Encore une fois, il faut faire une grosse mise en garde. Ne vous lancez pas tous en même temps chez Hintonburger : vous n'entrerez pas tous à la fois ! En fait, il n'y a qu'une dizaine de places assises... et deux tables à pique-nique devant la porte.
De toute façon, quand vous passerez devant Hintonburger, vous ne croirez jamais que c'est bel et bien là que l'on fait le meilleur hamburger en ville. Ça a l'air d'un miteux concessionnaire de véhicules usagés. De fait, c'est probablement ce qu'il y avait là auparavant. Et c'est ce qu'il y a juste à côté.
Hintonburg est un très vieux quartier d'Ottawa qui borde à l'ouest la rue Parkdale, là où le marché public d'Ottawa est établi depuis des décennies. Tout le quartier est en profonde mutation. Certaines mauvaises langues disent que les prostituées y ont élu domicile lorsqu'elles ont été chassées de Vanier. Ce qui n'est jamais un bon signe. Aujourd'hui, les artistes les ont remplacées et Hintonburg prend un peu du lustre qui déteint de Westboro, le quartier chic et branché juste à l'ouest. Quand les loyers sont devenus trop chers dans Westboro, les artistes ont déménagé plus à l'est et Hintonburg a commencé à prendre un nouveau visage. On l'appelle même aujourd'hui QADS, pour « Quartier des artistes/Artists' District ».
Mais assez parlé des artistes. Revenons-en à la bouffe.
De vrais ingrédients
Au fond d'un stationnement, une affiche taillée maladroitement coiffe une petite construction rectangulaire. Ça dit « Hintonburger » en grosses lettres rouges. Montez deux marches de ciment pour entrer dans la bicoque. À gauche, la salle à manger : le terme est généreux. À droite, le comptoir qui donne sur la cuisine. Au fond, un minuscule accoudoir avec une caisse enregistreuse. Passez la commande. Payer. Comptant. Aucune carte acceptée. La jeune femme vous assigne un numéro. En moins de 10 minutes, un des cuistots crie votre numéro.
Pendant ces 10 minutes, vous regardez autour. Une ou deux affiches sur les murs, rien d'autre à noter. Vous appréciez l'argent qui vous reste. Le spécial maison, c'est le Hintonburger, avec fromage cheddar et bacon fumé (6,50 $). Pour les garnitures, vous choisissez.
Il y a aussi un hambourgeois végétarien, genre falafel avec hummus, et le pogo (2,50 $). Tout est fait maison, même le pogo, alors que la saucisse est trempée dans une pâte de farine de maïs. Tous les commentaires à propos de ce pogo sont élogieux. Faudra y retourner pour l'apprécier.
Qu'est-ce qui fait que le Hintonburger est si bon ?
La réponse est si simple que c'en est désarmant. De vrais ingrédients. C'est tout.
Il est renversant de goûter la différence autour de quelques ingrédients seulement.
La viande vient de la ferme O'Brien, à Winchester, un vrai producteur de boeuf, membre de Savourez Ottawa. Du vrai fromage cheddar, du genre qui n'arrive pas préemballé dans le plastique. Du bacon fumé qu'ils prennent à Montréal. Des garnitures qu'ils essaient le plus possible d'acheter au marché Parkdale, en saison.
Ils sont quatre copropriétaires, et deux principaux, Tom et Robert, de vieux copains. Ils sont « un peu renversés » de la réaction que l'ouverture de Hintonburger a provoqué dans la communauté. Les portes ont ouvert pour le 1er juillet 2010.
Une communauté
Pourquoi Hintonburger ? « Parce qu'il y a une communauté qui se développe ici, raconte Tom, un peu avant l'heure d'affluence, un midi. Les gens de Hintonburg sont fiers, ils sont différents des gens de Westboro, il y a un esprit collectif ici qui encourage les petits commerces indépendants. »
Depuis Hintonburger, la rue Wellington s'est donné de nouvelles adresses. Autour de l'église catholique Saint-François d'Assise, sont sortis de nulle part une pizzeria au feu de bois, Tennessee Willems, de petits cafés aussi. D'autres sont à venir. Espérons qu'ils joueront sur les mêmes notes.
Hintonburger n'est pourtant pas le seul dans sa catégorie. À travers l'Amérique surgissent plein de petits restaurants qui essaient tout simplement de bien faire certains classiques, sans vouloir les réinventer. À Ottawa, The Works a fait un malheur dans le domaine et compte maintenant une demi-douzaine d'adresses. La petite chaîne a été vendue 10 millions $, apparemment, en 2010, et les nouveaux propriétaires voudraient en faire une chaîne nationale.
Aux États-Unis, il y a une chaîne qui s'appelle Five Guys, On dit que c'est la bannière la plus courue aujourd'hui. Partie de Virginie occidentale il y a 25 ans, elle croît à une vitesse exponentielle : 770 établissements aujourd'hui, dont 13 au Canada, dont Montréal, Kingston et Toronto. La formule ? Un menu simple et le client qui choisit tout, à l'inverse de McDonald's où les assaisonnements sont choisis pour vous. Mais il faut attendre, attendre et attendre, et payer beaucoup plus cher que McDo. Je l'ai essayé à Syracuse l'été dernier. Plus cher que Hintonburger aussi.