Le lieu : l'École culinaire pour tous, au coeur d'un parc industriel à Gatineau, boulevard Saint-René. C'est à peine si la lumière du jour pénètre dans la grande pièce aménagée avec soin. Pas de sortie à la piscine, de promenade au parc ou de flânage au centre d'achats : il y a tant à apprendre ! Le rythme est soutenu dès la première minute. Il faut préparer la collation pour la pause matinale, puis le dîner. Ensuite, c'est le temps de préparer le souper... car chacun rapportera de quoi nourrir sa famille à la fin de la journée !
Cette semaine, les participants ont entre 12 et 16 ans. Seize jeunes à la fois, pendant sept semaines : le chef-propriétaire de l'École culinaire, Thierry Deletrez, ne chômera pas. Deux des semaines du camp estival sont conçues en fonction des plus jeunes, des 9 à 11 ans.
D'une manière ou d'une autre, ça part de loin (mais c'est parfois vrai pour des cours pour adultes aussi !). Il faut tout enseigner : démystifier tous les outils, identifier toutes les techniques, enseigner le b-a-ba de chaque opération.
Lundi, premier jour de camp, je suis passé vers 14 h. Le groupe de 16 jeunes, assez disciplinés, est formé d'environ deux tiers de filles. La moitié vient du secteur Gatineau, le tiers des secteurs Hull et Aylmer et quelques autres d'ailleurs. Il y a même une participante de l'Abitibi !
Rapide sondage à main levée : ils disent que « c'est leur idée » de participer à ce camp bien spécial, pas celle de leurs parents.
Est-ce que devenir cuisinier était maintenant cool ? Faut dire qu'avec tous ces médias qui parlent de cuisine, ces émissions de télés qui font des cuistots des vedettes instantanées, peut-être que le métier de cuisinier gagne en réputation. Ce qui est une très bonne chose.
Des recettes choisies
Les recettes sont choisies en fonction de plusieurs critères : coefficient de difficulté, coût, ingrédients, temps de préparation/cuisson, outils nécessaires, etc. Le plus important, c'est la facilité à réussir. Car le geste le plus élémentaire d'un professionnel comme le chef Deletrez prend une tout autre dimension lorsque tenté par une bande de jeunes qui n'ont qu'une expérience sommaire en cuisine.
Cet après-midi-là, par exemple, les étudiants doivent préparer une génoise : c'est un petit gâteau à la vanille qui servira de base pour le dessert réalisé le lendemain. Ils le font le lundi parce qu'il doit bien refroidir avant d'être décoré le lendemain. Le chef Deletrez fait sa démonstration. À deux mains, il prend deux oeufs qu'il casse simultanément, puis deux autres. Ce qu'il vient de faire en 30 secondes prendra... 10 minutes aux adolescents. Casser un oeuf, on le réalise lorsque des novices doivent le faire, exige juste la bonne force pour que la coquille rompe net. Toutes les erreurs de débutants seront faites : des oeufs écrasés sur la table, des fragments de coquille partout, et qu'ils récupéreront tant bien que mal. Puis ces oeufs sont battus dans un battoir sur socle, on y ajoute du sucre et, quand le tout sera bien homogène (et à consistance de « ruban »), une quantité égale de farine tamisée qui sera « pliée » dans l'« appareil ». Tous ces mots entre guillemets doivent être expliqués et définis car ils ont un sens bien précis. Les participants apprennent du même coup qu'en pâtisserie, au contraire de la cuisine, il faut suivre les règles, car la préparation des desserts relève de la chimie alimentaire.
Le camp culinaire du chef Deletrez est populaire. Avant la première journée, virtuellement toutes les places étaient comblées pour tout l'été. Et ce n'est que la deuxième saison de ces camps : le bouche-à-oreille a vite fait effet.
Pourtant, ce n'est pas donné, à 500 $ par semaine. Du moins, à première vue. Ce montant comprend tout le volet animation, les équipements, les aliments. Et tous les repas et toutes les collations : ça serait bien le « bout » que les jeunes apportent un lunch de sandwiches au beurre d'arachides dans un camp où ils apprennent à se faire à manger ! En prime aussi, comme j'ai dit plus haut, tous les participants préparent et rapportent à la maison un souper pour la famille, dessert compris. Lundi, c'était une paella au poulet, suivi d'une crème catalane, deux grands classiques de la cuisine de l'Espagne.
Aujourd'hui, c'est un poisson pibil (cuit dans une feuille de bananier) et des chocolats faits main. Et ainsi de suite. L'idée de ces cours n'a pas germé en Outaouais. Au Québec, l'Académie culinaire, présente à Montréal et à Québec, offre une expérience semblable, au même prix. Un rapide coup d'oeil sur Internet prouve que ça existe aussi en France, en Afrique, etc.
En souhaitant que les parents profitent de leur « investissement » et les jeunes de leur apprentissage en cuisine !
École culinaire pour tous,
444 boulevard Saint-René Est, porte 800,
Gatineau, QC
819-643-8687
www.ecoleculinaire.com