Le père grand-père serait un enfant de l'inceste

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Jacques Roger Lesage a affirmé en cour qu'il serait lui-même issu de l'inceste. Sa soeur serait également sa mère.

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Le père grand-père de Val-des-Monts dit être lui-même le fruit de l'inceste. Jacques Roger Lesage a surpris tout le monde, mardi, en faisant cette déclaration lors des représentations sur sa peine.

À l'extérieur de la salle de cour, au palais de justice de Gatineau, ses filles, et victimes du bourreau, ne semblaient pas croire l'homme de 79 ans.

Jacques-Roger Lesage a dit que sa soeur, chez qui il habitait lorsqu'il était enfant, était en fait sa mère.

« Ma soeur, c'était ma mère, a laissé tomber le père incestueux. Je ne le savais pas. Je ne l'ai jamais dit à personne. »

À huit ans, il a déménagé chez son père. À 11 ans, il a été confié aux religieux du Mont St-Antoine, à Montréal.

Ce pavé dans la marre a surpris tout le monde, dans la salle de cour, y compris ses victimes, les procureurs de la Couronne, les enquêteurs au dossier et les avocats de l'accusé.

Les représentations sur la sentence de M. Lesage se poursuivent ce mercredi. Les deux parties n'ont toujours pas confirmé les sentences qu'ils demanderont au juge Michel Pennou, de la Cour supérieure.

La peine maximale pour ce type de crime est de 14 ans.

L'accusé a été reconnu coupable d'inceste et d'agression sexuelle sur deux de ses filles, entre les années 1970 et 2000.

Mais hier, le ministère public a confirmé qu'une autre victime avait porté plainte contre le même homme.

Cette victime était mineure au moment des agressions alléguées. Jacques Roger Lesage maintient pour l'instant un plaidoyer de non-culpabilité dans ce dossier précis.

Selon les informations qui ont coulé au palais de justice, la victime - qu'on ne peut identifier - aurait attendu que l'agresseur soit reconnu coupable, et derrière les barreaux pour y rester, avant d'aller de l'avant avec sa plainte.

Cette nouvelle victime alléguée craignait pour sa sécurité si l'homme devait être acquitté et libéré.

Les soeurs Lesage s'adressent au juge

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Les soeurs Lucie et Nathalie Lesage

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Elle a été traitée de « catin » par les amis de son père, celui-là même qui lui faisait des enfants. Adolescente séquestrée, transformée en jouet sexuel et menacée tout comme sa soeur de garder le silence, Lucie Lesage a livré, des années plus tard, son terible secret au sujet d'un père qu'elle considère ne plus être le sien. Elle et sa soeur Nathalie Lesage se sont adressées au juge Michel Pennou, mardi, au palais de justice de Gatineau, lors des représentations sur la peine de leur père agresseur.

Obligée de « jouer à des jeux d'adultes » alors qu'elle n'était qu'une enfant, Lucie a eu son premier de trois enfants à l'âge de 14 ans. Son père est aussi le père de ses enfants nés de l'inceste.

« Il a choisi de me faire grandir dans sa violence verbale en me traitant de toutes sortes de noms humiliants et dégradants et dans sa violence physique en m'utilisant comme un jouet, m'obligeant à lui obéir et à jouer à des jeux d'adultes », a-t-elle déclaré.

Sa soeur Nathalie, aussi forcée d'avoir des relations sexuelles à un très bas âge, a dit avoir « longtemps rêvé de cette scène » où elle s'adresse au tribunal, debout, alors que son père agresseur se trouve au banc des accusés, en attente de sa sentence.

Ayant choisi d'être identifiées pour que leur père le soit aussi, les deux soeurs ont raconté comment Jacques Roger Lesage, mieux connu comme le père-grand-père, divisait les filles et les garçons dans la famille. 

« Les filles dans la peur, et l'utilisation des frères pour nous rabaisser », dit Nathalie, rajoutant que son agresseur l'a utilisée « comme une poupée de chiffon ».

« Tu pensais peut-être qu'on en parlerait jamais », a ajouté Nathalie. « Tu as perdu ».

Autre victime avouée, Sara, la fille de Lucie, née de l'inceste, a aussi parlé au tribunal, mardi. 

Elle a appris qui était son père biologique lorsque sa mère a porté plainte. 

Puis, la médiatisation de l'affaire a pris de l'ampleur. Elle dit avoir souffert du regard changeant des autres, qui l'appellent « la fille du violeur ».

Sara a dit parler publiquement pour soutenir sa mère et sa famille, et briser, elle aussi, un silence insoutenable.

Mauvaise réputation

Pour sa part, Lucie n'a jamais eu d'enfance ou d'adolescence.

« Malgré les 'non je veux pas, je n'aime pas ça, ça me fait mal', malgré mes pleurs, les hauts le coeur, mes supplications et mes menaces de suicide, je devais quand même obéir et me plier à ses demandes obscènes et dégradantes. Il m'a volé mon adolescence en ne me laissant pas la possibilité de me faire des amis, de faire des études, de prendre des décisions, de donner mon opinion, d'avoir un premier chum », de faire mes propres expériences. »

Lorsqu'elle était jeune mère, elle était obligée de travailler pour le commerce familial, racontant que le père biologique était un autre homme, ce qui entretenait malgré elle une mauvaise réputation auprès de l'entourage du père-grand-père.

« Une adolescente séquestrée dans la maison et dans le commerce familial, étant interdit tout à coup de sortir de la maison ou de parler à quiconque pendant toute ma grossesse (...) Ses amis ne se gênaient pas pour me dire que j'étais une «catin» ou que je devrais avoir honte de moi de faire ça à mes parents. D'autres personnes me reprochaient d'être une mauvaise fille (...) Je n'avais que 14 ans et depuis longtemps, ma vie ne m'appartenait plus. »

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