Une année meurtrière à Ottawa

Au moins six des homicides survenus sur le... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Au moins six des homicides survenus sur le territoire du Service de police d'Ottawa cette année étaient reliés aux gangs de rue, et ce chiffre pourrait même grimper à neuf selon la conclusion des enquêtes.

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Ottawa pourrait supplanter Montréal au chapitre du nombre d'homicides en 2016. Malgré une population deux fois moins importante, la capitale fédérale affiche un bilan semblable à celui de la métropole québécoise.

Vendredi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) comptait 18 homicides sur son territoire, depuis le début de l'année. Au même moment, le Service de police d'Ottawa (SPO) en dénombrait 16.

La Ville de Montréal compte quelque deux millions d'habitants, et la Ville d'Ottawa, 870 250, selon son site Internet.

Il s'agit d'une année particulièrement « bonne » pour Montréal. Depuis les 35 homicides de 2011, le SPVM a vu le nombre de dossiers passer à 28 pour les années 2013 et 2014, et à 29 en 2015.

« Si la tendance se maintient, Montréal verra son taux d'homicide diminuer considérablement », analyse le professeur en criminologie de l'Université d'Ottawa, Ronald-Frans Melchers.

À l'autre bout de l'autoroute 417, Ottawa vit une année relativement mouvementée et violente. Pas moins de 16 homicides sont survenus sur son territoire en 2016. Pour chacune des années 2014 et 2015, la capitale a été le théâtre de sept homicides. M. Melchers prévoit d'ailleurs une hausse du taux d'homicides à Ottawa, dans les prochaines publications de Statistique Canada.

Le SPO a indiqué au Droit qu'au moins six de ces homicides étaient reliés aux gangs de rue, et que ce nombre pourrait passer à neuf. Certaines enquêtes de l'Unité des crimes majeurs en cours pourraient confirmer que d'autres homicides sont bel et bien reliés aux gangs de rue.

Un seul homicide est considéré comme étant un cas de violence conjugale. Les autres dossiers d'homicides sont des règlements de compte, qui ne sont pas nécessairement rattachés aux gangs ou au crime organisé, ou encore des affaires dont le motif demeure nébuleux.

Maturité

La juge à la retraite Nicole Gibeault estime que les gangs sont plus forts aujourd'hui qu'au début des années 2000, à Ottawa. Comme juge à la Cour du Québec à Gatineau, Mme Gibeault était aux premières loges pour constater que le crime ne s'arrêtait pas à la rivière des Outaouais.

« Une maturité a été atteinte dans le crime de ce niveau-là, dit-elle à propos des agressions reliées aux gangs de rue. La capitale est réputée calme et paisible, mais cette année, en plein jour, quelqu'un a été tué dans la rue. »

L'année tranquille de Montréal « est peut-être liée à un groupe qui s'est calmé à l'interne », avance Mme Gibault.

Deux sources policières ayant travaillé du côté d'Ottawa et de Gatineau, ces dernières années, observent que « des messages sont envoyés » sur les territoires de prédilection des clans oeuvrant dans le monde interlope d'Ottawa. L'année 2016 offrirait une de démonstration de force et d'occupation du territoire, dans la capitale.

Aux meurtres survenus à Ottawa, il faut ajouter une soixantaine de fusillades et d'incidents impliquant des coups de feu n'ayant pas fait de mort, depuis le 1er janvier dernier.

Prudence avec les comparaisons

Un professeur en criminologie de l'Université d'Ottawa privilégie la prudence avec les statistiques qui tendent à démontrer qu'Ottawa connaît plus d'homicides per capita que Montréal.

« Mais je demeure quand même impressionné par la chute vertigineuse des homicides à Montréal », dit Ronald-Frans Melchers de l'Université d'Ottawa.

Selon lui, il vaut mieux être prudent avec les données brutes concernant les homicides rapportés à Ottawa et Montréal, en 2016. Bien que les deux villes aient une certaine parité en 2016, le criminologue préfère comparer les statistiques sur les Régions métropolitaines de recensement (RMR) et se fier aux taux d'homicides calculés par Statistique Canada.

La RMR d'Ottawa-Gatineau a une population de 1 282 500, et celle du grand Montréal, 4 millions.

À Montréal, ces dix dernières années, on compte une moyenne de 51 homicides par année.

Entre 2004 et 2013, Ottawa possède une moyenne de 11 homicides par année. Les 16 homicides survenus en 2016 sont nettement au-dessus de la moyenne. « C'est quand même assez étonnant, lorsqu'on compare l'importance de la population et les incidents », dit M. Melchers.

Dans les années 1990, Montréal battait des records d'homicides, alors que la guerre des motards battait son plein.

Les statistiques de 2016 risquent d'être différentes pour Ottawa et Montréal. En 2014, le taux d'homicides pour Montréal est de 0,97 pour 100 000 habitants, et de 0,71 pour 100 000 habitants, à Ottawa.

Au Canada

La championne toute catégorie au Canada est Winnipeg, avec un taux moyen de 3,9 pour les années 2004 à 2013. Dans la même période, Régina présente un taux de 3,6, et Edmonton, 3,18.

« Dans les Prairies, dit le spécialiste, ce sont des homicides liés à la criminalité d'une partie de la population très marginalisée, très démunie. »

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