Les microbrasseries d'Ottawa en pleine effervescence

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Avant 2010, rares étaient les braves brasseurs dans la région à défier les géants Molson et Labatt. Depuis, le marché a explosé.

Etienne Ranger, LeDroit

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Ça brasse à Ottawa. Alors que le paysage brassicole de la capitale était «tablette» il y a quelques années, l'effervescence du monde de la bière artisanale a attiré pas moins de 14 nouvelles microbrasseries du côté ontarien de la rivière des Outaouais en 2014 et 2015. Et le public répond à l'appel du houblon.

Avant 2010, rares étaient les braves brasseurs dans la région à défier les géants Molson et Labatt. Puis, jusqu'en 2013, une ou deux nouvelles microbrasseries par an ont éclos sur le territoire ottavien, avant que cette industrie n'explose dans les deux dernières années avec six, puis huit nouveaux établissements.

Mieux vaut tard que jamais, lance à la blague le maître-brasseur du Lowertown Brewery sur le marché By, Adam Pines. Car avant de débarquer à Ottawa, la mode des bières locales était déjà bien présente dans les chopes des Américains et des Canadiens à l'extérieur de l'Ontario, explique-t-il.

Et depuis quand les Nord-Américains ont-ils l'habitude de boire des bières «microbrassées»? Adam Pines ricane. «Ça doit bien faire 20 ans!»

Si le marché brassicole a pris du temps à mousser, c'est parce que la région fut longtemps bien pourvue en termes de variété, selon l'auteur et conférencier spécialisé en bières, Mario D'Eer.

«Comme on a les deux côtés de la frontière Québec-Ontario, on avait des bières importées des deux côtés, ce qui faisait que les consommateurs avaient déjà un choix extraordinaire avant qu'il n'y ait un besoin d'avoir ces microbrasseries-là, explique le biérologue. Et soudainement, du côté ontarien, on a eu cette explosion. Et ça nous a fait réaliser qu'on avait ce public-là.»

L'arrivée chez les épiciers 

Il n'y a pas que la mode.

Tout récemment, des lois datant de la Prohibition ont été modifiées pour permettre aux décoctions locales de déborder des étalages des LCBO et des Beer Store pour rejoindre ceux de 58 épiceries ontariennes, où un minimum de 20% de l'offre de bières doit obligatoirement être issue de microbrasseries.

Loblaws est même allé plus loin en choisissant de réserver aux petits joueurs 50% de l'espace sur ses tablettes. Une «petite gorgée» dont l'impact deviendra plus goûteux à long terme, alors que la province prévoit étendre la vente de bière à 450 épiceries d'ici trois ans.

La majorité des nouveaux venus choisissent d'embouteiller le fruit de leur travail et de le vendre en magasins, plutôt que de se lancer dans l'aventure de la restauration en ouvrant un pub. Nombre d'entre eux offrent tout de même un comptoir de dégustation, et dans certains cas, une visite guidée de leurs installations.

Ceux qui seraient tentés par une aventure gustative du côté de l'Ontario y trouveront une palette «plus timide», fidèle à un cadre plutôt britannique, explique Mario d'Eer.

Fortement influencées par les bières américaines, les saveurs y sont moins variées qu'au Québec, mais plus pointues dans des styles plus amers, nerveux, intenses. C'est notamment pourquoi tout bon brasseur, petit ou grand, a aujourd'hui son India Pale Ale (IPA), une liqueur fortement houblonnée qui fait partie des chouchous des «zythologues», terme pseudo-officiel pour désigner les amateurs de bière.

Gatineau pétille un peu moins

Les Brasseurs du Temps ont pignon sur rue... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 3.0

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Les Brasseurs du Temps ont pignon sur rue depuis 2009 à Gatineau.

Etienne Ranger, LeDroit

La micro-révolution ottavienne se dilue dans la rivière des Outaouais: seulement trois entreprises concoctent leur cervoise à Gatineau.

Longtemps, l'Outaouais et la Côte-Nord ont été les seules régions du Québec sans brasseurs locaux, jusqu'à l'arrivée des Brasseurs du Temps en 2009. Depuis, le Gainsbourg et les Brasseurs de l'Outaouais se sont ajoutés au paysage brassicole gatinois. Mais l'Outaouais accuse toujours un retard par rapport aux autres régions; la Montérégie est abreuvée par huit microbrasseries; l'Estrie par 11; et Montréal, par 16.

Ottawa en compte 20. Un déséquilibre qui intrigue le spécialiste Mario D'Eer, car «dès le départ, les Québécois étaient beaucoup plus ouverts par rapport aux bières que les Ontariens. Et c'est encore comme ça aujourd'hui.» 

Des règlements stricts 

Le grand défi n'est pas le public, déjà conquis. Les entrepreneurs gatinois se heurtent plutôt à des cadres réglementaires plus stricts que ceux de leurs voisins.

En 1992, un moratoire bloquant l'arrivée de nouveaux bars dans le Vieux-Hull a été imposé pour mettre fin au grabuge nocturne.

Résultat: encore aujourd'hui, les entrepreneurs doivent hériter du permis laissé par les locataires précédents pour éviter le sort qu'a connu le commerce Échec et Malt, contraint de fermer les portes de son local de la promenade du Portage, l'été dernier, en raison des règlements de zonage.

Malgré le moratoire, d'irréductibles brasseurs résistent aux défis des cadres administratifs.

La Brasserie du Bas-Canada, nouvelle sur le marché, est présentement à la recherche d'un local pour établir une petite usine et un éventuel salon de dégustation. Et pas n'importe où: dans le secteur Gatineau, pour la facilité relative de l'obtention des permis et les loyers moins dispendieux. 

«On est l'une des régions au Québec avec le moins de microbrasseries par habitant, affirme le cofondateur Marc-André Cordeiro Lima. On est sous-exploités. Disons qu'il y a beaucoup plus de demande que d'offre.»

Pour l'instant, l'entreprise est en attente «interminable» d'équipement.

D'ici là, ses produits seront fabriqués dans un autre établissement à l'extérieur de la région, et si tout se passe comme prévu, leurs premières bières seront au menu de quelques pubs gatinois cet été.

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