Qu'attendez-vous pour l'aventure Atelier?

Atelier, 540, rue Rochester,Ottawa, ON.613-321-3537www.atelierrestaurant.ca... (Étienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

Atelier, 540, rue Rochester,Ottawa, ON.613-321-3537www.atelierrestaurant.ca

Étienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'ouverture d'Atelier, plusieurs ne donnaient pas cher de la peau du chef-propriétaire Marc Lépine. Le pronostic était à peu près unanime : Ottawa, conservatrice et peu aventurière, ne pourrait pas faire vivre un restaurant de cuisine moléculaire. Deux ans plus tard, Atelier est toujours là. Bravo à vous qui l'avez supporté avec tant d'enthousiasme ! Car Atelier a non seulement obtenu un succès d'estime, mais un succès sur toute la ligne. Le chef Lépine s'est hissé d'un seul coup au panthéon des meilleurs cuisiniers de la région.

Il a eu de la chance, mais il a bâti sa chance. Être classé parmi les cinq meilleurs nouveaux restaurants au Canada par le prestigieux classement du magazine enRoute, en 2009, n'est pas arrivé par hasard. Il a fallu de l'audace et risquer le tout pour le tout.

Au début, le conseil aurait été de vite allez goûter Atelier avant que l'expérience ne se termine mal. Deux ans plus tard, la seule chose à dire est : quoi ? vous ne l'avez pas encore essayé ? qu'attendez-vous ?

C'est le prix qui vous rebute ? À moins de 90 $ par personne, Atelier demeure une aubaine compte tenu de tout le travail et de tout le doigté nécessaire. À Paris, Chicago ou Barcelone, vous payeriez deux, trois fois plus !

Noter l'adresse

Première mise en garde : notez bien l'adresse de la maison parce qu'Atelier n'a aucune affiche à la porte, aucun signe distinctif. Un restaurant clandestin ou un bar after hours  n'aurait pas fait autrement. Il faut savoir où l'on va. À l'intérieur, tout est blanc.

Deuxième mise en garde : il n'y a pas de menu chez Atelier. On se laisse plutôt bercer au gré des expérimentations du chef, qui varient un peu à tous les jours. En fait, il y a bel et bien un menu mais il vous sera remis à la fin du repas, comme un rappel de votre expérience gastronomique. Ce n'est pas un menu typique, avec de longues descriptions ornées, presque poétiques, évoquant l'air pur des champs d'un fermier, ou un éleveur de viandes soignées. Les plats ont plutôt des appellations qui évoqueront des souvenirs gustatifs, un vécu éphémère, ou même un fin jeu de mots. Tous en anglais (comme le site Internet), doit-on faire remarquer, même si le service a été livré dans un joli français, et que le chef Lépine est Franco-ontarien. Le fait qu'il vienne de Kincardine (à 250 km au nord-ouest de Toronto, sur les rives du lac Huron) et qu'il ait suivi sa formation en anglais le pardonne-t-il aux yeux des convives ?

Élaboré

À vrai dire, lire le menu avant le repas ne vous éclairerait pas beaucoup. Même en français. Qu'anticiper d'un plat baptisé simplement «Bison», «Champignons bipolaires» ou «Tapis rouge» ? Par chance, chaque plat, au moment d'être servi, vous est décrit avec force détails. Mais chaque assiette est si élaborée, chaque gouttelette perfectionnée avec soin, qu'on en finit par perdre le nord et ne plus savoir trop bien ce que l'on mange. Ceci n'est pas un reproche ; le dîneur voudrait tout assimiler, tout retenir afin de mieux apprécier toute la complexité de ces plats, et il faudrait un long paragraphe pour décrire chacun, au lieu d'un, deux ou trois mots.

Car il y a une telle complexité dans ces plats ! Tout se révèle en bouche. Toute la subtilité, toute la recherche, tous les mariages perfectionnés de saveurs qui étonnent, émerveillent, bousculent même parfois.

Est-ce assez clair qu'Atelier s'est maintenant hissé au palmarès des deux ou trois meilleurs restaurants de la région ? (Les autres seraient Le Baccara, au Casino du Lac-Leamy (Cote Jury 19/20, avril 2006) et Beckta Dining & Wine (Cote Jury 18/20, juin 2007). Un des meilleurs par sa qualité, par son audace. Il est bien certain, cependant, que cela ne plaira pas à tous. Qu'il y a des clients plus traditionnels qui n'ont aucun intérêt pour ce type d'expérience gastronomique. Soit. L'idée n'est pas de prétendre qu'Atelier incarne l'avenir de la cuisine : la bouffe en pilules si bien déboulonnées dans le film de Louis de Funès  L'aile ou la cuisse , bien peu pour nous. Ce n'est pas le concept derrière Atelier où l'on sert, puisqu'il faut la décrire, une cuisine d'inspiration moléculaire qui a été perfectionnée en Espagne par le chef Ferran Adria, du restaurant El Bulli.

Une aventure

Tout n'a pas été bouleversé chez Atelier ; les viandes n'ont pas été servies sous forme liquide, et la soupe ne s'y mange pas à la fourchette. Il y a de bonnes chances que vous reconnaissiez une purée de lentilles, un bout de tentacule de pieuvre, un tartare de boeuf à la coréenne, une lamelle de truffe ou un pirogi très ukrainien. Mais ils seront agrémentés d'une purée de betterave gélifiée, d'une fine écume, d'une sphérification à l'orange, d'un aliment déshydraté, autant de mystères culinaires qu'on devra aborder avec curiosité et ouverture. Atelier, c'est une aventure gastronomique.

Certes, parfois, partir à l'aventure implique que l'on s'égare un peu de sa route. Un plat, le « vignoble glacé » (« Frosty Vineyard ») sera le plus renversant, le plus étonnant de la soirée. Le plus ordinaire aussi. Il faut le prendre avec magnanimité. Une fois sur 12, car ce sont 12 plats qui sont au menu (les mêmes pour tout le monde, à moins d'allergie), on permettra ce petit écart que le plat suivant fera vite oublier.

D'ailleurs, les habitués auront noté que les expériences des premiers mois ont servi d'enseignement. Au début, il y avait plus d'erreurs, de saveurs ordinaires, de viandes moins appétissantes. Après deux années d'expérience, le chef Lépine a presque tout corrigé.

Impérativement, enfin, il faut vivre l'expérience culinaire en l'accompagnant de la palette de vins et autres boissons. Même disponible en demi-portion (30 $). Cela vaut grandement la peine.

Pour deux personnes, prévoyez 175 $, plus consommations, taxes et service.

Résultats

CUISINE : 9,5/10

SERVICE : 5,5/6

DÉCOR : 4/4

Cote Jury 19/20

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer