Si, au moins, on apprenait de nos erreurs!

Je suis absolument certain d'une chose: les déboires environnementaux et... (La Presse Canadienne)

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La Presse Canadienne

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Je suis absolument certain d'une chose: les déboires environnementaux et financiers de la pétrolière BP vont dorénavant servir d'exemple à ne pas suivre dans le domaine de l'exploitation des ressources naturelles.

C'est sans doute la première fois qu'une compagnie qui essayait de se faufiler en matière d'environnement pourrait perdre sa chemise à la suite d'un accident écologique qu'elle a elle-même préparé depuis des années. J'espère que les milliers d'autres compagnies qui lui ressemblent vont apprendre de ce qui lui arrive, même si elles vont continuer à payer des lobbyistes pour faire adoucir les lois environnementales des États.

 

Le message envoyé par la catastrophe du golfe du Mexique est maintenant très clair: vous pouvez, par la force de votre pouvoir financier, faire plier n'importe quel État et l'inciter à changer ses lois environnementales que vous voulez, mais si vous causez une catastrophe écologique, on vous poursuivra jusqu'à vider entièrement vos poches d'actifs corporatifs.

Je rêve du jour où les États-uniens, aidés par leur gouvernement, feront de BP l'exemple par excellence à ne plus imiter. Plus jamais! Il fallait donc une crise environnementale de cette ampleur pour nous réveiller.

Il faut bien l'avouer, l'exploitation des ressources renouvelables et non renouvelables a toujours suivi le même patron.

On s'est habitué à les piller à outrance, comme une sorte de butin qu'on se hâte de voler à la planète, jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus. En investissant un minimum d'argent dans les équipements, la protection des travailleurs et celle de l'environnement.

Car le but visé était et demeure de générer un maximum de profits pour les actionnaires afin d'attirer de nouveaux capitaux permettant de développer et d'enrichir encore plus la compagnie.

N'est-ce pas ce qu'on a entendu des actionnaires de BP dernièrement? Ne voulaient-ils pas avoir coûte que coûte ces 10 milliards de dollars de dividendes avant même que les victimes soient dûment dédommagées?

Cette mentalité de pilleurs de ressources nous a amenés là où nous sommes présentement. Regardez les États du Sud qui ne savent plus comment s'en sortir!

Et si ce que l'on dit est vrai, à savoir que le puits Deepwater Horizon déverse 9 millions de litres de pétrole par jour depuis le début, ce sont plus de 500 millions de litres qui sont en circulation dans cette partie de l'océan, soit 10 fois plus que le volume épandu par l'Exxon Valdez en Alaska. Et si cela continue encore deux mois, on en sera au triple.

Ne dit-on pas déjà que cette catastrophe est la plus grande à survenir aux États-Unis? Tout le monde espère, moi inclus, que cette catastrophe change l'attitude des États-uniens face à l'exploitation inconsidérée des ressources naturelles. Et je me plais à penser qu'ils pourraient ainsi devenir de plus ardents défenseurs de l'environnement.

Un long chemin

Mais va-t-on vraiment apprendre de nos erreurs? Le veut-on vraiment? Est-ce que les exploitants des 4000 puits de pétrole dans le golfe du Mexique vont se dépêcher à forer des puits secondaires de sécurité pour mieux protéger l'environnement ou attendre qu'une autre catastrophe se produise?

Va-t-on le faire, ici même au Canada, alors que BP, Imperial Oil et Transocean militent en faveur d'une réduction de notre réglementation?

Cette industrie ne semble tout simplement pas prête à exploiter les ressources naturelles dans le respect des peuples, des travailleurs et de l'environnement. On a donc un très long chemin à parcourir avant de changer les us et coutumes de compagnies qui sont habituées à dicter leurs conditions d'opération aux États.

Comme on le constate actuellement, on ne peut pas extraire des ressources naturelles dans des endroits à haut risque d'accident écologique si on ne sait pas comment réparer les dégâts et si les coûts sociaux de telles tragédies sont plus élevés que les bénéfices économiques retirés.

Parlez-en aux dizaines de milliers de chômeurs forcés à la suite de cet accident écologique. Parlez-en aux gens qui vont vivre dans un tissu social fragmenté. Parlez-en à tous ceux et celles qui souffriront d'une violence quelconque à cause du stress insoutenable d'avoir perdu son gagne-pain.

Apprendre de ses erreurs? Peut-être pourrons-nous le faire en regardant le sort réservé à une compagnie qui n'avait jamais envisagé la toute puissance du ressac d'une tragédie environnementale.

 

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