Il y a 20 ans, le Shawinigan Handshake

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Le fameux Shawinigan Handshake

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Cela fera 20 ans, lundi, que l'ancien premier ministre Jean Chrétien a servi son désormais célèbre Shawinigan Handshake au militant Bill Clennett.

Le 15 février 1996, Jean Chrétien participe à une cérémonie au parc Jacques-Cartier, à Gatineau, pour souligner le 31e anniversaire du drapeau canadien. Informés de la présence du premier ministre, des militants se rendent sur place afin de manifester leur mécontentement envers la réforme de l'assurance-chômage que veulent mettre en place les libéraux de M. Chrétien.

La scène qui s'est déroulée ce jour-là fait désormais partie de l'histoire. Jean Chrétien a solidement empoigné Bill Clennett par le cou. L'image, avec les lunettes fumées du premier ministre et la mémorable tuque de l'activiste, a rapidement fait le tour du pays. M. Clennett s'est ensuite retrouvé au sol, entouré d'agents de la Gendarmerie royale du Canada.

Peu de temps après l'incident, Jean Chrétien a dit ne pas savoir exactement ce qui s'était passé. «Il y avait des gens sur mon passage, avait-t-il confié au Soleil de Québec. Je devais m'en aller. Je ne sais pas ce qui s'est passé. S'il est arrivé quelque chose à quelqu'un, il n'aurait pas dû être là.»

Un geste et un cirque médiatique «sans précédent»

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L'image de Bill Clennett avec sa tuque a marqué l'imaginaire à un tel point que le militant a encore, chez lui, ce que l'ancien journaliste du Droit Régis Bouchard avait qualifié de «célèbre bonnet d'éleveur de lamas».

Etienne Ranger, LeDroit

Deux décennies après être momentanément devenu le militant le plus médiatisé au pays, le Gatinois Bill Clennett se souvient surtout «que l'énormité de l'événement a fait en sorte que la raison d'être de la manifestation a compté pour peu de choses dans les suites de tout ça».

Si M. Clennett se trouvait au parc Jacques-Cartier, le 15 février 1996, ce n'était pas dans le but de faire les manchettes pour une empoignade avec le premier ministre, mais bien pour dénoncer avec quelques dizaines de manifestants la réforme de l'assurance-chômage du gouvernement. Le slogan qu'ils scandaient était: «Chrétien au chômage.»

Qualifiant de «sans précédent» l'incident au cours duquel l'ancien premier ministre l'a agrippé à la gorge, Bill Clennett était loin de s'attendre à ce qui s'est passé ce jour-là.

«Jean Chrétien en avait vu d'autres, et moi aussi, souligne-t-il, 20 ans après les faits. C'est normal que lors de déplacements de personnalités politiques, qu'il y ait des gens qui veulent influencer le gouvernement qui profite du moment pour exprimer leur dissidence. [...] Mais jamais on n'avait eu un ministre, et encore moins un premier ministre, qui au lieu d'écouter et d'ignorer, s'en était pris physiquement à quelqu'un qui s'oppose. [...] Ça n'a jamais été un problème de sécurité, parce que personne n'a fait le moindre geste envers le premier ministre. Il n'a jamais été en danger. C'est lui qui était le danger public. Des gens mécontents, ça fait partie de ce qu'est la politique, mais il ne faut pas s'en prendre physiquement à nos adversaires.»

Un véritable «cirque médiatique» s'est déclenché après l'incident. L'image de Bill Clennett avec sa tuque a marqué l'imaginaire à un tel point que le militant a encore, chez lui, ce que l'ancien journaliste du Droit Régis Bouchard avait qualifié de «célèbre bonnet d'éleveur de lamas».

«On n'était pas encore à l'ère du numérique, donc quand tu vois ta face sur la page de chaque journal, en français et en anglais, c'est là que tu réalises l'ampleur de l'histoire.»

Bill Clennett ne se rappelle pas vraiment si la poigne de Jean Chrétien avait été douloureuse. «Ça a été fait très vite», dit celui qui avait subi un bris à une couronne dentaire lors de l'incident, lorsqu'il s'était retrouvé au sol, entouré de membres de la Gendarmerie royale du Canada.

Cinq jours après les événements, l'activiste avait convoqué la presse pour annoncer qu'il ne porterait pas plainte contre Jean Chrétien. «J'ai fait un choix, explique M. Clennett. Je ne voulais pas être responsable que le débat sur l'assurance-chômage devienne le débat à savoir si le premier ministre avait commis un délit criminel ou pas.»

Un citoyen du Nouveau-Brunswick, Kenneth Russell, avait toutefois porté plainte contre Jean Chrétien, et ce, même s'il n'avait joué aucun rôle dans l'incident. Le juge Pierre Chevalier avait autorisé la plainte contre l'ancien premier ministre, mais à peine deux heures plus tard, le ministre de la Justice de l'époque, Paul Bégin, a imposé un arrêt des procédures.

Les reprises du «Shawinigan Handshake»

L'actuel premier ministre Justin Trudeau, l'ancien chef libéral Michael Ignatieff et l'animateur Rick Mercer sont au nombre des personnalités ayant eu droit à des reprises de la célèbre poignée de main de Shawinigan de Jean Chrétien.

En juillet 2010, M. Chrétien avait empoigné le cou du chef libéral de l'époque, Michael Ignatieff, dans le cadre d'une visite à Shawinigan. Il avait répété la scène avec Justin Trudeau, alors simple député.

En 2012, ce fut le tour de Jean-René Dufort, alias Infoman. Le populaire animateur de CBC Rick Mercer a lui aussi déjà eu droit au Shawinigan Handshake.

Un incident devenu bière

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Ryan Remiorz, Archives PC

Établie dans la patrie de Jean Chrétien, la microbrasserie Le Trou du Diable a lancé en 2012 la Shawinigan Handshake, un clin d'oeil à la célèbre empoignade qu'avait servie l'ancien premier ministre au militant gatinois Bill Clennett.

Le visage de Jean Chrétien est bien visible sur l'étiquette de cette bière blonde proposant une teneur en alcool de 6,5%, mais Bill Clennett n'y apparaît pas. C'est plutôt le diable en personne qui se fait prendre à la gorge sur l'illustration.

Quelqu'un a déjà offert une bouteille de Shawinigan Handshake à M. Clennett. «Mais je ne l'ai pas bue, a-t-il fait savoir. Je ne suis pas un grand amateur de bière. [...] Je n'en fais pas une grosse histoire, mais je trouve que ça banalise le geste.»

Le député qui l'aurait «étouffé»

«Que ce gars-là ne se mette jamais dans... (Archives LeDroit) - image 8.0

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«Que ce gars-là ne se mette jamais dans mes jambes parce qu'il va décoller», avait renchéri le député provincial de Hull, Robert LeSage, deux jours après l'événement.

Archives LeDroit

«Je l'aurais étouffé si j'avais été à la place de Jean Chrétien.»

Robert LeSage, qui était député de Hull à l'Assemblée nationale au moment où Bill Clennett a été agrippé au cou par l'ancien premier ministre du Canada, n'avait vraisemblablement pas tourné sa langue dans sa bouche sept fois avec de réagir à l'incident.

Deux jours après les événements, LeDroit rapportait qu'aux yeux du député LeSage, l'image de la ville de Hull avait été ternie dans le monde entier par «ce crotté» de Bill Clennett.

«Que ce gars-là ne se mette jamais dans mes jambes parce qu'il va décoller», avait renchéri le député, qui avait également qualifié l'activiste de «tata» et de «violent mental».

Alors que le référendum sur la souveraineté avait eu lieu trois mois et demi plus tôt, Robert LeSage avait également jeté le blâme sur le Parti québécois. «Il n'y aura pas d'autre référendum, car des événements comme [ceux-là] nous donnent encore raison, citait LeDroit. Les gens vont se rendre compte que ce ne sont pas les activistes qui doivent mener une province. Et il est grandement temps que le Parti québécois mette ces gens-là au pas.»

L'ancien archevêque de Gatineau-Hull, Mgr Roger Ébacher, avait lancé un appel au respect mutuel aux membres de la classe politique ayant employé des propos peu flatteurs pour décrier Bill Clennett.

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