Diviser pour mieux régner?

Bien des parents ont peur du jugement que... (Archives, Le Droit)

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Bien des parents ont peur du jugement que les autres porteront sur leurs enfants ou sur leurs attitudes parentales.

Archives, Le Droit

Dre Nadia Gagnier
Le Droit

Véronique et Maxime forment un couple depuis plus de six ans. Ils se sont toujours entendus à merveille. Même avant d'avoir un enfant, ils étaient parfaitement d'accord sur la plupart des grands principes en éducation. Lorsqu'ils revenaient de soirées passées avec des amis qui ont des enfants, ils passaient les mêmes commentaires - positifs ou négatifs - sur les interventions de ceux-ci, en tant que parents.

Mais, depuis que leur petite Léa est née, ils sont un peu moins d'accord sur l'éducation des enfants. C'est dans l'application concrète des grandes théories éducatives - sur lesquelles ils sont d'accord ! - qu'ils ne s'entendent pas. Léa a maintenant trois ans... et parfois, ils jureraient qu'elle est consciente de leurs différends et qu'elle en profite. Elle semble vouloir les diviser pour mieux régner et prendre pleinement un statut d'enfant-roi ! En même temps, elle a l'air triste et stressée lors des disputes parentales. Comment expliquer ce paradoxe ?

Explorer et apprendre

Le rôle d'un jeune enfant est d'explorer son environnement et d'apprendre à connaître le monde dans lequel il évolue.

En exécutant cette tâche, il se heurtera aux limites de ses parents. Ces limites devraient avoir pour but de le protéger des dangers - ne pas jouer avec les prises de courant, ne pas tirer la queue du chien, ne pas courir autour de la piscine... - et de lui apprendre à vivre en société.

L'enfant, qui veut toujours explorer de plus en plus, sera parfois frustré par ces limites. Mais si elles sont toujours les mêmes, d'un jour à l'autre et d'un parent à l'autre, il finira par les apprendre et elles deviendront sécurisantes. Pourquoi ? Parce qu'elles le protègent des dangers et qu'elles rendent son environnement prévisible.

Si ces limites ne sont pas constantes - ou s'il y a un manque de cohérence entre les deux parents -, l'enfant retournera à son instinct de tester les limites, ce qui pourrait avoir pour conséquence d'augmenter le niveau de stress des parents... et de les diviser davantage. Surtout si chacun se campe dans sa position, au lieu de communiquer et de trouver des solutions communes.

Le travail des parents

Il est important de réaliser que ce n'est pas la responsabilité de l'enfant de protéger la relation entre ses parents. C'est leur responsabilité des parents de faire équipe dans l'éducation de leur enfant, de communiquer régulièrement et de lui offrir un encadrement constant, cohérent et sécurisant.

Si l'enfant n'obtient pas cet encadrement, il tentera de combler le vide en prenant le contrôle de la maisonnée. Même s'il semble en profiter, ce n'est pas la situation idéale pour lui : c'est une bien trop grande responsabilité pour reposer sur de si petites épaules !

Lorsqu'il teste les limites de ses parents, le seul but de l'enfant est d'explorer davantage son environnement. En bas âge, l'enfant n'a aucune capacité à anticiper que, à long terme, cette exploration pourrait créer des conflits entre ses parents. Son intention n'est donc pas de diviser pour mieux régner, mais simplement de découvrir la vie et de développer son autonomie.

Savoir réagir

Il est pratiquement impossible pour des parents de s'entendre à la perfection sur les façons d'encadrer un enfant.

Avant d'avoir un enfant, on peut s'entendre sur de grands principes théoriques, mais c'est lorsque l'enfant est au monde, lors de l'application concrète de ces grands principes, qu'on s'aperçoit de nos divergences. Et c'est à ce moment que, comme couple, il faut savoir comment réagir à ces divergences.

On a deux choix : se mettre en colère contre notre conjoint et refuser rigidement de se remettre en question, ou se remettre chacun en question et peser ensemble le pour et le contre des différentes façons de faire.

Cela demande d'avoir l'humilité d'accepter que notre premier réflexe face à un comportement de l'enfant n'était peut-être pas le bon. Cela demande d'écouter notre conjoint et de tenter comprendre pourquoi il choisit des interventions que nous jugeons inadéquates. Bref, cela demande du temps et des efforts... Mais Jean-Pierre Ferland nous a prévenus dans une de ses chansons : l'amour, c'est de l'ouvrage !

Si un couple est conscient que l'éducation de leur enfant demande une cohérence dans leurs interventions et travaille à atteindre cet objectif, il développera une meilleure communication et une plus grande complicité. Comme je le dis souvent, quand on est capable de se remettre en question et que notre désir, c'est d'être un bon parent - sans prétendre pouvoir être parfait -, avoir un enfant fait de nous un meilleur être humain.

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