Il fut pourtant des époques, pas si lointaines, où les campagnes électorales suscitaient un intérêt intense. Jadis, les candidats organisaient des assemblées où leurs adversaires s'invitaient pour débattre des grandes questions de l'heure sur la place publique. Des milliers de spectateurs y assistaient et d'exceptionnels talents oratoires en sont issus, y compris d'anciens premiers ministres comme Wilfrid Laurier et Honoré Mercier. Et que dire de l'engouement suscité par les grands mouvements populaires des années 1960 et 1970, sous les Jean Lesage, Daniel Johnson et René Lévesque?
Aujourd'hui, que reste-t-il de cette culture de rassemblements et de débats publics? Combien d'électeurs ont entendu leur député sortant - dans le cadre d'un débat - défendre le bilan du gouvernement ou prendre des engagements? Et si des réunions publiques devaient avoir lieu, combien de gens s'y rendraient? Ces jours-ci, peu importe le parti, les candidats semblent réduits, par la force des choses, à cibler le porte-à-porte, à serrer des mains, à signer des communiqués et faire quelques déclarations pour s'assurer une présence médiatique.
Si ça continue ainsi, le résultat ne sera pas seulement une campagne plate, mais une campagne ratée. Si l'objectif d'un scrutin est de discuter des réalisations du gouvernement sortant et des engagements de tous les partis pour un prochain mandat, tant au niveau régional que national, c'est mal parti. Au chapitre de l'éducation, par exemple, alors que le conflit étudiant bat son plein et que le gouvernement sortant se prépare à bilinguiser les 6es années des écoles françaises dans une région déjà en proie aux forces de l'assimilation, on semble se contenter, pour le moment, de promettre une école de plus dans le secteur Le Plateau, à Gatineau!
Selon les sondages, les soins de santé trônent au sommet des priorités des électeurs et Dieu sait à quel point les problèmes d'accessibilité font les manchettes en Outaouais, année après année. Or, durant la première semaine de campagne (et il n'y en a que cinq), cet enjeu a été largement laissé pour compte en Outaouais. Et rien sur les ondes, dans les réseaux sociaux ou dans la rue ne laisse croire que la population ait l'intention de demander en force une reddition de comptes ou un engagement clair au moment où c'est justement le meilleur temps de le faire!
Il n'est pas normal qu'un député sortant puisse passer au travers d'une campagne électorale sans avoir à justifier constamment son bilan ou à prendre des engagements. Or, en Outaouais, comme l'issue apparaît à peu près certaine à moins d'énormes imprévus, les quatre candidats libéraux en réélection peuvent choisir sans trop de conséquences d'éviter les confrontations. Il faut souhaiter qu'ils n'empruntent pas cette voie, qu'ils accueillent les assemblées contradictoires et les débats publics, et qu'ils encouragent les citoyens à s'intéresser à la campagne et à voter.
Il appartiendra sans doute aux partis d'opposition d'essayer d'animer la scène électorale régionale au cours des prochaines semaines. Le Parti québécois est bien enraciné en Outaouais depuis la fin des années 1960, mais n'a pas de candidat dominant. De son côté, la CAQ a recruté deux conseillers municipaux de Gatineau, rehaussant sérieusement son profil, mais c'est sa première présence. La tâche des aspirants sera lourde avec un électorat apathique, mais cette élection est bien trop importante pour qu'on redonne les yeux fermés un autre chèque en blanc à ceux qui nous gouvernent depuis 2003!