Les fantômes du collège Night Hawk

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Des dizaines de personnes ont été approchées au début des années 2000 par un groupe de directeurs du collège situé sur le boulevard Alexandre-Taché, à Gatineau. On leur offrait une somme d'argent en échange de leurs informations personnelles, ce qui a servi à soutirer des fonds de l'Aide financière aux études, un programme financé par les contribuables québécois.

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Le collège Night Hawk de Gatineau, au centre d'une fraude monumentale au début des années 2000, représente encore un bourbier juridique et financier même si l'institution est fermée depuis 2007.

La fraude de 3 millions $ perpétrée contre le gouvernement du Québec et des étudiants collégiaux, il y a 10 ans, fait encore des vagues.

Des documents judiciaires consultés par LeDroit confirment que le procureur général réclame plus d'un demi-million de dollars à 27 étudiants bidons qui ont profité illégalement de prêts et bourses, sans recevoir de formation au collège frauduleux.

Cette vingtaine d'anciens étudiants fantômes s'ajoutent aux huit déjà poursuivis en décembre dernier pour les mêmes raisons. Une troisième poursuite, qui s'élève à 500 000$, a été intentée en 2010 contre les anciens dirigeants du collège informatique.

Des fonds soutirés à l'Aide financière aux études

Des dizaines de personnes ont été approchées au début des années 2000 par un groupe de directeurs du collège situé sur le boulevard Alexandre-Taché, à Gatineau. On leur offrait une somme d'argent en échange de leurs informations personnelles, ce qui a servi à soutirer des fonds de l'Aide financière aux études, un programme financé par les contribuables québécois.

Aujourd'hui, certaines personnes doivent rembourser jusqu'à 40 000$ au gouvernement pour avoir prêté illégalement leur nom.

Selon la Sûreté du Québec, le collège gardait l'argent de l'aide financière prévue pour l'étudiant. Ce dernier, selon l'accord tacite, encaissait les frais de subsistances reliés à cette aide, soit environ 700$ par mois.

Les directeurs ont largement profité du système avant d'être accusés de fraude par la Sûreté du Québec en Outaouais. Mark Cohen, principal dirigeant de l'ancien collège, a plaidé coupable à un chef de fraude et à un chef de production de documents contrefaits en 2013. Il a reconnu avoir fraudé le ministère de l'Éducation du Québec pour 850 000$ entre 2005 et 2008. Ses complices Jibril Ahmed, Mario Rochon et Munaj Rochelle ont reçu une peine de prison à purger dans la communauté.

Nouvelles poursuites de 561 000$

En décembre 2015, au palais de justice de Gatineau, le ministère a déposé huit premières poursuites totalisant 208 000$ contre d'anciens étudiants bidons. 

Cet été, le Procureur général du Québec a déposé 27 autres poursuites allant de 2000$ à 40 000$ contre d'anciens étudiants fantômes. Total des demandes déposées en Cour supérieure cet été: 561 000$.

À ce jour, 35 étudiants doivent rembourser 769 000$ au gouvernement du Québec. Une infime partie d'entre eux tenterait, pour l'instant, de conclure une entente de remboursement avec le gouvernement.

«La partie défenderesse n'a pas remboursé le montant emprunté ainsi que les intérêts (de) son établissement financier», lit-on dans la plupart des documents de la cour.

Le 10 avril 2013, rappelle les récentes poursuites, «Jibril Ahmed, un des principaux dirigeants du collège, reconnaissait avoir inscrit la partie défenderesse à titre de fausse étudiante, ce qui a permis à cette dernière de bénéficier de l'aide financière aux études», poursuit le procureur général dans une de ses poursuites.

Les dates sont différentes d'un cas à l'autre, mais le stratagème reste le même.

Le 16 février dernier, le ministère de l'Éducation a envoyé une mise en demeure aux anciens étudiants fantômes, mais n'a jamais eu de remboursement.

En novembre 2013, l'ex-ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a annoncé que 34 étudiants floués par le collège informatique étaient libérés de leurs dettes, car ils s'y étaient inscrits de bonne foi. Ces étudiants ont été victimes d'un collège leur faisant miroiter l'obtention d'un diplôme qui, finalement, n'avait aucune valeur.

Victime ou complice?

L'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de l'Outaouais soutient qu'une partie des étudiants bidons poursuivis par Québec dans le scandale du collège informatique Night Hawk ont été pris au piège.

Autochtones, émigrants peu fortunés ou gens de la rue ont signé - «peut-être par aveuglement» - des documents frauduleux, admet le directeur de l'ACEF, René Coignaud.

En signant une demande d'aide financière aux études, ils faisaient croire au gouvernement québécois qu'ils retournaient sur les bancs d'école. Ils recevaient de sommes considérables, mais c'est le collège et ses directeurs qui encaissaient les sommes. Les faux étudiants n'obtenaient qu'une infime partie des montants alloués par le régime de prêts et bourses.

Aujourd'hui, le procureur général du Québec poursuit ces étudiants de pacotille. «Parce qu'ils ont été naïfs, ils sont poursuivis, dit M. Coignaud. Des gens qui ont signé ces demandes de prêts sont vulnérables. J'ai l'exemple d'une femme, traitée de façon atroce et élevée en se faisant dire de ne pas poser de question. Dans le contexte, est-elle tant de mauvaise foi?»

Le directeur de l'ACEF se demande comment il a pu être possible, au ministère de l'Éducation, qu'un fonctionnaire laisse passer autant d'argent, au début des années 2000. «Quelqu'un était-il de connivence? Ça fait 10 ans que des vies sont marquées par cette affaire.»

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