Bon débarras

Pierre Jury
Le Droit

Dans un récent rapport du Parlement sur les coûts et avantages du «sou noir», les sénateurs n'ont pas trouvé un seul nostalgique de la pièce de monnaie d'un cent. C'est dire l'unanimité sur le sujet.

Même que le gouvernement du Canada aurait dû agir depuis longtemps, croient certains.

Évidemment, il valait mieux être plus prudent que moins. Car il aurait été très difficile, et embarrassant, de revenir en arrière. Une fois qu'un changement de cette ampleur est mis en place, il devient en quelque sorte permanent.

Le Sénat a fait le tour de la question dans cette étude en décembre 2010. Plus personne ne tenait à se servir de la «cenne noire» qui est en réalité bien plus brune que noire. Séraphin Poudrier n'était plus là pour la conserver. Même l'Armée du salut, qui en récolte des milliers dans ses «marmites» au temps des Fêtes, n'y tenait plus. Elle est persuadée que lorsque les Canadiens n'auront pas de «cennes» à offrir, ils déposeront des 5 et des 10 cents à la place. Leurs revenus n'en souffriront pas.

La population canadienne avait depuis plusieurs années fait son lit sur la question: elle n'y tenait pas non plus. Parce que le sou noir, introduit en 1908, a perdu presque tout son pouvoir d'achat. Plus rien ne se vend 1 cent. Il faut en accumuler plusieurs pour se procurer un carton d'allumettes ou une gomme à mâcher, parmi les items les plus abordables au magasin. Le commerçant qui la reçoit n'était pas plus heureux de la voir arriver non plus. Les porte-parole des marchands estimaient qu'il se gaspillait un temps fou à les manipuler.

Le gouvernement Harper a annoncé la fin de la pièce d'un cent dans son récent budget. On se préparait aux pires réactions, juste au cas, mais si la nouvelle a fait la manchette, c'était pour son caractère patrimonial. Tous les Canadiens ont vécu avec la «cenne» dans leurs habitudes de consommation, et il faudra changer nos habitudes... un jour.

Le Canada n'est pas un pionnier dans le domaine; c'est la Nouvelle-Zélande qui défriche les coutumes des consommateurs parce que dans ce petit pays d'Océanie, on a même retiré la pièce de cinq cents. Quant à la pièce d'un cent, elle n'a plus cours dans les pays scandinaves, aux Pays-Bas, en Suisse, au Brésil, entre autres. Et personne ne s'en est plaint.

La dernière pièce d'un cent a été frappée hier. Il faudra des années avant qu'elles se fassent plus rares dans nos fonds de poches. Mais elle ne disparaîtra pas totalement parce que sa valeur existera toujours. Les prix ne seront pas tous arrondis. Et de toute façon, comme des milliards de transactions se font maintenant par voie électronique (débit, crédit et bientôt, monnaie électronique), les pièces deviennent de plus en plus inutiles.

L'élimination de la pièce d'un cent économiserait environ 5 millions$ au Trésor public. Ce n'est pas pour ça que le Canada le fait. Mais toute économie n'est pas futile et il était finalement temps d'en arriver là.

Donner l'exemple

Sur la place du français, les francophones s'attendent à ce que leurs institutions donnent l'exemple. C'est pour cela que le plus récent projet de loi fédéral enjoignant la nomination d'officiers du Parlement bilingues - et ses nombreuses versions antérieures touchant les juges de la Cour suprême, par exemple - reçoivent un tel appui au sein de la population canadienne-française.

Il est donc un peu anachronique de voir l'Alliance de la fonction publique du Canada élire une nouvelle présidente unilingue anglophone. Robyn Benson dirigera dorénavant le plus important syndicat de fonctionnaires du pays, au lendemain du 16e congrès tenu à Ottawa.

L'Alliance pourra-t-elle faire la leçon au gouvernement sur les questions de bilinguisme alors qu'elle n'a pu en faire une condition d'éligibilité à la présidence? Poser la question, c'est y répondre.

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