Le vin tout nu

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La SAQ a mis sur ses tablettes des vins «natures ou naturels» à la fin avril.

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Véronique Rivest
Le Droit

Le 23 avril, la SAQ a mis en vente six vins nature. Une première pour la société d'État, qui permet ainsi aux consommateurs de se familiariser avec ces vins dont on parle beaucoup. Mais qu'est-ce qu'un vin nature, au juste?

Le vin nature ou naturel est élaboré de la façon la plus naturelle qui soit. Bio à la base, donc, le vin nature n'est en outre jamais exposé à des produits chimiques dans le vignoble et il est vinifié sans ajout d'additifs ni manipulations qui viendraient l'altérer.

Mais il n'y a pas de certification officielle ou de définition légale pour le vin nature, contrairement au vin bio, ou biodynamique, pour lequel existe un cahier des charges détaillé quant à la culture de la vigne et à l'élaboration du produit. Même si on s'entend sur les grandes lignes, il y a de la discorde chez les adeptes, principalement sur l'utilisation de sulfites. Il y a ceux qui clament haut et fort qu'aucun sulfite ne doit être ajouté dans l'élaboration d'un vin nature, et ceux qui permettent son utilisation à doses minimales, bien en deçà des doses permises pour les vins bio, afin de stabiliser le vin. À mes yeux, et au risque de m'attirer la foudre des puristes, ce n'est qu'un détail. Le pire, ce sont les réactions virulentes de part et d'autre de ce débat.

D'un côté, il y a ceux qui ne jurent que par le vin 100% nature. Déjà, c'est discutable, parce que, à la base, cultiver la vigne pour faire du vin n'a rien de naturel. Laissez pousser la vigne de façon naturelle et elle ne produira pas des raisins aptes à faire du bon vin. La viticulture, de façon imagée, c'est un peu comme la culture d'un bonsaï: les vignerons passent des heures et des heures à la tailler pour lui donner une forme qui favorise la production de raisins destinés à faire du vin.

De l'autre côté, il y a ceux qui jurent que tous les vins nature sont déviants, bourrés de défauts et pas buvables.

Vous savez tout ce qui m'intéresse? C'est de boire du bon vin. Et un bon vin pour moi est un vin qui a de la gueule, c'est-à-dire qu'il goûte ce qu'il goûte parce qu'il est le reflet de l'endroit qui l'a vu naître. On peut très bien aujourd'hui faire un vin sur mesure, décider du profil aromatique et gustatif qu'on veut lui donner, et le «fabriquer» en conséquence. On peut trouver un vin d'Australie, un vin du Languedoc et un vin du Chili (ou de n'importe où) qui goûtent exactement pareil. Ce sont des vins industriels, ou des vins de marché, élaborés en fonction de ce que recherche une clientèle particulière. Et ils ont leur place. Mais ce ne sont pas les vins qui m'allument. Un vigneron bourguignon me disait récemment que le vin n'est pas un objet, c'est un instant: c'est ce qu'il nous fait ressentir qui compte.

L'idée de travailler de façon la plus naturelle possible est très louable. Éliminer les produits chimiques qui nuisent à la santé des sols, de la vigne, des gens qui travaillent dans le vignoble et des consommateurs ne peut être qu'une bonne chose. Tout comme la volonté de produire des vins de terroir, en évitant toutes ces techniques qui permettent de les façonner à l'image que l'on souhaite et qui effacent la singularité de leur lieu d'origine. Mais faire l'éloge de vins défectueux n'aiderait en rien la cause des vins naturels. Tout comme il y a de bons et de mauvais vins en agriculture traditionnelle et en bio, il y a de bons et de mauvais vins nature. Ça aide, bien sûr, de connaître les défauts du vin afin de pouvoir les identifier et pas bêtement les associer au terroir. Puis simplement, il faut y goûter et se faire sa propre idée.

L'esprit du vin, selon la SAQ

La SAQ dit avoir voulu respecter l'esprit du vin nature et n'a pas exigé de teneur minimum en sulfites pour ces vins. Ils ont par contre profité d'un transport réfrigéré, à une période plus fraîche de l'année.

Ce ne sont pas des vins qui peuvent rester longtemps sur les tablettes (ils sont plutôt à traiter comme des produits frais); il n'y a donc pas de grosses quantités et on les trouve principalement à Montréal et à Québec, ainsi que sur le site Web de la société d'État.

Le 23 avril, la SAQ a mis en vente six vins... (Photos fournies par la SAQ) - image 3.0

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Photos fournies par la SAQ

Trois vins nature que j'ai beaucoup appréciés

Domaine Catherine et Pierre Breton Chinon Beaumont Épaulé Jeté 2012, 22,70$ (12517921)

Un domaine que j'affectionne particulièrement dans la Loire et un couple de vignerons qui travaillent de façon irréprochable. Un cabernet franc aromatique et juteux, aux notes de framboise et de mine de crayon. Archi-sec et d'une grande fraîcheur, croquant et digeste, avec des tanins fins, et une longue finale à la minéralité caillouteuse. Délicieux et on ne peut plus authentique. (Plusieurs des vins du domaine sont régulièrement vendus à la SAQ, et ils sont tous très recommandables.) 12% d'alcool.

Henry Marionnet Première Vendange Touraine 2013, 24,20$ (12517875)

Un gamay gourmand et gouleyant, aux arômes de petits fruits rouges et de fleurs (pivoine), avec une pointe d'épices. Léger, frais et juteux, c'est un vin de soif parfait pour l'apéritif, un plateau de charcuteries ou un poulet rôti. 12,5% d'alcool.

Trinchero Terra del Noce Barbera d'Asti 2008, 24,50$ (12517710)

Ce domaine spécialiste du barbera dans le Piémont nous offre ici un vin très aromatique, aux notes de cerise, de fruits secs et confits, d'anis, de terre fraîche et de tabac. La bouche est ample, riche et complexe, mais reste fraîche, sans aucune lourdeur. Des tanins mûrs et enrobés viennent resserrer le tout dans une finale savoureuse. 14% d'alcool.

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