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Les candidats à la présidence des États-Unis face au monde

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La promesse de Trump de «refaire de l'Amérique un grand pays» n'est pas sincère.

Associated Press

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Au cours du marathon politique connu sous le nom de campagne présidentielle américaine, la politique étrangère sert souvent à mesurer «l'endurance» d'un candidat. En revanche, les candidats abordent souvent les questions nationales de manière à démontrer un souci du détail (parfois même en déployant un projet de programme qui a toutes les chances d'être oublié en cas de victoire).

L'accent mis sur ces questions «de portefeuille» par les candidats aux élections présidentielles américaines donne un aperçu de leur vision du monde. Mais le principe consiste à communiquer la réactivité des candidats aux préoccupations des Américains moyens, ce qui signifie que la politique étrangère est habituellement reléguée à l'arrière-plan durant les campagnes présidentielles.

Toutefois cette année, la politique étrangère est passée au premier plan.

Les problèmes auxquels sont confrontés les États-Unis, comme la crise en Syrie et au Moyen-Orient, l'affirmation militaire de la Russie et l'émergence de la Chine aussi bien comme partenaire économique (et sur les questions d'environnement), que comme concurrent stratégique sont tout simplement trop importants pour être ignorés.

Et pourtant, même si tout cela suggère que les candidats doivent faire montre de leur maîtrise politique et même de temps à autre se comporter en véritables hommes d'État, ils assurent plutôt simplement à leurs électeurs qu'ils «préservent leur sécurité», comme si cela pouvait bien servir à quelque chose pour survivre et pour prospérer dans le monde d'aujourd'hui.

Oscillation

La politique étrangère américaine oscille traditionnellement entre intervention et isolement. À l'heure actuelle, le problème est bien plus compliqué que cela. Alors que la menace envers les États-Unis devient plus manifeste à chaque attaque terroriste, les isolationnistes deviennent des interventionnistes fervents. Mais leur interventionnisme tend à se révéler unilatéral. En d'autres termes, l'unilatéralité est l'internationalisme des isolationnistes.

Une grande partie de ce que nous entendons de la part des candidats correspond à ce cadre. Un mode de pensée transactionnel, dans lequel des problèmes distincts doivent être résolus rapidement (et le plus souvent avec l'application massive de la force militaire) évincent le difficile travail de défrichage diplomatique et corrélativement ses réussites à long terme dans le domaine de la politique étrangère.

Par exemple, il n'y a pas grand-chose de plus à comprendre dans les appels du sénateur Ted Cruz à pilonner le territoire irakien et syrien détenu par l'État islamique de «tapis de bombes», outre la vague idée selon laquelle il existe un phénomène nuisible dans cette zone et qu'il faut l'exterminer.

L'EI est effectivement un phénomène nuisible, une menace contre le bien-être de tout individu. Mais les électeurs américains (et le reste du monde) ont besoin d'un signe qui témoignent du fait que les candidats à la présidentielle peuvent expliquer comment ce phénomène nuisible s'est tout d'abord implanté dans le passé et ce qu'il faut faire pour assurer qu'il ne réapparaisse pas ailleurs à l'avenir. Faire montre de connaissances et de sagesse pourrait assurer aux électeurs que le candidat apporte une approche et une façon de penser qui implique davantage qu'un simple traitement des symptômes.

Par exemple, un candidat croit-il que les alliances sont importantes pour le bien-être de l'Amérique? Cela était probablement le cas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais dans leurs débats télévisés en face-à-face et à l'approche de la campagne, les candidats se montrent peu concernés par les dispositifs de sécurité institutionnalisés (beaucoup moins de droit international) par rapport aux 70 dernières années.

Des compromis

Les Américains comprennent de plus en plus que la solution à leurs problèmes et défis nationaux impliquent souvent des compromis douloureux. Cependant quand il s'agit de problèmes et de défis étrangers, admettre que les États-Unis ne peuvent pas toujours obtenir ce qu'ils veulent est ressenti comme un signe de faiblesse dans la défense de la liberté ou de la sécurité des Américains. Donald Trump a porté cette approche à de nouveaux extrêmes et en est sorti premier dans le camp des Républicains.

La promesse de Trump de «refaire de l'Amérique un grand pays» n'est pas sincère. En fait, l'Amérique est déjà un grand pays et l'a été au siècle dernier. Le défi que le slogan maladroit de Trump met de côté consiste à préserver cette grandeur et à naviguer dans un paysage international complexe, de manière à ce que ses amis ne doutent pas de cette grandeur et sans que ses adversaires ne la contestent.

Plaisir à tous

Une politique étrangère durable ne peut pas faire plaisir à tout le monde: les candidats à la présidence doivent être plus clairs avec leurs électeurs à ce sujet. Un bon art de gouverner exige de faire les bons choix et de s'assurer que les politiques entraînent les conséquences prévues.

Malgré toutes les critiques à l'encontre du Président Barack Obama (en particulier la suggestion qu'il continue à ruminer quand les États-Unis devraient intervenir), sur de nombreux problèmes, il a constamment démontré l'importance des compromis (les risques et les opportunités), impliqués dans une politique particulière ou cours de l'action. Rien ne pourra remplacer l'apprentissage sur le tas. Néanmoins, les électeurs ont besoin d'entendre autre chose que des slogans usés et des invectives politiques pour pouvoir faire un choix éclairé en novembre 2016.

La campagne électorale s'intensifiera au moment où les États-Unis seront confrontés à un ensemble impressionnant de problèmes. Quel parti devront-ils prendre par rapport aux activités de la Chine non seulement sur son territoire, mais également en mer de Chine méridionale? L'annexion de la Crimée par la Russie va-t-elle durer éternellement? En effet, comment l'Amérique peut-elle réagir avec fermeté à l'agression russe sans abandonner le projet à long terme de la rapprocher de l'Occident? Y a-t-il une alternative à l'envoi de troupes au sol au Moyen-Orient?

Il n'y a aucune réponse brève à de telles questions à destination des électeurs américains, dans la perspective de leur choix en faveur d'un candidat. Pour le meilleur ou pour le pire, l'occasion d'y répondre avec le sérieux nécessaire dépendra en grande partie des candidats eux-mêmes.

L'auteur, Christopher R. Hill, est ex-ambassadeur des États-Unis et doyen de l'École internationale de l'Université de Denver.

www.project-syndicate.org

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