Des baleines et du compost

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Personne ne peut s'en douter, mais pas trop loin derrière le Campus du patrimoine naturel du Musée canadien de la nature, dans le secteur Aylmer, un banal bac de bois sert à composter... de la chair de baleine.

Un petit chemin dans la forêt derrière l'édifice du chemin Pink mène au site où la technicienne en collections de vertébrés Marie-Hélène Hubert a installé l'équipement visant à améliorer le traitement des os de baleines. L'équipe du Musée canadien de la nature a entre ses mains une trentaine de gros barils de la collection de la Station de biologie de l'Arctique de Sainte-Anne-de-Bellevue, fermée il y a une vingtaine d'années. Certains contiennent des os de baleines de l'Atlantique datant des années 1960, encore enrobés de chair, conservés dans l'éthanol ou le formol.

Après avoir utilisé l'an dernier un procédé au cours duquel les os étaient bouillis pendant quatre mois pour en déloger la chair, Mme Hubert a voulu tester une autre approche : le compostage. Car si l'eau permet d'enlever la chair des os, elle ne permet pas d'en retirer l'huile. Et sans traitement régulier, l'huile peut nuire à la conservation des os.

Pour la toute première fois, le Musée canadien de la nature a donc installé, pour environ 250 $, un bac sur son terrain du secteur Aylmer afin d'y composter les os de baleines. Lors du passage du Droit, ce sont des morceaux de crâne qui y étaient enfouis.

La technique n'est pas nouvelle, note Mme Hubert. « Ça a déjà été fait, mais d'habitude, c'est avec des trucs plus frais. C'est la première fois qu'on l'essaye avec des trucs vieux de 40 ou 60 ans. Le Royal Ontario Museum le fait, et dans l'État de New York, ils le font avec des chevreuils qui se font frapper. Ce n'est pas une nouvelle pratique. »

Les os sont enfouis pour un cycle de 18 jours, dans le but de faire monter la température. Les résultats, pour l'instant, sont concluants. La peau qui recouvre les os devient sèche et se retire facilement, et le compostage aide grandement à enlever l'huile, se réjouit Marie-Hélène Hubert.

Le squelette de baleine exposé depuis 10 ans au musée, dans le centre-ville d'Ottawa, contient encore de l'huile qui s'échappe et qui nécessite un traitement annuel. « Si on réussit à montrer que l'huile sort complètement de l'os avec le compostage, ça va nous sauver beaucoup de problèmes, surtout pour nos collections scientifiques, parce que comme ça, on sait qu'il n'y aura pas de moisissures ou bactéries qui vont se développer et les os vont être secs pour l'entreposage à long terme. »

Une fois sortis de la terre, les os sont séchés et congelés afin d'éviter toute infestation de peste. Les chercheurs pourront ensuite y avoir accès pour étudier divers aspects, qu'il s'agisse de la croissance ou de la composition des os, ce qui pourrait entre entres permettre de comparer le degré de pollution dans l'eau des années 1960 à celui d'aujourd'hui. 

Le procédé pourrait aussi être utilisé par l'équipe de paléobiologie du Musée canadien de la nature, pour y composter, par exemple, des carcasses de tortues.

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