Lagacé: le directeur du SPVM se défend

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Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, a tenu un point de presse lundi. Par contre, il a été incapable d'expliquer dans quelles circonstances un mandat a été demandé pour surveiller les faits et gestes du journaliste Patrick Lagacé.

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La Presse Canadienne

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, n'exclut pas que d'autres journalistes aient pu faire l'objet de surveillance dans le passé, ni que le procédé puisse se reproduire dans l'avenir, comme dans le cas du chroniqueur Patrick Lagacé, de La Presse.

Lors d'un point de presse tenu lundi, à Montréal, M. Pichet a défendu l'espionnage du téléphone du journaliste, estimant qu'il s'agissait d'une « situation exceptionnelle qui a été traitée avec des moyens exceptionnels ».

« Je n'ai rien contre la liberté de la presse, a-t-il dit. Mais nous avons aussi un travail à faire, et quand il y a des allégations criminelles contre un policier, le public doit être conscient qu'on prend tous les moyens possibles. »

Les mandats ont été obtenus dans le cadre du « Projet Escouade » qui portait sur des allégations de fabrication de preuve par des enquêteurs spécialistes des gangs de rue et du trafic de drogue. Cinq policiers ont été arrêtés cet été à l'issue de l'enquête, et deux ont été accusés.

M. Pichet a été mis au courant lorsque le mandat de surveillance a été obtenu. « J'ai très vite compris la sensibilité de ce point-là, et je me suis assuré que nous avions respecté toutes les règles édictées par les lois pour obtenir le mandat, a-t-il dit. Et le juge a autorisé le mandat. »

La Presse a révélé lundi que le téléphone de M. Lagacé a été placé sous surveillance pendant plusieurs mois afin de connaître l'identité de ses interlocuteurs. Au moins 24 mandats de surveillance concernant le téléphone ont été accordés, à la demande de la section des Enquêtes spéciales de la police, qui est chargée de réprimer le crime au sein même des forces de l'ordre. Le patron sortant des Affaires internes du SPVM, Costa Labos, a affirmé à La Presse avoir donné son feu vert à ce moyen d'enquête. Trois des mandats ont permis d'obtenir les numéros entrants et sortants de l'appareil de M. Lagacé, tant pour les appels que les messages textes. Un mandat de localisation a aussi permis aux policiers du SPVM d'activer la puce GPS de son iPhone afin de savoir exactement où il se trouvait. C'est la juge de paix Josée de Carufel, de Montréal, qui a autorisé la majorité des mandats de surveillance.

Coderre préoccupé

Plus tôt, le maire Denis Coderre a fait part de ses inquiétudes. « J'ai parlé à M. Pichet, je lui ai dit que j'étais préoccupé par ce que je voyais, a-t-il dit. Et j'ai réitéré que la liberté de presse est importante. Il a pris bonne note, et il a réitéré que les choses seraient faites adéquatement. »

Du même souffle, il a réitéré sa confiance envers son chef de police. M. Coderre a aussi balayé l'idée d'une chasse aux sorcières du SPVM auprès des sources des journalistes. Le maire a refusé d'aller plus loin, arguant qu'il ne voulait pas s'immiscer dans une affaire qui est devant les tribunaux.

Chasse aux sorcières

« J'étais incrédule, je ne croyais pas que ça se pouvait, a confié Patrick Lagacé en entrevue à La Presse canadienne. Mon collègue Daniel Renaud m'avait dit qu'il entendait mon nom pour des histoires de dévoilement de la preuve dans l'histoire des (...) policiers arrêtés l'été dernier. La Presse a décidé d'envoyer un avocat pour parler au procureur de la Couronne, et c'est là qu'on a su l'ampleur de ce que le SPVM a fait en matière d'espionnage de mon téléphone, avec l'assentiment d'une juge. »

M. Lagacé juge que les raisons invoquées par le SPVM, à savoir faire avancer une enquête interne, ne sont pas crédibles. « Il y a un contexte de chasse aux sorcières à la police de Montréal, où elle cherche à savoir qui parle à des journalistes, estime-t-il. Je crois que dans une des enquêtes criminelles sur un policier, on a soupçonné que ce policier parlait à un journaliste, et que le SPVM a vu là un prétexte fantastique pour espionner un journaliste. Et ils ont trouvé une juge qui a été assez stupide pour émettre un mandat et leur permettre de faire ça. »

M. Lagacé rappelle qu'il n'est pas un journaliste d'enquête : il écrit des chroniques et critique des institutions. « S'ils ont fait ça à un journaliste qui ne fait pas d'enquête, imaginez ce qu'ils font à des vrais journalistes d'enquête », a-t-il dit.

Selon lui, l'affaire est un recul pour la liberté de la presse. « Si on vit dans une société où les journalistes sont espionnés par l'État simplement pour s'assurer que des sources ne leur parlent pas et pour trouver ces sources, c'est un recul pour l'exercice de la liberté de presse. Et ça donnera une société qui devra se fier uniquement à la version officielle qu'on trouve dans les communiqués de presse, ce qui est une partie incomplète de la vérité », a-t-il ajouté.

Le vice-président à l'information de La Presse, Éric Trottier, a également dénoncé l'opération, qui « constitue une attaque sans équivoque contre l'institution qu'est La Presse et contre toute la profession journalistique ».

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