Edgar, un nouveau resto de Gatineau

Une passion culinaire incarnée en restaurant

Depuis son ouverture, le restaurant de Marysol Foucault... (ÉTIENNE RANGER, LeDroit)

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Depuis son ouverture, le restaurant de Marysol Foucault est devenu la nouvelle coqueluche de la scène gastronomique régionale.

ÉTIENNE RANGER, LeDroit

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Jusqu'à tout récemment, Marysol Foucault était une travailleuse dans l'ombre. Dans la restauration, elle se décrivait elle-même comme « une petite souris à l'arrière-boutique, qui fait ce que les autres ne veulent pas faire ». Puis elle a décidé d'ouvrir son propre restaurant. En quelques jours à peine, elle est devenue la nouvelle coqueluche de la scène gastronomique à Ottawa comme à Gatineau.

Son établissement : Edgar, sur la petite rue Bégin, à Gatineau, dans le secteur du parc Moussette. Un petit quartier tranquille dont le parc et sa plage sur la rivière des Outaouais demeurent le plus bel attrait. Sur le boulevard Alexandre-Taché, regardez un peu trop longtemps l'entrée du parc de la Gatineau et vous raterez la rue Bégin tellement elle passe inaperçue. Pour le resto aussi, c'est discret. Jusqu'à ce que vous voyiez la cohue qui vient savourer les bouchées de cette jeune cuisinière qui a grandi à Hull.

« Overwhelmed », voilà la réaction de Marysol Foucault à la réponse de la clientèle. Elle s'excuse du mot anglais, elle ne trouve pas d'équivalent. « Dépassée », ça sonne un peu négatif. Et elle n'est pas du tout négative, mais plutôt renversée par l'intérêt que son petit resto de 12 places à peine suscite des deux côtés de la rivière.

La ruée

Dès l'ouverture, le 30 octobre dernier, les clients se sont rués sur ses soupes et sandwiches, sur ses bouchées sucrées comme ses brioches, ses tartelettes et ses muffins.

« J'avais pensé racheter le restaurant L'Échelle de Jacob, vendu au début de l'été, mais quelqu'un a été plus vite que moi, se rappelle-t-elle au terme d'une autre longue journée. Ça m'a semblé un peu trop gros. En se promenant dans les environs, nous sommes tombés sur ce petit local. Il y avait eu un restaurant végétarien, « Madame Petitpois », mais cela avait fermé au printemps. Même si nous habitons à Aylmer, j'ai tout de suite aimé ce quartier, la piste cyclable à proximité. Mais je ne me doutais pas que les gens du coin avaient un tel intérêt pour leur restaurant de quartier. Il y en a qui viennent à tous les jours ! »

Cet intérêt pour le restaurant Edgar - nommé ainsi en l'honneur de son père, ferblantier à Hull - ne s'est pas matérialisé de rien. Cela faisait des semaines que Marysol Foucault en parlait sur son blogue.

Son blogue ? Oui. C'est la mode chez les moins de 35 ans que d'écrire dans l'espace cybernétique. Écrire quelque chose, n'importe quoi, écrire sa vie juste pour voir si quelqu'un, quelque part, pourrait lire. Être touché et peut-être, répondre.

Instantané ?

Pendant trois ans, sur Internet (www.sheeatsbears.blogspot.com), elle a immortalisé son quotidien culinaire. Ce qu'elle et son copain Simon Guibord préparaient et/ou mangeaient, leurs recettes et leurs échecs. Plus récemment, ce blogue s'est métamorphosé en journal quotidien sur les péripéties de l'ouverture d'un restaurant : la recherche de financement, l'incertitude, le local, les travaux, les recettes, l'épuisement, la toilette qui fuit, etc.

À la suivre, ils sont quelques centaines de foodies, ce néologisme anglais pour décrire les passionnés de choses culinaires. Le lectorat se bâtit un peu beaucoup au hasard des petits articles que l'auteur contribue, du plaisir qu'ils génèrent chez les lecteurs qui le disent à leurs amis, qui le disent à leurs amis, qui le disent à leurs amis...

Dès l'ouverture, ils étaient quelques centaines à l'affût du grand jour. Et ils sont passés, tous ceux-là, et leurs amis aussi.

Ce succès instantané, il s'est donc bâti depuis des mois. Non, depuis des années.

Car, à 33 ans, elle a passé à peu près la moitié de sa vie dans des restaurants.

« Par son métier, mon père réparait régulièrement des équipements de restos. À 16 ans, il m'a encouragée à trouver un travail en cuisine. Je suis donc entrée au Twist, à éplucher des carottes et des pommes de terre, à laver les planchers. Puis au Quatre jeudis, au Pizza'za. Là, avec François Fortier, j'ai vécu l'ouverture de son restaurant « 1908 ».

Plus récemment, elle était allée « se reposer » loin du travail éreintant des cuisines ; elle travaillait comme coordonnatrice chez Urban Element, une école de cuisine d'Ottawa. « Mais j'ai eu envie d'avoir mon établissement. Et de revenir en Outaouais, de travailler en français. »

(Paradoxal, oui, car son blogue est en anglais. Elle a bien tenté, pendant quelques mois, de tout faire dans les deux langues, mais le public lecteur n'était pas au rendez-vous. En français, elle pouvait compter les fidèles sur ses doigts tandis qu'en anglais, chaque doigt équivalait à une centaine d'abonnés... Elle se promet bien de le reprendre, malgré le temps qui fuit vers l'avant.)

Toute seule ?

Pour le moment, Marysol Foucault gère la croissance. « Je croyais pouvoir tout faire toute seule », soupire-t-elle. Elle remercie le ciel que des amis, des copines, des mamans viennent lui porter un coup de main. Elle n'y arriverait pas sans toutes ces âmes généreuses.

Le temps lui manque parce qu'elle désire tout faire à partir de zéro. Incluant l'achat des ingrédients, une tâche quotidienne qu'elle abat en faisant le tour de marchés d'alimentation et de quelques fournisseurs comme le poulet Saveurs des monts, la Laiterie de l'Outaouais et la boulangerie Art-Is-In.

Mais c'est aussi parce qu'elle fait tout à partir de zéro que les saveurs sont si fraîches, si nettes. Le menu, tenu sur une ardoise comme dans les bistros français, change au gré de la disponibilité des produits, garantissant la fraîcheur.

« Je n'ai pas ouvert un restaurant que pour faire des soupes et des sandwiches... mais c'est tout ce que j'ai le temps de faire jusqu'ici, constate la jeune entrepreneure. Il n'y a rien de neuf dans ce que je fais, je ne réinvente rien. Et un jour je passerai à autre chose de plus élaboré, des bons brunchs, des repas complets en soirée, un soir par ci, par là, au début. Je dois encore trouver une manière de me dédoubler, de trouver de l'aide pour répondre à la demande... »

Edgar,

60, rue Bégin, Gatineau, Qc

819-205-1110

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