La dyslexie au coeur d'un procès

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Avocats et experts tentent de déterminer si la dyslexie fait partie, ou non, des troubles mentaux, au palais de justice de Gatineau.

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La dyslexie fait-elle, ou non, partie des troubles mentaux ? Telle est la toile de fond d'un procès pour exercice illégal de la psychologie qui se déroule au palais de justice de Gatineau.

Avocats et experts ont livré leurs opinions, mardi et mercredi, devant la juge Christine Lafrance de la Cour du Québec, qui devra déterminer si la fondatrice du Centre canadien de dyslexie, Louise Ward, est coupable d'avoir exercé illégalement la psychologie.

Deux chefs d'infractions pèsent contre Mme Ward, soit d'« avoir exercé l'évaluation des troubles mentaux » et d'« avoir agi de manière à laisser croire qu'elle était autorisée à exercer l'évaluation des troubles mentaux », en avril 2015, à Gatineau. Une amende de 5000 $ est réclamée pour chacun des chefs.

Mandatée par l'Ordre des psychologues du Québec, une agente d'investigation s'est fait passer pour une cliente et s'est présentée au bureau gatinois de l'époque du Centre canadien de dyslexie, où elle a passé un examen tout en enregistrant Mme Ward, à l'insu de cette dernière. Mme Ward y mentionnait notamment qu'elle n'était pas psychologue, mais elle « a confirmé que j'étais dyslexique », a témoigné l'agente.

L'Ordre soutient qu'un diagnostic a été posé et qu'il s'agit d'un acte illégal, car depuis 2012, au Québec, le diagnostic des troubles mentaux est réservé à certains professionnels, dont les médecins et les psychologues. Le procureur de l'Ordre, Me Louis Gélinas, a dit en entrevue s'inquiéter « que les gens qui n'ont pas les qualifications suffisantes puissent faire des évaluations et poser des diagnostics psychologiques qui ont des conséquences parfois graves sur la vie des gens ».

La défense soutient que Mme Ward, dont le centre est ouvert depuis plus de 25 ans à Ottawa, n'a effectué que du dépistage, sans diagnostic.

Le neuropsychologue Benoît Hammarrenger, témoin expert de l'Ordre, affirme qu'il n'y a aucun doute que la dyslexie est un trouble mental, en citant le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), un ouvrage de référence reconnu de la communauté scientifique.

M. Hammarrenger estime qu'en affirmant à la fausse cliente « t'es définitivement dyslexique, ça c'est certain » et que c'est « quand même assez sévère », Louise Ward a bel et bien posé un diagnostic. « L'enjeu est grave », a-t-il dit.

La défense a fait entendre l'experte Linda Siegel, professeure retraitée de psychologie à l'Université de Colombie-Britannique. Cette dernière soutient que la dyslexie « n'est pas » un trouble mental, puisqu'elle n'a aucune composante émotionnelle, et estime que le DSM-5 ne définit « clairement pas » la dyslexie comme un trouble mental.

D'après Mme Siegel, les démarches auprès de la fausse cliente n'ont servi qu'à du dépistage, un acte qui n'est pas réservé en vertu de la loi.

Mme Ward, qui se décrit comme étant une autodidacte en dyslexie après avoir fait de nombreuses recherches sur le sujet pour aider son fils dyslexique, témoignera pour sa défense le 16 mai prochain. « Notre position, c'est que la dyslexie n'est pas un trouble mental, et également que ce que Mme Ward faisait, c'était des tests de dépistage et qu'elle ne rendait pas de diagnostics de dyslexie », a mentionné en entrevue son avocat, Me Pierre McMartin.

Le dossier pourrait faire jurisprudence. 

« C'est la première cause devant les tribunaux en matière d'évaluation des troubles mentaux » depuis le changement législatif de 2012, a souligné Me Gélinas. Mme Ward soutient pour sa part que même avant cette date, « je n'en faisais pas, de diagnostics ».




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