L'Égypte fait fausse route

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Pierre Jury
Le Droit

Les profonds soubresauts qui secouent l'Égypte rappellent la difficulté de construire (ou de reconstruire, dans le cas présent) une société déjà en profonde mutation.

La plus récente initiative du nouveau président Mohamed Morsi - l'adoption d'une nouvelle constitution - est vouée à l'échec parce que l'ampleur de la tâche est trop vaste pour être complétée dans les deux semaines qu'il s'est donné. C'est sans parler des éléments fondamentaux que différents groupes de la société veulent retrouver, ou pas, dans ce document qui constitue la trame de fond de nos sociétés.

Les Canadiens sont très bien placés pour apprécier les difficultés d'approbation d'une constitution. Certainement plus que nos voisins du sud puisque leur constitution date de 1776. Pendant des années avant 1981, et depuis 1981, les Canadiens ont dû endurer des heures et des heures de débats sur les questions constitutionnelles. D'abord, il fallait savoir comment le Canada s'y prendrait pour ramener la Constitution en sol canadien, puisque le précieux document était en Angleterre, la mère patrie. Parallèlement à cela, plusieurs souhaitaient savoir d'avance comment le gouvernement s'y prendrait pour la modifier : l'expression était «la formule d'amendement». Des conférences constitutionnelles réunissant le gouvernement fédéral et chacune des provinces ont eu lieu sur plusieurs années. Les doléances du Québec, laissé de côté dans l'accord sur le rapatriement de cette constitution, ont finalement été ignorées et c'est pourquoi le Québec n'en est pas signataire depuis ce temps. Le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney, dans les années 1980, a tenté de corriger cet impair, sans succès. Depuis presque 25 ans, c'est l'impasse.

Nous voyons là combien les discussions constitutionnelles sont délicates et jonchées d'obstacles. Parfois, seul le temps réussit à calmer certaines craintes ou appréhensions.

Observer la crise constitutionnelle en Égypte d'un point de vue canadien jette un éclairage particulier sur tout ce qui se passe dans ce pays charnière de l'Afrique du nord, et un joueur-clef de la paix au Proche-Orient.

Nous avons tous avantage à ce que l'Égypte chemine vers une démocratie encore plus moderne et plus stable. La tolérance généralement en place au Canada a fait en sorte que les Canadiens ont accepté le risque qui allait de pair avec la sortie précipitée de Hosni Moubarak, à l'hiver 2011. Le régime du prédécesseur de M.Morsi, en place depuis 30 ans, menaçait de se métamorphoser en dynastie autocratique. L'Égypte a plongé vers l'inconnu et les élections qui ont suivi, en janvier 2012, ont confié le pouvoir entre les mains de Mohamed Morsi et de son parti des Frères musulmans. Était-ce livrer le pays aux conservateurs islamistes? Un peu. Mais il s'agissait avant tout de livrer le pays aux principes d'une plus vraie démocratie que celle sous M.Moubarak. Et avec la démocratie vient le risque que le pouvoir passe entre les mains de gens qui défendent des idées qui échappent à la compréhension, surtout d'observateurs de l'étranger.

L'Égypte a mis un an pour tourner la page à Hosni Moubarak et lui désigner un successeur. Pour la rédaction de sa nouvelle constitution, elle doit mettre au moins le même temps, les mêmes efforts de conciliation et de recherche d'un consensus aussi large que possible. La constitution est le document fondamental d'un pays, l'expression de l'équilibre entre ses pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). Elle en est le dernier arbitre. Elle n'est jamais parfaite et c'est pourquoi une cour constitutionnelle - la Cour suprême au Canada - en est l'ultime arbitre indépendant.Le travail constitutionnel ne se fait pas à la hâte. En voulant adopter une constitution en deux semaines, le régime Morsi fait une grave erreur et illustre tristement qu'il n'entend défendre que les intérêts de ceux qui l'ont appuyé, au détriment de ceux qui ne partagent ni les mêmes idées, ni les mêmes idéaux. Il doit donner le temps au temps, bâtir une société inclusive pour tous, et le Canada doit l'encourager en ce sens.

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