Le père-grand-père coupable

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Jacques Roger Lesage a repris le chemin de la prison.

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Le père-grand-père de Val-des-Monts, Jacques Roger Lesage, risque de finir ses jours en  prison. Le jury a trouvé coupable le père incestueux de quatre des six accusations qui pesaient contre lui, vendredi après-midi. Ce qui est la victoire d'une vie pour deux de ses filles représente aussi une décision au goût amer pour une troisième,  qui ne semble pas avoir été crue par les membres du jury.

L'homme a été trouvé coupable d'inceste et d'attentat à la pudeur contre ses filles Nathalie et Lucie Lesage, mais a été acquitté des accusations d'attentat à la pudeur et d'agression sexuelle sur la troisième plaignante, Chantal Knippenberg.

L'accusé n'a pas réagi lors du verdict.

Mme Knippenberg est rapidement sortie en pleurs de la salle de cour du palais de justice de Gatineau après le prononcé du verdict par le président du jury.

La procureure de la Couronne, Me Nadine Piché, était visiblement satisfaite du sort réservé à l'accusé, même si elle avait préféré entendre un verdict de culpabilité sur au moins une des deux accusations concernant Mme Knippenberg.

« Vous avez entendu les témoignages, c'était très émouvant, a dit Me Piché. Ce n'était pas la complexité en droit, mais c'était cette complexité-là, au niveau des émotions. »

Dans ses commentaires, Me Piché s'est montrée prudente sur l'acquittement du père grand-père dans le dossier de Mme Knippenberg. « On a présenté la preuve, et c'est au jury qu'appartient la décision. »

La peine maximum pour le motif d'inceste est de 14 ans. « Ça se pourrait », a laissé tomber Me Piché, lorsque questionnée sur la peine qui serait appropriée. « Ce que le ministère public va suggérer va représenter la gravité objective des crimes et le caractère scabreux des crimes. »

Défense

Les deux avocats de Jacques Roger Lesage, Me Antonio Cabral et Me Jacky-Éric Salvant, ont dit que « la décision appartient au jury », ne livrant pas plus de commentaires à l'issue du procès.

La défense et la Couronne ont rendez-vous devant le tribunal le 24 janvier prochain pour les représentations sur la peine.

Me Cabral a par ailleurs confirmé que son client avait des « conditions de détention différentes des autres détenus, étant donné les accusations auxquelles il fait face et de ses conditions médicales ».

Ce genre de détenu n'est pas très populaire dans le milieu carcéral, et certains occupants des prisons peuvent être enclins à démontrer leur façon de penser avec leurs poings.

La défense n'a pas encore réfléchi à la peine qui semble appropriée. « On va réfléchir à tout cela cette fin de semaine et étudier la jurisprudence », a dit Me Cabral.

 L'homme de 79 ans a fait vivre l'horreur à ses filles pendant des décennies. Alors que sa fille Lucie avait huit ans, il a entrepris de l'agresser régulièrement, sur une base presque quotidienne.

Lucie a été mise enceinte à trois reprises par son propre père. Elle a eu son premier enfant né de l'inceste à 13 ans. Lors du procès, elle a témoigné du viol dont elle a été victime, à peine 10 minutes après son retour de l'hôpital, où elle avait accouché pour la première fois.

Les deux autres filles ont raconté des scènes d'autres agressions sexuelles horribles, allant du toucher aux relations complètes.

«C'est un minable»

Lucie  et Nathalie Lesage, deux des trois filles... (Etienne Ranger, Le Droit) - image 3.0

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Lucie  et Nathalie Lesage, deux des trois filles de Jacques Roger Lesage, ont quitté le palais de justice soulagé de voir leur père reconnu coupable d'inceste. Quant à Chantal Kippenberg, ci-contre, le jury n'a pas retenu les faits qu'elle reprochait à son père.

Etienne Ranger, Le Droit

« Ce n'est pas un père, c'est un minable. »

Ça ne pouvait être plus clair dans l'esprit de Lucie Lesage, agressée par son père Jacques Roger Lesage. Les soeurs Lucie et Nathalie Lesage se sont tenu la main devant les caméras, vendredi après-midi. Avant de s'adresser aux médias, elles sont allées consoler leur soeur, Chantal Knippenberg. Le jury a rendu un verdict de culpabilité sur les graves accusations d'inceste et d'attentat à la pudeur concernant les deux soeurs Lesage, mais Mme Knippenberg n'a pas convaincu, hors de tout doute raisonnable, les douze jurés. L'accusé a été reconnu coupable de quatre des six accusations déposées contre lui.

Les trois soeurs avaient promis de parler publiquement après le verdict.

Minable

« N'hésitez pas à dénoncer », ont dit les trois soeurs, en mêlée de presse.

« Pour moi, dit Nathalie, mon père est quelqu'un qui n'existe plus depuis longtemps. Jamais je ne vais lui pardonner. »

« Moi non plus, je ne lui ai pas pardonné, a rajouté sa soeur Lucie, tenant la main de Nathalie. Je vous dirais qu'il me laisse totalement indifférente. Là où il est (en prison), c'est là où il mérite d'être. Encore plus quand ce sera le temps de s'en aller ailleurs... »

Chantale Knippenberg... (Etienne Ranger, Le Droit) - image 4.0

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Chantale Knippenberg

Etienne Ranger, Le Droit

Enfant, leur père leur a déjà dit que d'avoir des relations sexuelles complètes avec lui faisait d'elles des femmes. Lors du procès, il a dit qu'il ignorait qu'elles étaient ses filles, au moment de les agresser, espérant ainsi se sauver d'un verdict de culpabilité d'inceste.

« Est-ce que c'est encore votre père ? », a demandé Le Droit à Lucie.

« Ce n'est pas mon père, non. Pas pour moi. Je n'étais pas sa fille selon lui. Pour moi ce n'est pas un père, c'est un minable. Tout simplement. »

Nathalie en a rajouté. « Même chose. Ça faisait longtemps qu'il n'était plus mon père. Je ne l'ai jamais considéré comme mon père. À partir du moment où il te fait mal... Ça devient un agresseur. »

Les filles savaient que le père incestueux allait nier jusqu'à la fin.

Margarita

Chantal Knippenberg était heureuse pour ses soeurs, mais amère du verdict de non culpabilité pour les accusations la concernant. 

« J'aurais aimé au moins un petit quelque chose (au moins un chef), mais je suis fière pour mes soeurs. »

Ce procès, dit Mme Knippenberg, a réuni ses soeurs, après des années sans se parler. « Je repars avec des soeurs. On ne s'était pas parlé en 30 ans... »

Elle se dit au moins heureuse d'avoir pu raconter son histoire. Le jury ne l'a pas crue, mais la Couronne et la police, oui.

La femme se dit heureuse de ne plus subir les menaces de son père.

En soirée, Chantal Knippenberg prévoyait prendre un verre à sa santé. « Je vais me prendre un bon margarita (vendredi soir) après mon bain avec une belle couette sur la tête, puis en sweat pants dans le fond des bois ! »

« Merci »

Les filles ont remercié le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CALAC), le centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS), les procureurs de la Couronne, les enquêteurs de la police de la MRC des Collines, et les médias.

Se souhaitant la sérénité et la paix, les victimes disent vouloir passer à autre chose. Les soeurs songent à se payer un voyage ou un séjour de camping, question de vivre - enfin - de bons moments ensemble.

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