusieurs membres de l'équipe américaine y ont tenu une réunion en fin de semaine dernière pour souligner cet anniversaire.

J'imagine que ce n'est pas un hasard qu'au même moment, un documentaire portant sur les joueurs russes, Red Army, est présenté un peu partout à travers l'Amérique du Nord (je suis frustré d'avoir raté sa présentation au cinéma ByTowne au début du mois). Toutes les critiques sont excellentes pour ce film narré par un des joueurs vedettes de l'équipe russe, Slava Fetisov.

Ce n'est pas une coïncidence non plus qu'un autre ancien joueur maintenant recyclé en agent, Igor Larionov, a écrit un intéressant blogue sur The Player's Tribune, un site lancé à sa retraite par l'ancien Yankee Derek Jeter.

Celui qui a ensuite joué 13 saisons dans la LNH à Détroit (trois coupes Stanley) et Vancouver notamment y parle non seulement de son cheminement au sein de la formation du CSKA (l'Armée rouge) et de leurs camps très exigeants (quatre entraînements par jour pendant 11 mois), mais aussi de la philosophie du hockey russe: paradoxalement, alors que l'entraînement était très militaire, les joueurs avaient la latitude de s'exprimer comme des artistes.

Où est la créativité?

Permettez-moi de traduire un passage qui devrait être lu par tous les entraîneurs de notre sport national, à tous les niveaux, alors qu'il parle du hockey pratiqué de nos jours en Amérique du Nord.

«Le problème en est un de philosophie et commence bien avant que les joueurs arrivent dans la LNH. Il est plus facile de détruire que de créer. Comme entraîneur, il est plus facile de suffoquer l'équipe adverse et de ne pas commettre de revirements avec la rondelle. Il y a encore des joueurs dont l'imagination et la créativité capturent l'esprit soviétique - Johnny Gaudreau, à Calgary; Patrick Kane et Jonathan Toews, à Chicago, pour n'en nommer que quelques-uns. Ils sont cependant l'exception à la règle. Plusieurs jeunes joueurs qui sont intelligents et anticipent le jeu ne sont pas appréciés. Ils se font dire "simple, simple, simple"», écrivait Larionov deux jours avant que Kane se blesse après avoir été poussé par-derrière dans la bande.

Larionov blâme les entraîneurs de niveau junior, souvent d'anciens «plombiers», vu que les vedettes n'ont pas besoin de ces emplois après leurs carrières, qui forment des joueurs à leur image. «Pourquoi pousser les joueurs à jouer un jeu simple? Pourquoi ne pas les pousser à créer des chefs-d'oeuvre? Nous perdons beaucoup de Pavel Datsyuk en raison des esprits fermés dans la LNH et la LAH», ajoute ce membre du Temple de la renommée.

Il a raison quand il dit plus loin dans son texte que le hockey pratiqué de nos jours n'est pas si bon que ça. Il y a un an aussi, le Canada a remporté l'or aux Jeux de Sotchi, en Russie, en jouant de façon très systématique, n'allouant rien à ses adversaires, faisant des jeux simples. Il n'a accordé que trois buts en six parties, son gardien Carey Price étant excellent certes, mais il a été peu sollicité.

Est-ce qu'il y a eu un match mémorable dans ce tournoi où le meilleur joueur au monde, Sidney Crosby, s'est contenté d'un petit but? Peut-être que ma mémoire m'abandonne maintenant que j'ai 50 ans, mais je ne me souviens seulement de la performance du gardien letton Kristers Gudlevskis en quart de finale, 55 arrêts dans un revers de 2-1 contre les Canadiens en quart de finale.

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