Après Odile, Brut redonne espoir

Le chef Daniel Mongeon et sa partenaire d'affaires... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le chef Daniel Mongeon et sa partenaire d'affaires Linh Ngo.

Patrick Woodbury, LeDroit

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D'abord Odile, puis Brut Cantina Sociale maintenant. Il y a peut-être de l'espoir pour les restaurants à Gatineau!

Depuis la fermeture du Café Henry-Burger, en 2006, les gens qui apprécient les bons repas ont vu leurs options rapetisser à vue d'oeil. Après, plusieurs autres ont suivi: le Bistro 1908 et son successeur, Par-fyum, le Sans-Pareil, Bacci, Safran Bistro, le Panaché,etc. Quelques-uns ont échappé à l'hécatombe, comme Chez Fatima, ou le Tartuffe. Les ouvertures étaient rares: le Bistro Saint-Jacques, Gy,etc. Trop peu, et trop peu ambitieux, pour combler le gigantesque vide qui s'était créé.

Puis, alors que rien ne le prédispose, une lueur réapparaît avec Odile (Cote Jury 16,5/20, septembre 2012), boulevard Montclair. Mais on pouvait craindre que ce n'était encore qu'un phénomène isolé.

Puis, de manière inattendue, un autre établissement prometteur vient d'ouvrir ses portes: Brut Cantina Sociale. Le concept est celui d'un jeune sommelier, Mathieu Guillemette, qui a roulé sa bosse dans plusieurs restos de Montréal, comme Le Hachoir, Matière Brut, Le Local,etc. Il compte sur Danny Mongeon comme chef exécutif, qui a travaillé chez Sweetgrass Aboriginal Bistro et plus récemment, chez Atelier avec le chef Marc Lépine.

Ensemble, ils font des flammèches. Tout est fait sur place: de la mayonnaise (d'accord, c'est facile) au boudin et aux légumes marinés... jusqu'au jerky de boeuf (plus ardu) et à la glace maison faite à la minute sous vos yeux à partir d'azote liquide (pas compliqué mais rare spectacle)!

Oh, tout n'est pas exactement mis au point. Le midi, sur la promenade du Portage, la clientèle de fonctionnaires d'en face n'a que faire des aventures gastronomiques; elle cherche à manger vite fait, bien fait... et pas cher. Le menu est donc encore en évolution. Le soir, le chef Mongeon s'éclate et s'amuse. Bon, sans doute on lui reprochera un peu trop ces nombreux tartares, offerts en version saumon, thon, boeuf ou cheval. Pour quiconque adore la viande crue, c'est le paradis. Mais d'autres chercheront autre chose. Comment cette équipe livrerait une assiette végétarienne, par exemple?

Ce tandem propose une originalité comme on en voit dans certains restos avant-gardistes d'Ottawa et de Montréal. Mais à Gatineau? Cela fait quelques années que les restaurateurs s'étaient retranchés vers le traditionnel, question d'assurer leur survie. Brut plonge dont plutôt dans des assiettes «funky», tout en jouant avec des aliments assez classiques comme le steak-frites (de l'onglet mariné), la salade niçoise (thon et fèves vertes), le hambourgeois (sur pain brioché), les gnudis (version fromagée des gnocchis originaire de Florence) et la poutine (au canard confit).

La niçoise (15$) est merveilleuse aux yeux et en bouche, le thon parfaitement rosé à coeur. Celle aux betteraves (9$), tout autant. La soupe, plutôt une crème de courge ce jour-là (6$), est bien réalisée et versée à la table, sur un émietté de canard. Cool!

Ajustements

Mais il est évidemment plus difficile de réinventer la présentation de la poutine, du steak ou des pâtes. Le canard se dissimule trop discrètement sous les frites et le fromage de la poutine (15$), tandis que la sauce tomatée ne sied pas trop bien aux gnudis (23$). Mais les goûts sont justes, les aliments choisis avec soin; il ne manque que de petits ajustements que l'on mettra sur le dos de la nouveauté - Brut n'est ouvert que depuis six semaines.

Plusieurs ne se rendront d'ailleurs pas à ces plats principaux. Ils s'amuseront avec les petites entrées entre 3 et 5$, rarement plus, et qui arrivent sur une planche de boucher. Les chips (3$) sont des légumes passés à la fine mandoline, puis frits délicatement. Vous voudrez apporter le jerky de boeuf (4$) pour vos sorties en camping sauvage. Et tous ne disent que du bien du sandwich à la langue de boeuf (4$), une viande longtemps oubliée que l'on redécouvre maintenant à Gatineau, après Montréal.

Le tartare de thon se découvre dans une boîte de conserve (!), amusant coup d'oeil à tous ces poissons qui nous arrivent enfermés ainsi. La chair est fraîche, découpée à la main, délicieuse, légèrement relevée. Celle de cheval, par contre, gagnerait à une touche un peu plus épicée. Et au lieu d'un (trop gros) oeuf de poule que l'on a déposé sur la chair rouge - encore cette imagination! -, un oeuf de caille suffirait.

Azote liquide

Au moment du dessert, le chef est sorti pour préparer sa glace à partir d'une riche crème baignée dans l'azote liquide. Après, il s'amuse à faire geler instantanément des gouttes de chocolat qu'il dépose un peu partout sur le plat de sucreries. Belle générosité! Une mousse de fraise (8$) est riche à souhait, agrémentée de «terre» au chocolat, sans doute empruntée au profil de cuisine moléculaire de Marc Lépine. Cette jolie combinaison fait un peu oublier une croustade aux pommes (8$), riche mais que l'on voit partout ces années-ci.

Brut redonne vie à une offre gourmande malmenée sur la promenade du Portage, où la voisine, la Marocaine Fatima tenait courageusement le fort. Brut a pris la relève de Molto, tristement disparu dans un anonymat regrettable. On y mangeait pas si mal.

Il faut espérer que la jeunesse de la nouvelle équipe de Brut ne sera pas trop durement mise à l'épreuve par les clientèles bien différentes le midi et du soir. N'attendez pas la prochaine saison pour explorer Brut, pour les encourager et appuyer cette initiative de relance de la scène culinaire à Gatineau. (Et n'oubliez pas Odile non plus.)

Enfin, deux mots sur le service et les vins. L'équipe est jeune mais ce n'est pas une bande de débutants pour autant. Les petites erreurs (service de l'eau, du pain, les ustensiles) sont moins criantes que dans des restos branchés où le service est trop souvent laissé à des mains vertes. Au moins c'est en français.

Quant au choix des vins, on aura deviné que Mathieu Guillemette y porte une attention particulière. Ils sont d'importation privée, vendus à prix raisonnables.

Pour deux personnes, prévoyez entre 65$ et 75$, plus consommations, taxes et service.

Brut Cantina Sociale,

131, promenade du Portage, Gatineau, Qc

819-205-6300

brutresto.com

Cote Jury 16/20

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