La psychose avant le cancer

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Selon un oncologue, en l'absence de traitement, le pronostic de survie de la patiente est d'environ six mois.

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Une femme souffre d'un grave cancer qui pourrait la tuer dans six mois, mais son esprit lui dit qu'elle n'est pas malade, et refuse tout traitement. Coincés entre le droit individuel, l'éthique et l'aide à une personne en danger, les psychiatres demandent au tribunal de leur permettre de traiter la patiente contre son gré. En attendant, les médecins espèrent qu'elle prenne une décision éclairée sur son avenir.

Ce sujet délicat a été abordé en Cour supérieure, qui a rendu une décision temporaire en février, à Gatineau.

La juge Marie-Josée Bédard a tranché en faveur des psychiatres, qui peuvent enfin traiter la femme, malgré son refus. Cette ordonnance doit permettre à la patiente de se prononcer clairement sur sa volonté de traiter ou non son cancer, ou du moins, de recevoir des soins palliatifs qui pourraient lui donner quelques années de plus à vivre.

« La situation est d'autant inquiétante, écrit la juge Bédard, que la condition psychiatrique de madame l'empêche de comprendre qu'elle est atteinte d'un cancer à un stade très avancé. Madame est en effet convaincue qu'elle n'est pas atteinte d'un cancer. »

Infestation parasitaire

La femme de 61 ans refuse tout traitement depuis son admission dans un hôpital de Gatineau, en janvier dernier.

Au début de l'année 2017, elle s'est présentée dans un hôpital de l'État de New York, disant souffrir d'une infestation parasitaire des intestins. « Le personnel médical de cet établissement a jugé que (la patiente) était agitée et délirante, résume la juge Bédard. Madame a alors été hospitalisée contre son gré pour ensuite être transférée par ambulance à Gatineau. »

Évaluation psychiatrique, ordonnance de garde en établissement, puis examens médicaux se sont succédé en Outaouais. Diagnostic : maladie affective bipolaire avec épisode de manie psychotique, en plus d'un cancer des intestins.

Depuis, la patiente dit ne plus être infectée par des parasites. Elle veut retourner chez elle.

« Selon l'oncologue, en l'absence de traitement, le pronostic de survie est d'environ six mois. Des traitements palliatifs de chimiothérapie pourraient allonger ce pronostic de survie à environ trois ans. »

Par ailleurs, « l'état psychotique de (la patiente) l'empêche de comprendre sa condition tant au niveau psychiatrique que physique. Son état altéré l'empêche donc d'apprécier la gravité de sa condition physique et de prendre une décision éclairée relativement aux traitements palliatifs qui pourraient allonger son pronostic de survie ».

Pour le  Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), une mesure de sauvegarde est nécessaire, à cause du cancer avancé de la femme, « et de son incapacité actuelle à prendre une décision quant à l'opportunité pour elle d'accepter ou de refuser des traitements palliatifs qui pourraient prolonger de façon significative son pronostic de survie ».

Les équipes médicales croient que la femme pourrait avoir « l'esprit plus clair » dans quelques semaines, et ainsi mieux comprendre la gravité de son cancer.

Mesure de sauvegarde

La Cour supérieure a ordonné une « mesure de sauvegarde », jusqu'à ce que la juge entende une éventuelle contre-expertise d'un autre psychiatre.

L'urgence, l'apparence de droit, le préjudice irréparable et la balance des inconvénients doivent être pris en compte par le tribunal, lorsque vient le temps de forcer l'administration de traitements contre le gré d'une personne malade.

L'ordonnance concerne des traitements pour la condition psychiatrique et non pour sa condition physique, précise le tribunal.




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