Crise de confiance entre les policiers et la communauté somalienne

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Dix jours après la mort d'Abdirahman Abdi lors d'une intervention policière, la coalition «Justice pour Abdirahman» a soumis une liste de recommandations aux autorités jeudi.

Etienne Ranger, LeDroit

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Charles-Antoine Gagnon

Collaboration spéciale

Le Droit

Une coalition de citoyens et d'organismes somaliens d'Ottawa demande la création de normes uniformes pour tous les corps policiers du pays lorsqu'il est question d'intervenir auprès des personnes ayant des problèmes de santé mentale.

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Le défunt, Abdirahman Abdi

Courtoisie de la famille

Il s'agit là d'une des 10 recommandations soumises jeudi à la Ville d'Ottawa, à la police d'Ottawa, aux gouvernements provincial et fédéral, ainsi qu'à la Commission des services policiers d'Ottawa par la coalition «Justice pour Abdirahman».

Abdirahman Abdi est ce Canadien d'origine somalienne mort à la suite d'une confrontation avec des policiers dans le quartier Hintonburg, le 24 juillet dernier. Des témoins de la scène ont qualifié l'intervention policière de «violente». L'homme de 37 ans, qui souffrait de troubles mentaux, est décédé le lendemain. Les policiers avaient été appelés à intervenir à la suite d'une plainte pour attouchement inapproprié dans un café du secteur.

La coalition affirme qu'il existe «une crise» au sein de la police d'Ottawa concernant les interactions des agents avec les membres de minorités visibles et les personnes atteintes de problèmes de santé mentale.

«Pourquoi lorsqu'une personne racialisée qui vit une crise liée à des troubles mentaux et que la police est appelée, la réponse des policiers est de tuer? La réponse est simple: dans le cas de M. Abdi et d'autres, le facteur réel était la race. La race est ce qui a fait la différence», a lancé en conférence de presse Margaret Parsons, directrice générale de la Clinique juridique africaine canadienne.

Les autorités ouvertes au dialogue

Dans une déclaration par courriel, le Service de police d'Ottawa dit être ouvert aux commentaires faits durant la conférence de presse et qu'il examinera attentivement les informations.

Il précise toutefois que la mort de M. Abdi fait toujours l'objet d'une enquête de l'Unité des enquêtes spéciales (UES) de l'Ontario, et qu'il ne peut émettre de commentaire.

«Nous savons que plusieurs de nos précieuses relations au sein de la communauté sont mises à l'épreuve, et nous devrons poursuivre nos efforts de rapprochement pour renforcer la confiance, a indiqué le SPO. L'une des mesures immédiates que nous avons prises fut celle de renforcer notre équipe de mobilisation communautaire. Cette équipe misera sur le rapprochement et sur un dialogue constructif avec, notamment, la collectivité somalienne d'Ottawa.»

«Aucune confiance» en l'enquête de l'UES

La coalition recommande la création d'un groupe de travail pour examiner ce qu'elle qualifie de crise. Elle demande aussi que des modifications à la loi soient apportées afin de s'assurer que le rapport de l'UES soit rendu public, et que le processus d'enquête de l'organisation soit révisé afin de le rendre ouvert et transparent.

«Nous n'avons aucunement confiance en l'enquête de l'UES», a tranché Kamal Hakim, porte-parole de la coalition. 

«Leur taux d'exonération est très élevé», a-t-il ajouté, déplorant que d'anciens policiers sont employés par l'organisation.

La coalition demande aussi que les policiers de l'ensemble du pays portent des caméras corporelles, une recommandation à laquelle le maire d'Ottawa, Jim Watson, montre une certaine ouverture - du moins pour sa ville. Il a rappelé le projet-pilote qui a lieu à Toronto.

«Nous devons patienter et attendre les résultats du projet-pilote afin que nous puissions régir de manière appropriée cet outil important pour nos policiers et nos citoyens», a indiqué le maire Watson dans une déclaration par courriel.

Parmi les autres recommandations, la coalition exige que soient mises de l'avant l'ensemble des recommandations du rapport Une question de vie ou de mort de l'ombudsman de l'Ontario sur la désescalade des situations conflictuelles.

L'enquête de l'UES, une «tactique dilatoire»

La coalition «Justice pour Abdirahman» accuse les autorités politiques et policières d'utiliser l'Unité des enquêtes spéciales (UES) comme refuge pour ne pas prendre des mesures immédiates pour éviter d'autres tragédies semblables.

«C'est une tactique dilatoire afin de détourner l'attention pour ne pas aborder les enjeux immédiatement», a pesté Margaret Parsons, directrice générale de la Clinique juridique africaine canadienne.

«Depuis Albert Johnson (Jamaïcain de 35 ans souffrant de troubles mentaux qui a été tué par deux policiers à Toronto en 1979), des enquêtes et des études ont été réalisées. Des recommandations ont été faites aussi récemment que cette année dans le rapport Une question de vie ou de mort de l'ombudsman de l'Ontario. Ce sont des recommandations qui peuvent être mises de l'avant maintenant», a continué Mme Parsons. «Ils n'ont pas à attendre le rapport de l'UES. Il y a un problème sérieux en lien avec la police et ses interactions avec les Canado-Africains, et en particulier ceux qui souffrent de troubles mentaux»

Le maire d'Ottawa, Jim Watson, doit rencontrer prochainement des membres de la communauté somalienne et des organisations d'aide aux immigrants de la ville pour discuter du dossier.

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