Savoir ce qu'on mange

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La présence non précisée de viande de cheval dans des lasagnes congelées en Europe a pris des proportions inattendues. Plusieurs autres plats préparés ont aussi été touchés par cette affaire - même les boulettes de viande hachée chez Ikea - qui prend une ampleur supranationale et qui pourrait bien déborder en Amérique tellement nos réseaux de production alimentaire sont interdépendants les uns des autres.

Même si l'affaire ne débarque pas jusqu'à nos frontières, elle soulève une série de questions qui concernent tant les les consommateurs canadiens que les entreprises du secteur alimentaire (producteurs comme transformateurs), de même que le gouvernement en qui la population a confié la responsabilité de la salubrité de nos aliments.

Toute cette histoire va bien au-delà de savoir si la viande hachée que des Européens ont consommée, croyant qu'il s'agissait du boeuf, contenait aussi de la vianche chevaline. Elle rappelle aux Canadiens, aux Anglais et aux Européens du continent le vaste débat sur l'encélatopathie bovine - la maladie de la vache folle - qui a notamment ébranlé nos producteurs de boeuf dans l'ouest du pays lorsque les États-Unis et le Japon ont décidé de stopper leurs importations par crainte de contamination. Elle rappelle les craintes de la bactérie e. Coli dans des laitues, ou dans des viandes contaminées à l'abattoir XL Foods, en Alberta, en 2012. Et plus près de nous encore, l'élimination de fromages contaminés à la listéria chez quelque 300 détaillants du Québec en 2008.

À chaque épisode, les consommateurs se demandent si les autorités sanitaires, notamment l'Agence canadienne d'inspection des aliments, disposent des ressources suffisantes après quelques rondes de réductions d'emplois au cours des dernières années.

La présence de viande chevaline dans des plats qui ne doivent contenir que du boeuf n'est pas cruciale dans l'échelle des préoccupations sanitaires. Elle relève davantage des objections de gens qui refusent la pratique de l'hyppophagie, qu'ils disent immorale. C'est comme les militants de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) qui n'acceptent pas le foie gras et tout autre produit qui porterait atteinte, à leurs yeux, au traitement éthique des bêtes. Les végétariens, qui rejettent toute viande, et végétaliens, qui ne touchent à aucun produit animal, se comptent par millions. C'est là une question philosophique. Pour d'autres, elle est religieuse. Les musulmans tournent le dos à la viande de porc, et les juifs, au porc, au chameau et aux mollusques, entre autres.

Les objections de nature sanitaire sont bien plus importants et ont mené à la popularisation de diètes sans gluten, par exemple, ou sans lactose. Cela peut mener jusqu'à la mort dans certains cas, comme ceux présentant une allergie sévère aux arachides et d'autres noix.

Cette crise de la confiance des consommateurs en Europe redémarrera les appels à un meilleur étiquetage des aliments. Chaque épisode rappelle aux peuples de chaque pays, et aux dirigeants des organisations internationales concernées, que les étiquettes, symboles et mesures varient d'une contrée à l'autre. Les multinationales de l'alimentation doivent naviguer entre tous ces écueils; parfois, elles profitent de la confusion pour vanter des produits «faibles en gras», camouflant qu'ils ont été sucrés davantage. Ou l'inverse. Elles s'enorgueillissent de profiter d'approbations d'organismes parfois obscurs qui vantent les propriétés de leurs aliments «bons pour le coeur» ou «contribuant à une alimentation riche en fibres», omettant de souligner les calories vides, la provenance des aliments, la présence de colorants alimentaires ou d'aliments génétiquement modifiés, ou les révélant avec un vocabulaire scientifique obscur.

C'est sans parler des mots dénaturés de leurs sens, comme «bio», «en liberté», «naturel», «traditionnel», «vert», etc.

Chaque crise permet de faire avancer la cause d'un meilleur étiquetage standardisé à l'échelle planétaire, comme l'est la production alimentaire. Et à condition que les pays collaborent, ce que le Canada, sous les conservateurs, se refuse souvent de faire, sous prétexte de préserver l'autonomie des compagnies d'ici.

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