Meurtre de Thérèse Gauvreau: le 911 pointé du doigt

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Le chef du SPVG, Mario Harel, a indiqué que si la gravité de l'appel avait été correctement évaluée, une autopatrouille aurait pu être immédiatement libérée mercredi dernier, lorsque Thérèse Gauvreau a été assassinée.

Etienne Ranger, Le Droit

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Le centre d'appels d'urgence 9-1-1 du Service de police de la Ville Gatineau (SPVG) est pointé du doigt pour le délai d'intervention des policiers alors que Thérèse Gauvreau, 83 ans, était battue à mort, à son domicile du boulevard Cité-des-Jeunes, mercredi dernier.

Le chef de police de Gatineau, Mario Harel, impute la faute à un répartiteur du 9-1-1 qui « n'a pas correctement évalué l'urgence de l'appel » effectué par un voisin qui se plaignait qu'un homme agité tentait de s'introduire dans sa résidence, quelques minutes avant le meurtre.

« Si l'urgence avait été évaluée correctement, le préposé aurait fait libérer un véhicule de police afin que l'appel soit traité sans délai, a-t-il précisé mardi, six jours après les événements. Les faits recueillis sont clairs et les directives de travail sont bien établies dans de telles circonstances et elles n'ont pas été suivies par le préposé ayant reçu l'appel. »

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Thérèse Gauvreau, 83 ans, a été battue à mort, à son domicile du boulevard Cité-des-Jeunes, mercredi dernier.

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Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a qualifié l'erreur survenue au centre d'appel 9-1-1 de « manquement grave et inacceptable », et que ce sentiment était partagé autant par lui, que le conseil municipal et le chef de police. « Des corrections et des mesures ont été prises immédiatement et d'autres suivront », a-t-il ajouté.

Employé sanctionné

Le chef Harel qui en était à sa première sortie publique dans ce dossier a indiqué, mardi, que l'enquête interne préliminaire effectuée par la direction du SPVG a mené à l'imposition de mesures administratives envers l'employé en question. Selon nos informations, cet employé aurait été suspendu, mais cette information n'a pas été confirmée par une source officielle. 

« Il est vrai qu'au moment de l'appel 9-1-1, aucun véhicule de patrouille n'était disponible pour répondre à l'appel, a poursuivi le directeur du SPVG. Toutefois, la procédure prévoit qu'un véhicule doit être libéré pour se rendre immédiatement sur les lieux lors d'une situation de niveau de priorité 1 et 2 », ce qui était lors des tristes événements de mercredi dernier. 

Peu de détails sur ce qui n'a pas fonctionné au centre d'appels d'urgence ont été divulgués par le chef de police. Il faudra vraisemblablement attendre plusieurs mois pour voir plus clair dans cette affaire. Le SPVG, à la demande du conseil municipal, effectuera « une analyse approfondie de la gestion des appels urgents ». Un rapport sera produit et déposé à la commission de la sécurité publique en mai prochain. 

« Il y a une analyse à faire sur la formation et le recrutement des préposés, ainsi qu'un suivi à faire sur la qualité de leurs interventions, a affirmé M. Harel. Il y aura des démarches pour voir quelles sont les meilleures pratiques à l'externe et nous proposerons des mesures pour combler l'écart avec nos pratiques. Le SPVG est critique de ses interventions policières et veut maintenir un haut niveau de qualité de son service ».

Le maire a ajouté que cette analyse est importante pour évacuer tout doute quant à l'efficacité de l'ensemble des processus du SPVG en cas d'appels d'urgence.

Louise Boudrias recule

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Les conseillers Louise Boudrias et Jocelyn Blondin

Etienne Ranger, Le Droit

Alors qu'elle réclamait haut et fort une enquête externe pour restaurer la confiance de la population, dimanche, la conseillère Louise Boudrias est rapidement rentrée dans les rangs en abandonnant sa demande, mardi, à la suite des explications fournies par le directeur du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) concernant le délai d'intervention au moment du meurtre de Thérèse Gauvreau, il y a une semaine. 

Mme Boudrias a d'abord expliqué son volte-face par le manque flagrant d'appui de ses collègues autour de la table du conseil et ensuite parce que les explications du chef Mario Harel ne faisaient pas de doute sur ce qui n'avait pas fonctionné.

« Le constat est clair, a ajouté le maire Maxime Pedneaud-Jobin, une intervention externe n'est pas justifiée. Nous avons une culture policière qui est saine à Gatineau. Le travail même du chef de police c'est de s'assurer qu'on a un service qui est intègre, qui se remet en question et qui n'accepte pas de manquement à l'éthique ou à l'efficacité pouvant mettre en danger nos citoyens. »

Même s'il elle n'avait toujours pas eu de communication avec la direction du SPVG et qu'elle n'avait aucun détail en main sur les circonstances menant au drame, Mme Boudrias ne croit pas avoir agi trop rapidement en exigeant une enquête externe, dimanche dernier. « J'avais des citoyens inquiets et le conseil n'avait aucune information, a-t-elle dit. On ne savait pas où se situait l'erreur. J'avais de la difficulté à comprendre comment un service de police puisse faire l'évaluation de ses propres services. Je sentais qu'une enquête externe allait donner de la crédibilité à l'évaluation qui devait se faire. »

M. Pedneaud-Jobin a pour sa part indiqué qu'à « aucun moment » il n'a été inquiété sur la capacité du SPVG à porter un regard critique sur leurs propres actions. « Dans une situation comme celle-là, il faut résister à la tentation de faire des déclarations et de tirer des conclusions avant d'avoir pris connaissance des faits, a lancé le maire à l'intention de sa collègue. Avant de demander une intervention externe il faut d'abord poser des questions au service de police. C'est ce qui a été fait aujourd'hui (mardi) et plus personne ne demande une enquête externe. »

Tant Mme Boudrias que son collègue et président de la commission de la sécurité publique, Jocelyn Blondin, qui l'appuyait publiquement dans sa démarche, refusent d'admettre que leurs interventions ont pu miner la crédibilité du SPVG dans la perception de la population. 

Lundi, M. Blondin affirmait au Droit « je vais appuyer Mme Boudrias là-dedans parce que ma crainte, c'est que le gens pensent que les policiers se couvrent entre eux, je ne veux pas que les gens aient une mauvais impression de notre service de police ». Mardi, M. Blondin affirmait qu'il n'a « jamais douté du service de police, mais il fallait faire en sorte de rassurer les gens qui n'étaient pas confiants avec une enquête interne ». 

Le chef de police, Mario Harel, a rappelé qu'il s'était présenté au conseil avec tous les détails et en reconnaissant que ce qui s'était passé était inacceptable. « Je ne vois pas avec des énoncés comme ça comment le service de police pourrait se couvrir, a-t-il dit. Au contraire, on ne cache rien dans ce dossier-là. »

Le maire Pedneaud-Jobin estime que « M. Blondin a eu une approche plus nuancée que Mme Boudrias ». Ce dernier se réjouissait, mardi, qu'un consensus a émergé à la table du conseil pour forcer Mme Boudrias a ne plus exiger d'enquête externe.

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