Les Anglais biffés de la culture gatinoise

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Le Droit

Le maire de Gatineau a récemment soumis au ministre québécois de la Culture un mémoire intitulé «Placer la culture au centre de nos vies : vers un nouveau partenariat culturel». Le document est disponible au site web de la Ville de Gatineau, en français seulement. Ce simple fait, d'avoir le document disponible en français seulement, peux mieux nous instruire de la nature du «nouveau» partenariat culturel que l'ensemble du contenu que ce mémoire pourrait avoir à dire.

Un peu d'histoire: la Ville de Gatineau a certainement été bâtie sur le territoire autochtone local mais la population autochtone n'a jamais joué un rôle dans sa création, ni dans son évolution. Si je suis quand même très heureux que la communauté autochtone obtienne finalement un siège à la table de la Ville, si elle le veut, les racines de cette ville sont indéniablement anglaises. 

Plusieurs familles anglophones, comprenant des centaines, voire des milliers de personnes qui vivent encore ici, sont les descendants directs de familles fondatrices de Wright's Town, qui est la première colonie et la genèse de Gatineau.

L'histoire de la démographie linguistique de Gatineau montre que les anglophones sont dans une situation majoritaire de la fondation de Hull en 1800, jusqu'à 1850. Ensuite, la communauté anglophone tombe en second rang, et c'est ainsi depuis.

Une grande partie du mémoire présenté par Maxime Pedneaud-Jobin reflète certainement les besoins de la majorité des citoyens de Gatineau, mais il y a une omission flagrante: quel genre de nouveau partenariat culturel peut-on avoir s'il n'y a pas de reconnaissance des contributions historiques et du patrimoine culturel de la communauté anglophone? 

La vision de ce mémoire paraît comme une grosse caresse à la communauté autochtone, célébrant son inclusion dans la culture québécoise, tout en flanquant une gifle au visage de la communauté anglophone de Gatineau - partenaires dans tout ce qui a été construit dans cette ville depuis sa naissance - et la reléguant à une mention dans les pages arrières réservées aux «autres cultures». 

Le mémoire se vante de vouloir affirmer le respect que la Ville de Gatineau aura pour «les droits des Autochtones et de la communauté québécoise de langue anglaise», mais sur cette même page, on suggère que l'adoption de la Charte de la langue française a assuré que «la nation québécoise (...) renforçait sa culture première ou héritée» Le sens de ce passage écrit est incontestablement provocateur pour les communautés culturelles qui savent bien que la Charte française a été mis en oeuvre pour assurer la primauté de la langue française, mais qui sont toujours craintives que la Charte peut servir aussi comme un outil pour effacer leur patrimoine et leurs institutions culturelles. 

La communauté anglophone connaît bien l'érosion de ses écoles et hôpitaux qui a eu lieu dans le passé et qui les menace toutefois pendant chaque campagne électorale. Le mémoire de la Ville de Gatineau ne fournit aucun espoir que le futur s'annonce mieux.

Pour toute son histoire depuis la constitution de Hull en 1865, conseil après conseil ont joué un rôle dans l'effacement des noms anglais de rues et de parcs de la Ville de Hull. Et depuis la fusion, la Ville de Gatineau a poursuivi cette pratique. Depuis la fusion, les nouveaux conseillers ont manqué à bon nombre des promesses importantes qui ont été faites aux électeurs anglophones en 2002: la promesse d'avoir une politique des services linguistiques pour l'ensemble de Gatineau; la promesse de maintenir les services linguistiques dans les secteurs aux niveaux pré-fusion; la promesse de veiller à ce que la population anglophone puisse pleinement participer au sein des comités, par la représentation de ses citoyens et de ses institutions; la promesse que les rue qui portent déjà un nom anglais, citées pour remplacement, porteront un nom de remplacement anglais.

Depuis 2002, pas un seul membre de la communauté anglophone a été invité à siéger à la Commission des arts de la ville, de la culture, des lettres et du patrimoine, en dépit de demandes reçues, et la Commission n'a fait aucun effort à communiquer avec ses institutions culturelles. Il faut dire que la célébration du maire du «nouveau partenariat culturel» était, en effet, une célébration creuse pour la grande partie manquante de Gatineau.

Nous pouvons espérer que ce n'était qu'un document préliminaire. Ils ont du travail à faire et des promesses à honorer.

Richard Henderson, Gatineau

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