La Pie, pour sortir des sentiers battus

Un Vietnamien qui se retrouve à Paris conclut peut-être que les Français... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Étienne Ranger, LeDroit

Pierre Jury
Le Droit

Un Vietnamien qui se retrouve à Paris conclut peut-être que les Français mangent toujours la même chose : confit de canard, cassoulet, steak-frites, etc. S'il se retrouve au Canada, même chose : que des hot-dogs et
des hamburgers, parfois des spaghettis ou de la pizza. Peu de variété.
Ça adonne bien : nous, on trouve que les Vietnamiens mangent pas mal toujours la même chose. Et les Chinois aussi, et les Thaïs pareil.

Évidemment, ce raisonnement tronqué tient surtout du fait que les tables ethniques qui s'installent chez nous se retrouvent un peu toujours à se retrouver dans une variante du syndrome de la saucisse Hygrade. Plus on sert aux gens la même chose, plus ils demandent la même chose. Alors chez les Viets, le dîneur est pas mal toujours confronté à une soupe pho, aux roulés impériaux, aux plats de nouilles ou aux sautés de viande à la citronnelle ou aux légumes assortis.

Tout cela pour dire combien il est rafraîchissant d'arriver au restaurant La Pie et de lire un menu qui sorte un tant soit peu des sentiers battus de la cuisine canado-vietnamienne.

Pour cela, il faudra faire un peu d'effort. Ne pas y aller qu'à l'heure du midi, et ne pas que commander pour livraison. Car c'est en salle, en soirée, que La Pie réserve ses plus belles surprises.

Jasante

La Pie, c'est Mme Nguyen. Du moins, c'est ce qui se raconte. Paraît que c'est son surnom, La Pie, et vous devinerez facilement pourquoi. Et Madame ne rate pas sa chance de venir piquer une petite jasette avec ses clients, vers la fin du service, alors que l'activité en cuisine ralentit et lui donne le temps de respirer un brin. Elle vient alors partager avec chaleur son amour de sa cuisine nationale que les Canadiens ont largement adoptée, ailleurs comme ici.

En font foi les nombreux établissements vietnamiens de la région. Plusieurs se spécialisent surtout dans les phos, d'autres dans les « banh mi » (sous-marins).

La Pie semble aller plus loin que la majorité des tables vietnamiennes. Pour le menu. Car pour le reste, c'est comme partout ailleurs. Des images de l'Asie sur les murs, des offrandes à un bouddha près de l'entrée, un décor somme toute assez austère. On appréciera tout de même les jolies nappes sur les tables, un petit détail en apparence qui rend l'endroit plus chaleureux et accueillant.

Le client ne devrait pas trop s'attarder sur les plats communs comme les rouleaux, frits ou frais, qui ressemblent en tous points à ceux que l'on trouve partout. Il s'amusera plutôt dans la liste des six ou sept spécialités comme le poisson en sauce cari (16,95 $). Ce jour-là, le tilapia est déconseillé : la maison suggère subtilement la morue ou le saumon, deux espèces communes ici que la cuisinière a adoptées. On reconnaît immédiatement la chair moelleuse de la morue, un rectangle de belle taille, nappé de l'une de ces sauces que les Vietnamiens (et les Indiens) ont le don de concocter. La portion de riz sera utile pour en absorber toutes les gouttes.

Melon d'hiver

Autre spécialité rarement constatée sur les menus vietnamiens (ou souffrons-nous d'amnésie ?), ces pieds de porc, style Vietnam du sud (12,95 $), avec une autre sauce qui fait la part belle au lait de noix de coco.

Certes ils sont bien gras et on ne s'est pas donné la peine de les désosser ou d'enlever l'épaisse couenne comme le suggèrent nos recettes de grands-mères québécoises. Mais la cuisson fait le travail et les morceaux de chair se détachent facilement. Le traitement est original et on appréciera ce plat différent de ce que l'on voit et fait ailleurs.

Cela vaut aussi pour les crevettes et melon d'hiver sauté (16,95 $), servi dans ce même melon que les Canadiens connaissent peu car il n'est pas utilisé ici en dessert mais en plat principal, comme un légume. Ça ressemble à du radis, avec son croquant, sans le goût piquant. Une belle aventure gustative.

Ne nous comptons pas d'histoires cependant. Si la cuisine vietnamienne plaît, c'est qu'elle marie deux qualités : goût et prix modeste. Cela se fait aux dépens des ingrédients qui sont généralement modestes. Les crevettes viennent de ces fermes-usines d'Asie aux pratiques parfois douteuses et la fraîcheur n'est pas optimale. Le porc est une chair passe-partout, comme le boeuf et le poulet qui sont largement offerts. On ne mange pas de homard sur nos tables vietnamiennes, ni de foie gras. La morue, dans tout cela, une exception ? Peut-être. Mais elle devait être congelée, comme les autres poissons proposés. Encore et toujours, ce sont les cuissons en sauce qui viennent sauver le produit final.

En bout de ligne, les clients viennent et reviennent non pas pour faire leurs difficiles mais parce qu'on mange à bon prix chez les Vietnamiens de la région. La Pie a le petit avantage de proposer quelques plats inhabituels. Et d'être situé dans un quartier sympa du secteur Hull, dans ce que certains appellent encore Tétreauville. Ses habitants semblent bien lui apprécier sa présence depuis son ouverture, en 2010, et le flot de clients en fait foi.

À l'heure des desserts, La Pie s'en remet aux traditions : une banane frite pas particulièrement mémorable, une bien meilleure crème caramel, ou un gâteau vapeur légèrement différent. Pour les amateurs de sucré.

Pour deux personnes, prévoyez entre 40 et 50 $, plus consommations, taxes et service.

Cuisine 7/10

Service 3,5/6

Décor 1,5/4

La Pie,

479B, boulevard

Alexandre-Taché,

Gatineau, Qc.

819-779-1016.

www.restaurantlapie.com

Cote Jury 12/20

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