Gatineau et la transparence

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Pierre Jury
Le Droit

La réponse incomplète de la Ville de Gatineau à une très vaste question sur les contrats de génie et de construction a rappelé l'engagement de Marc Bureau sur la transparence, dès sa première campagne à la mairie, en 2005.

Il s'en était fait le champion car le comité exécutif était trop secret à son goût et en menait trop large à l'époque d'Yves Ducharme. Lorsqu'il est arrivé à la mairie, M. Bureau a assez vite réalisé que tout ne peut pas être dit, spontanément, sans souci. Il faut parfois une saine dose de discrétion dans les affaires de la ville. Il a rapidement appris la leçon - trop bien aux goûts de certains! - et a mené un certain nombre de dossiers derrière des portes closes. Les discussions à huis clos ou en privé abondent: l'entente Olympiques-Gatineau sur le bail du nouvel amphithéâtre, la fluoration de l'eau, les conventions collectives, l'évaluation du directeur général Robert Weemaes, la préparation du budget, etc.

Certes, le maire Bureau a initié la création d'un poste de Protecteur du citoyen et la restransmission des débats facilite une démocratie ouverte.

Mais il faut aller plus loin encore vers la transparence. La population québécoise est particulièrement outrée, ces semaines-ci, d'apprendre comment les administrations municipales de Montréal et Laval auraient été victimes des malversations de certains fonctionnaires, élus et gens de l'industrie de la construction. La commission Charbonneau expose à chaque semaine des pratiques hautement répréhensibles et il règne un climat de suspicion dans beaucoup de municipalités de la Belle Province même si elles n'ont absolument pas été mentionnées à la commission d'enquête.

C'est dans cette optique qu'il faut comprendre la requête du recherchiste William Leclerc, un spécialiste des procédures d'accès à l'information (NDLR. un employé de La Presse, à qui appartient le quotidien Le Droit). Il dépose quelque 3000 demandes d'accès par année à tous les ordres de gouvernement et si la chose est passée dans les moeurs au niveau fédéral et provincial, certaines municipalités semblent moins outillées pour y faire face. Ou moins ouvertes à ce regard scrutateur qui peut paraître harcelant dans une organisation qui n'y est pas habituée. L'attitude de la Ville de Gatineau, qui tente de soustraire sa plus récente demande à la Commission d'accès à l'information sous prétexte qu'elle serait entre autres abusive.

Tentant de démontrer que son administration était bel et bien transparente, le maire Bureau a dans un geste un peu théâtral, mardi, déposé 15 000 contrats de la Ville de Gatineau. Mais ces documents étaient déjà publics parce que le conseil municipal les examine et les adopte en public. Le maire savait pertinemment, ou devrait savoir, que le dépôt de telles données brutes ne répond pas à l'esprit de l'article 16 de la loi d'accès à l'information car elles doivent être classées «de manière à en permettre le repérage». D'autres diraient l'analyse et le croisement des données de manière à en extirper un portrait plus vrai.

Trop d'information, c'est comme pas assez. Donner un dictionnaire à quelqu'un en disant que la réponse est à l'intérieur ne l'aide pas beaucoup. C'est un dictionnaire que le maire Bureau a livré aux journalistes en prétendant que la réponse est quelque part là-dedans!

L'information, à notre époque, s'avère le nerf de la guerre. M. Bureau sait bien que plus il parle, plus il sert des munitions à ses adversaires politiques, dont le conseiller Maxime Pedneaud-Jobin qui a l'intention de briguer la mairie en novembre prochain.

Marc Bureau doit naviguer entre les obligations de la loi, les promesses de transparence et les vautours qui volent au-dessus de lui. L'exercice n'est pas facile. Mais en cette ère de lutte aux malversations de la construction, il n'a pas le choix de faire un effort supplémentaire. D'autant plus que le citoyen y gagne, tant en confiance dans ses administrateurs qu'en prévention de dépenses mal avisées.

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