Les secrets du Lord Elgin

L'hôtel Lord Elgin souffle ses 75 bougies aujourd'hui.... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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L'hôtel Lord Elgin souffle ses 75 bougies aujourd'hui.

Patrick Woodbury, LeDroit

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L'hôtel Lord Elgin souffle ses 75 bougies aujourd'hui. Depuis son inauguration en pleine guerre mondiale, de nombreux événements ont marqué l'établissement de la rue Elgin, à Ottawa. Le journaliste et auteur Randy Boswell a retracé l'histoire de l'institution, qu'il dévoile dans un livre qui paraît samedi. En entrevue avec LeDroit, il a confié quelques secrets sur l'histoire de l'institution et les personnalités célèbres qui ont franchi ses portes.

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Patrick Woodbury, LeDroit

En mai 1939, le roi George VI et la reine Élisabeth visitent Ottawa pour assister au dévoilement du Monument commémoratif de guerre du Canada. Des milliers de touristes venus de l'Ontario, de l'ouest du Québec et de l'État de New York affluent vers la capitale, qui se trouve incapable de fournir un toit à chacun. La Ville d'Ottawa organise un système de logement chez l'habitant, où les résidents qui ont l'espace nécessaire peuvent accueillir des touristes chez eux.

Le constat saute aux yeux: il faut construire un nouvel hôtel pour répondre à la demande grandissante.

Le 11 septembre 1940, le maire d'Ottawa Stanley Lewis donne le coup d'envoi de la construction de l'hôtel au centre-ville de la capitale. Il s'agira d'un processus inhabituellement rapide: 10 mois plus tard, l'hôtel de 400 chambres réparties sur 12 étages est complété.

Sa construction ne s'est pas faite sans heurts. 

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, le nombre d'hommes investis dans l'effort militaire canadien a occasionné une pénurie d'ouvriers. Il a donc fallu faire venir des tailleurs de pierre depuis l'Écosse pour combler le manque à gagner.

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Le 27 février 1941, le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, pose la pierre angulaire de l'hôtel en construction.

Le 27 février 1941, le premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, pose la pierre angulaire de l'hôtel en construction. Ce jour-là, une capsule contenant des articles de journaux, de la monnaie et un rouleau de parchemin est placée à l'intérieur de ladite pierre, située devant le restaurant. Cette capsule s'y trouve encore aujourd'hui. 

Mackenzie King procède à l'inauguration du Lord Elgin le 19 juillet de la même année. Il livre un discours et signe son nom dans le livre des enregistrements, devenant ainsi le premier client officiel de l'hôtel. À l'époque, la plus petite chambre coûtait 2,50$ la nuit. Ce soir-là, Mackenzie King n'aurait toutefois pas voulu tester le confort d'une chambre toute neuve, et serait retourné dormir chez lui, à l'angle des rues Laurier et Chapel, dans le quartier Côte-de-Sable.

Pour la petite histoire, quatre jours avant le jour J, le premier ministre a subi la perte d'un être cher, son terrier irlandais Pat. Mackenzie King est bouleversé. À l'inauguration du Lord Elgin, il arbore une cravate noire en signe de deuil, et accroche des fleurs sur son veston pour représenter sa joie d'avoir côtoyé son fidèle compagnon. Dans son journal intime, Mackenzie King raconte qu'il a failli éclater en sanglots pendant son discours inaugural lorsque la pensée de feu Pat a surgi dans son esprit.

Les humains du Lord Elgin

L'une des visites les plus marquantes reste celle... (Fred Chartrand, Archives PC) - image 4.0

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L'une des visites les plus marquantes reste celle du dalaï-lama, en 2007.

Fred Chartrand, Archives PC

En 75 ans d'existence, les portes du Lord Elgin ont été franchies par de nombreuses personnalités illustres de tous les domaines, de Winston Churchill en 1941 jusqu'à Bono en 2004. Certaines visites célèbres ont marqué la mémoire de l'institution.

En 1956, l'actrice Dorothy Lamour a posé ses valises à Ottawa pour participer à un tournage. Mais un virus l'a clouée au lit pendant toute la durée de son voyage.

En 1962, une délégation de scientifiques russes s'est posée quelques instants au Lord Elgin lors d'une tournée des différentes institutions de recherche du Canada. C'était à l'époque de la guerre froide, et les délégués étaient constamment épiés non seulement par le gouvernement canadien, mais aussi par l'URSS. Une nuit, aux alentours de 2h du matin, un scientifique nommé Mikhail Klochko s'est faufilé à l'extérieur de l'hôtel et s'est rendu au poste de police le plus proche pour demander asile. Il a pu rester au Canada et travailler comme scientifique ici pour le reste de sa vie.

L'une des visites les plus marquantes reste celle du dalaï-lama, en 2007. Le leader spirituel a occupé la suite Churchill, l'un des appartements complets de l'hôtel, en compagnie de son chef privé. Encore aujourd'hui, les employés du Lord Elgin en parlent avec respect. «C'était un homme très modeste, très humble, se souvient la directrice des ventes et du marketing Ann Meelker. Il voulait parler avec tout le monde. Les chefs, les employés: ils voulait tous les voir et leur tenir la main!»

Paix, amour et homosexualité

À plusieurs reprises dans son histoire, le Lord Elgin a été un symbole de paix et de tolérance.

Au début de sa construction, les pays alliés du Canada se trouvaient en mauvaise posture lors de la Deuxième Guerre mondiale. La France était envahie, et on craignait que la Grande-Bretagne subisse le même sort. Comme l'indique le parchemin contenu dans la capsule de la pierre angulaire, investir dans un immeuble qui traverserait les époques était perçu comme un acte de foi en la victoire de la démocratie.

Après des mois de mauvaises nouvelles, la situation s'est améliorée jusqu'au jour de l'inauguration, le 19 juillet 1941, qui coïncide avec le fameux signe de la victoire de Winston Churchill. Le poing fermé avec l'index et le majeur pointés en forme de V est rapidement devenu un symbole de paix.

Le bar de l'hôtel est ensuite devenu un point de rencontre important pour les hommes gais de la capitale. Alors que l'homosexualité était encore illégale, cette clientèle savait que le gérant de l'établissement tolérait leur présence. Le nombre de bars gais a explosé dans les années 1970 et 1980, mais dès sa fondation et jusqu'à ce moment, le Lord Elgin a abrité le premier bar gai non-officiel d'Ottawa.

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